DESTINATION DES HOSTIES
L'haruspicine, dans le sens restreint du mot, la divination par les entrailles, est donc Fart toscan par excellence. Les Étrusques Pont, comme dit Eusèbe, porté à sa perfection ', et peut-être sont-ils le seul peuple qui ait fait des immolations exclusivement divinatoires, c'est-à*dire, qui ait fait de la divination non plus l'accessoire et le complément, mais le motif du sacrifice. Les haruspices distinguaient, en effet, deux catégories de victimes, celles qui sont sacrifiées en vue d'oflTrir aux dieux la vie d'un être animé (hostiœ animales), et celles qui servent aux consultations (hostiœ consultato^
Le peu que nous savons des théories théologiques relatives aux hosties animales nous fait vivement regretter de n'en pas connaître davantage. Si la tradition authentique n'a pas été altérée par le désir d'opposer aux croyances pythagoriciennes ou chrétiennes des doctrines analogues, on peut dire que la religion toscane montrait dans ses conceptions une hardiesse à laquelle ne nous, ont pas habitué les religions de la Oràce et de Rome.
du mot haruspex est c< inspecteur d*entrailles. » Cicéron, distribuant en spécialités distinctes les méthodes quil sait être familières aux devins toscans, dit : haruspices et fulgurcUores et interprètes ostentorum (Gic. , Divin,, II, 53). On ignore quel était le mot étrusque dont haruspex est la traduction. W. Deecke {Etrusker, II*, p. 12) remarque que le terme ncsfui5 paraît correspondre k haruspex dans Tinscription bilingue de Pisaurum. L'orthographe du mot n*e8t pas constante. On trouve dans les inscriptions, outre haruspex, harispex (Orell., 2298), aruspex (ibid ,2299), arispex (i6i(i.,2294. 2302. BuUett. InstU,^ 1873, p. 9i), arespex (Orbll., 2296), arrespex (t6id.,2297). L'aspiration parait plus conforme & la dérivation probable. Je croirais assez, pour ma part, que Taspiration reproduit la prononciation toscane du mot latin. Cet Arrius dont se moque Catulle {Carm,^ lxxxiv) n'était sans doute pas seul dans son pays & dire chommoda pour commoda et hinsidias pour insidias, car les Toscans d'aujourd'hui aspirent le c dur de la môme manière. Haruspices serait donc le nom que se donnaient & eux-mêmes les devins de l'Ëtrurie
quand ils parlaient latin • i) EusEB., Prssp. Evang.f I, 6, 3. Clem. Alex., Strom,, X, p. 306.— 2) Tre-
Mal., ap. Macr., Bat. III, 5, 1-4. Sbrv., ^n.y IV, 66.
D'après la théologie étrusque, la vertu des sacrifices suffisait, non seulement à détourner des malheurs ou des châtiments, non seulement à rompre des engagements contractés avec la divinité et où la vie du contractant servait de caution {resolutoria sacrificia *), mais encore à tirer des enfers pour les transporter dans un séjour plus heureux les âmes humaines, transformées du même coup en dieux ou génies. Cornélius Labeo avait écrit sur la question un traité spécial, auquel les écrivains postérieurs empruntent sans doute leurs assertions. « L'Étrurie, dit Arnobe, promet dans ses livres Âchérontiques de diviniser les âmes en donnant à certaines divinités le sang de certains animaux, et de les exempter des lois de la mortalité* ». Ces dieux nouveaux, que Ton classait parmi les DU Pénates et Viales *y étaient désignés par le titre générique de JDH animales, c'est-à-dire, dieux faits avec des âmes. Les sacrifices achérontique3 opéraient donc une sorte d'évocation : les âmes échappaient à Vedius • pour monter dans la sphère de43 Génies, et peut-être est-ce là la « nécromancie des Étrusques » dont parlent les auteurs chrétiens ®. La victime, une hostie « animale » au premier chef, était acceptée par les dieux infernaux comme l'équivalent de l'âme qui leur était enlevée.
Au fond, les Étrusques n'ont fait que tirer les conclusions de principes communs à toutes les religions. Le sacrifice d'une existence est à l'origine une expiation, c'est-à-dire une satisfaction donnée non pas à la justice, mais à la colère et à l'appétit des dieux. Dès que ces dieux consentent à épargner la vie des hommes en échange d'offrandes, ils consi-
1) Serv., ^it.,lV, 518.— 2) Serv., i£n., III, 168 (Laôeo inlibris qui appellantur de Diis animalibus), 0. Mûller pense que c'était une traduction des Libri Acheruntid. ^ 3) Arnob., H, 62. — 4)Nioid. ap. Arnob., III, 40. Serv., ifin., lll^ 168. — 5) Marc. Cap., U, 7, p. 36. ~ 6) Clem. Alex., Protrept.y p. 9. EusËB., Prœp, Evang,, 11, 3, 4. Theodor., Grœc. aff, cur., X, p. 950. 964.