‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 120 sur 163 · CONSULTATION D'AURÉLIEN · texte numérisé non relu

CONSULTATION D'AURÉLIEN

€ consultés les livres du destin, où est contenu l'espoir de € terminer la guerre par la sainte volonté des dieux. Vous € savez vous-mêmes, en effet, que, toutes les fois qu'il y eut € un mouvement un peu sérieux, ces livres ont toujours été « consultés, et que les maux publics n'ont pris fin que par

< l'effet de sacrifices offerts sous leur garantie ». Alors Ulpius Silanus, appelé à opiner le premier, se leva et parla ainsi : € C'est trop tard. Pères Conscrits, que l'on consulte sur le € salut de la République ; c'est bien tard que nous allons re- « courir aux arrêts du destin, à la façon des Inalades qui « n'envoient chercher les grands médecins que quand ils € sont dans un état désespéré, comme s'il était besoin de € rendre la tâche plus difficile aux praticiens plus habiles, € tandis que le meilleur système est toujours de prévenir les € maladies. Il vous souvient à coup sûr. Pères Conscrits, que

< j'ai souvent dit dans cette enceinte, à la première nouvelle « de l'invasion des Marcomans, qu'il fallait consulter les € décrets de la Sibylle et user des bienfaits d'Apollon, Un « certain nombre s'y sont refusés, et refusés à grand fracas, € disant, par manière de flatterie, que la valeur du prince € Aurélien était telle qu'on n'avait pas besoin de consulter € les dieux, comme si ce grand homme lui-même n'honorait « pas les dieux immortels. Je n'ai pas besoin d'insister : nous € ayons entendu la lettre dans laquelle ce vaillant homme € implore le secours de la divinité et l'appelle à son aide. € Allez donc, pontifes, purs comme vous l'êtes, nets, saints, € portant vos vêtements sacrés et des sentiments conformes, € montez au temple, dressez vos sièges laurés et, les mains € couvertes-, feuilletez les livres, cherchez-y les destins de la « la République, qui sont éternels ».

€ Après ce discours, la plupart des sénateurs, à mesure qu'on les interrogeait, motivaient leur avis en termes qu'il serait trop long de rapporter. Puis, les uns levant la main.

les autres se traosportant de leur personne pour se ranger du côté de leur opinion, la plupart acquiesçant de vive voix, on rédigea le sénatus-consulte.On alla ensuite au temple ; on consulta les livres ; on en tira les vers indiqués, on purifia la ville, on chanta des cantiques, on célébra VamburbiuJï^ prolongé par les amba^t^valia, et ainsi s'accomplit la solennité, comme l'ordre en avait été donné* ». « A ces cérémonies, il faut ajouter des sacrifices faits en certains lieux par où les Barbares ne pouvaient plus passer. Enfin, on fit tout ce qui avait été indiqué dans les divers genres de cérémonies, et ainsi furent arrêtés les Barbares, qu'Aurélien extermina en détail dans leurs courses errantes^ ». Vopiscus sait même le moyen que prirent les dieux pour faire triompher les Romains; ils se mirent à effrayer les Marcomans « par des prodiges et des apparitions divines ».

Les livres sibyllins avaient rendu la un service signalé à Tempire, et on ne dut pas regretter l'argent dépensé à en-f rôler les dieux parmi les défenseurs de l'Italie en péril. L'hellénisme se hâte de faire des miracles afin de les opposer à la religion nouvelle qui ne veut plus des anciens dieux et des sacrifices. Un jour viendra où l'on reprochera au Dieu des chrétiens de laisser ravager l'empire et d'être ou impuissant à protéger le monde gréco-romain rallié autour de lui, ou complaisant pour les Barbares.

Les empereurs chrétiens laissent les livres sibyllins dormir leur sommeil. Julien saisit, au contraire, la première occasion pour les consulter : un tremblement de terre ressenti, paraît-il, à Constantinople fournit le prétexte cherché*. Environ deux mois plus tard, le temple d'ApoUon Palatin brûlait, et les précieux « oracles de Cumes» faillirent être la proie des flammes ^ Mais ceux-là ne devaient pas périr par

i) Vopisc, Aurel 19-20. — 2) Vopisc , Aurcl. 18. — 3) Amm. Marc, XXIII, 1, 7. — 4) Amm. Mauc.jXXIIT, 3, 3.

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