‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 16 sur 163 · NOMBRE DES DIVINITES FULMINANTES · texte numérisé non relu

NOMBRE DES DIVINITES FULMINANTES

La science étrusque, à un certain degré de son dôveloppcment, reconnut à neuf personnes divines le droit de manier Tarme étincelante * . Ce nombre n'a pas dû être fixé au hasard : il représenterait assez bien la somme des points marqués sur la circonférence du temple céleste par les quatre diamètres formant les axes et les diagonales du temple carré inscrit au cercle, somme à laquelle on ajoute le point central, peut-être le siège du monarque céleste. D*autre part, Jupiter disposant à lui seul de trois foudres, on comptait, pour 9 personnes divines, 11 espèces de manubiœ^. Ce chiffre était bien près du nombre 12, consacré par Tastrologie et introduit par la mythologie grecque dans le groupe des grands dieux. Il se trouva sans doute des théoriciens qui portèrent à douze le nombre des foudres fatidiques.

Mais, le nombre 12 une fois admis, la puissance d'attraction exercée par la théologie gréco-orientale rendit inévitable une assimilation plus complète. Comme l'Olympe des Hellènes, le ciel étrusque devint une assemblée de douze dieux collègues ou,« assesseurs » de Jupiter {DU consentes-complices) que celui-ci devait consulter en certains cas, notamment avant de lancer sa seconde foudre, plus efficace que la première, comme il devait consulter, avant dQ frapper avec la troisième, le mystérieux conseil des dieux « supérieurs » {DU superioresr4nvoluti *).

Que de questions sans réponse suggère cette doctrine ainsi

1) Ttiscorum Utterse novem deos emittere fulgura existimant (Plin., tôid.). Ces neuf divinités étaient donc Tina (Jupiter], Kupra (Junon), Menrfa (MincTve), Summanus, Mars, Sethlans (Vulcain), plus une inconnue. On a songé à Hercule, à cause d'un Hercule fulminant représenté sur une médaille de Hérennius Etruscus (Mionmet, II, p. 585. Cf. G. Mullkr, Eirusker^ IP, p. i68. E. Gerhard, Die Gotiheiten der Eirusker, p. 23). Les neuf divinités fulgurantes ont été parfois confondues avec les Novensiles ou Novensides sabins (Arnob., m, 38). — 2) PuN., iWd. — 3) Arnob., IH, 40. — 4) Senec, Q. Nat, H, 41. Arnob., ibid.

jetée à travers les autres indications déjà si confuses de Part fulgurall Faut-il assimiler ces deux conseils divins, Tun supérieur, Tautre inférieur, aux conceptions analogues de la théologie chaldéenne *? Dans quel rapport se trouvait la liste des Consentes étrusques avec celle des Consentes romains, qui paraît avoir reproduit le groupement traditionnel des dieux olympiens^ ? Jupiter était-il compris lui-même dans le nombre de ses « assesseurs! » Ceux-ci étaient-ils identiques avec les dieux fulminants dont il vient d'être question ? Si cela est, comme les dieux fulminants ne sont pas en nombre suffisant, que, déplus, deux d'entre eux, Summanus et Vedius, sont des divinités chthoniennes et doivent être probablement retranchés du groupe céleste, y avait-il donc des Consentes armés de la foudre et des Consentes désarmés ?

Il est inutile d'entrer dans ce labyrinthe et de vouloir accommoder de force des théories qui n'ont peut-être jamais eu de lien commun. Le système des Consentes n'est pas sans rapport avec la science fulgurale, puisque Jupiter prend, diton, l'avis des assesseurs pour lancer une deuxième foudre; mais il est possible qu'il réponde aune tout autre conception. On se rendrait assez bien compte du rapport cherché en supposant les xii Consentes rangés autour du temple céleste et Jupiter au milieu d'eux, disposant seul de la foudre, mais la lançant des diverses maisons célestes avec l'assentiment préalable des divinités qui occupent ces demeures. Enfin, il suffirait d'ajouter auxxii Consentes les quatre divinités auxquelles le système varronien attribue la foudre pour retrouver le fameux temple à seize régions dont on a déjà discuté l'étrange structure.

De quelque façon qu'on établisse le compte des dieux ful-

1) DioDOR., Il, 30. Cf., à la fin du chapitre, le rôle probable et le rapport réciproque des dii Consentes et Involuti. — 2) Varr., De re rustic., I, (, 4.

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minants, il est certain que les haruspices croyaient pouvoir distinguer les coups frappés par chacun d'eux. Ils tenaient compte, à cet effet, de plusieurs circonstances, et d'abord, de la région du temple où apparaissait l'éclair. Ainsi, au dire de certains, Jupiter était censé l'auteur des foudres parties des trois premières régions du temple ^ Ceux qui lui reconnaissaient le droit de tonner dans toutes les régions * devaient pourtant tenir compte du caractère des divinités réparties sur le contour du temple céleste. Vheure était encore un indice significatif : nous avons vu que Ton ne distinguait pas autrement, dans le système dualiste, les foudres de Jupiter et celles de Summanus. De peur d'errer, on attribuait collectivement aux deux auteurs les éclairs qui apparaissaient dans la lueur indécise de l'aube ou du crépuscule (provorsa fulgura% Les systèmes qui admettaient quatre ou douze divinités tonnantes répartissaient entre elles les quatre saisons ou les douze mois de Tannée. Nous savons que Minerve tonnait généralement aux environs de l'équinoxe du printemps, à l'époque des Qwnquatrus^,eX Saturne en hiver*. On pouvait introduire de cette façon dans la science fulgurale une exactitude artificielle qui se prêtait à toutes les subdivisions et répartitions compliquées en usage chez les astrologues. Enfin, la couleur de l'éclair en indiquait également l'origine. La foudre de Jupiter é(ait d'un rouge étincelant*, celle de Mars, d*un rouge sombre^; celle de Minerve paraît avoir été de couleur blanche et celle de Saturne, de teinte livide ®.

Indépendamment de ces caractères intrinsèques, l'origine

i) AcaoN ad Horat., Carm., I, 2, 2. Ce système repose, à vrai dire, sur une méprise. De ce que Jupiter disposait de trois espèces de foudres, on en a conclu qu'il les lançait de trois .régions différentes. — 2) Skrv., JËn., VIII, 427. — 3) Fbst., s. V. Provorsum, p. 229. — 4) Serv., JBn., XI, 259. — 5) Plin., II, § 139. — 6) AcRON, ibid. Claddian., Rapt, Proserp., II, 229. — 7) Obseq., il2. Tertull., De palliOf 2. Apolog.^ 40. -- 8) Acron, ibid.

de la foudre se révélait souvent par ses effets mêmes. La science enseignait que la première foudre de Jupiter était inoffensive ; la seconde, explosive et brisante ; la troisième, incendiaire et destructive ' : celle de Mars brûla, en 95 avant notre ère, la ville de Volsinies ^. Les effets physiques de la foudre avaient été classiflés à ce point de vue avec un soin minutieux.

La classification étrusque, au dire de Sénèque', se rencontre en bien des points avec celles des philosophes. Aristote distinguait la foudre qui noircit les objets (+oX6etç), celle qui les perce ((jxtjircéç), et celle qui les fait éclater (ipY^ç). Il mettait à part la foudre contournée (eXtx(a?) ou cyclone^ Cette division se retrouve, avec quelques variantes, au fond de toutes les autres^.Voici celle que Sénèque emprunte au traité de Ceecina sur Part fulgural ^.

Les foudres se rangent d'abord en trois genres principaux, qui se trouvaient réunis dans la main de Jupiter ^ : 1^ celles qui percent les objets [terebraré) sans les briser ; 2^ celles qui les brisent en éclats [discutere), parce qu'elles rebondissent sur leur substance sans la traverser en droite ligne ; 3* celles qui

i) Sbnec, 0. Mt, II, 41. Cf. 0\iD., Met, III, 305. — 2) Plin., II, § 138. — 3) Senec, 0. Nat,, 2, 41. — 4) Aristot., De MundOy IV, 18. MeteoroL, IIT, i. — 5) Aristophane cite les ;(8ov(aç Ppovxciç, les Tcupt&Souç Aibç ioxepowdEç, le Beivîw dpY^Ta xspauv6v (Aves i745-7). Pline (H, § 137) çientionne la foudre sèche qui brise, la foudre humide qui noircit, la foudre claire, qui produit les effets les plus variés. Servius offre un grand choix de classifications : i^ Fulmen quod terreat, quod afflet (Mn,, I, 230); 2» fulmen quod colorât, tramfigit, afflat {Georg.j I, 332); 3' fulmen quod terebrat, incendit, findit seu (Ussipat (jEw., 11, 649. VIII, 629); 4« fulmen disjicienSy transfigens, corripiens, infigens (JEn,, I, 43). lo. Lydus admet deux genres principaux : xEpauvbç dcpyi^ç et X. <|»oX66iç {Mens., III, 52) : il subdivise le x. àp-^^ç en oxiirt^ç et izprirrfip et compte encore quelques sous-genres (TU9b>veç-lxv6f{at-a{Yfô6c4X(x{ai. (Ostent, 44). Tzetzès reconnaît cinq espèces principales : icp^atfjp (nup^etç), 0X7)^x6; (xàTai6d^iT}(), dipyilc, 4^oX(S£i(, IXixfaç, mais en leur attribuant des propriétés différentes (ad Lycophr., 383).— 6) Senec, Q. Nat, I, 40-41.— 7) Cf. fulmen trisukum, trifidum (SERv.,^n., VIII, 429. I, 133).

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