‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 127 sur 163 · JURISPRUDENCE D'ULPIEN · texte numérisé non relu

JURISPRUDENCE D'ULPIEN

par tous les princes, il a été interdit à qui que ce soit de se mêler de superstitions de cette sorte ; et ceux qui Pont fait ont été diversement punis, selon la portée de leur consultation. Car ceux qui ont posé des questions touchant la vie du prince ont été frappés de la peine capitale ou de quelque autre châtiment sévère : ceux qui ont consulté sur eux-mêmes ou les leurs ont été punis plus légèrement. Ceux qui passent pour des prophètes doivent être également frappés, attendu qu'ils exercent une profession détestable, qui va souvent contre le repos public et le gouvernement du peuple romain. Il existe à ce sujet un décret du divin Antonin le Pieux, adressé à Pacatus, légat de la province Lugdunaise. Comme le contenu du rescrit est fort long, je me contente d*en citer ces quelques mots de la fin: « Certainement on ne € doit pas laisser impunis des ho.mmes de cette espèce qui, «sous prétexte d'avertissements des dieux, annoncent « certaines choses, et citent ou ces avertissements ou des < gens qui sont censés en avoir connaissance*. »

Si Antonin le Pieux parlait sur ce ton, on peut supposer que Trajan et Hadrien ont eu la main plus ferme encore. Il n'est pas jusqu'à Màrc-Aurèle qui n'ait dû sévir. Il relégua dans l'île de Syros un illuminé qui, durant la révolte d'Avidius Cassius, avait fait quantité de prédictions relatives aux événements du jour'.

A partir du troisième siècle, la décadence intellectuelle se trahit par un symptôme de jour en jour plus accusé, le goût et la peur de la magie. L'assiette même de la raison, la foi dans la stabilité des lois naturelles, est profondément ébranlée : les esprits cultivés s'occupent à classifler les innombrables légions de « démons » ou génies qui se substituent partout aux forces physiques et même à la volonté humaine, et le vulgaire, délaissé par ses guides naturels, retourne aux

i) Mos. et Rom. legg collât. XV, 3-6. — 2) îbid, XV, 5.

superstitions les plus grossières*. La démonologie, cette lèpre orientale dont la contagion avait été arrêtée durant quelques siècles par la civilisation hellénique, s'attach(iit à toutes les œuvres de la pensée, décourageant la science par l'introduction de causes libres dans les phénomènes, et réduisant l'initiative humaine à une sorte de passivité résignée. Dans ce monde ainsi courbé sous le joug de puissances invisibles, dont bon nombre étaient malveillantes et vicieuses, il n'y avait qu'une science dont la possession parût digne d'envie : c'était celle qui pouvait tirer l'homme de sa condition dépendante, la science des formules et conjurations qui forcent les êtres invisibles à se mettre au service des magiciens. Toutes les philosophies et toutes les religions s'accordaient à reconnaître le pouvoir de la magie : le miracle ne surprenait plus personne; la prière, luttant d'efficacité avec les paroles magiques, achevait de troubler Tenchaînement régulier des causes et des effets, et l'ordre naturel, tiraillé en tous sens par tant de désirs, cédait à tout moment sous l'effort. Chrétiens et païens se disputèrent longtemps l'honneur d'avoir attiré l'eau du ciel sur Tarmée de Marc-Aurèle en 174, au moment oti elle allait périr de soif dans le pays des Marcomans ; d'aucuns croyaient savoir que le mérite attribué à la « légion Fulminante » revenait à un docte magicien d'Egypte, Arnouphis, à moins que ce ne fût à Julien le Chaldéen=*.

On conçoit que, dans une société imbue de ces superstitions, le gouvernement ait partagé l'illusion générale et se

1) L'inconvénient de toutes ces superstitions se faisait sentir jusque dans la vie privée. Le médecin Soranus d'Ephèse recommande à ses clieub de choisir, autant que possible, des sages-femmes et des nourrices à qui les songes et les paroles fatidiques ne troublent point la cervelle (y^ipiv tou (J| 8i' 2v£tp(i)v ïj 8ià xXr,ojvxç ïj ouvr^OÉ; ti |X'J7TiJpiv ^p7}9Ks(xv u::«pi3£rv xh oujjiçÉpovfSoRAN., De morb. mulicr.'l). —2) Scidas, s. v.^Apvooçi; Cf. Capitolin., Anton. PliU. 2+, et les bas-reliefs de la colonne Antonine. Julien avait rédigé pour M. Aurèle un manuel d'aslrologic militaire (Maî, Script. ncH, II, p. C75).

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