LA SUBSTITUTION DANS LE SACRIFICE
dèrent ces offrandes comme étant l'équivalent d'une ou de plusieurs existences humaines. Il y a là une substitution conventionnelle qui, une fois admise en principe, peut être indéfiniment variée dans ses applications. On voit ainsi les sociétés, à mesure qu'elles se civilisent, abolir les sacrifices humains, qui sont déjà la substitution d'une victime à une autre de même espèce, pour inaugurer les sacrifices d'animaux *. La' liturgie put alors fixer à son gré, avec toute la précision qu'elle voulut y mettre, l'équivalent des diverses expiations, et en particulier celui de l'expiation suprême.
La théologie grecque ou romaine détermina, d'une façon d'ailleurs peu systématique, un certain nombre d'équivalents : mais la théologie étrusque parait avoir étendu à la vie d'outre-tombe le bénéfice de la substitution, et c'est en cela qu'elle est originale'. Les religions dures pour les
1) J*ai étudié ailleurs d^uu peu plus près (Les Pontifes de l'ancienne Borne, p. 98 sqq) la substitution dans le sacrifice. En y réfléchissant» on s'aperçoit que ridée de justice, ordinairement aUéguée comme raison d*être du sacrifice^ en est totalement absente. La destruction du coupable — en supposant un crime commis — ne répare rien ; c'est un acte d'intimidation ou de vengeance : le meurtre des victimes ^bstituées est un paiement, si Ton veut, un rachcU, mais c'est la négation même de la justice. Le christianisme, dont le dogme fondamental est la rédemption^ a eu bien raison de cacher cette antinomie dans un mystère. — 2) Des auteurs sérieux ont soutenu que Pythagore était Étrusque (Glem. Alex., Strom.^ I, p. 352). Ce trait ferait croire que les Orphiques ont plutôt emprunté que prêté aux haruspices leur doctrine de la délivrance des âmes par l'effet des orgies dionysiaques (Olympiod., ad Plat. Phœdon,, 32). Les baptêmes de sang, ToupoS^Xiot et Kp(o66Xta des cultes phrygiens, assuraient bien une « renaissance pour l'éternité » (Orblli-Henzen, 2352. 6041), mais à condition qu'on les reçût durant la vie. Les pratiques des Mystères en faisaient autant. Les sacrifices achérontiques des Étrusques paraissent avoir été offerts, au c ontraire,après la mort des personnes intéressées : c'est du moins ce qu'on peut conclure d'un texte de Marcianus Gapella. Dans Tétrange compilation de cet auteur, la Philologie se félicite d'être devenue immortelle par l'effet d'un breuvage miraculeux, sans avoir eu besoin « de voir Védius et sa femme, comme le lui conseillait l'Étrurie » {quod nec Vedium cum uxore conspeœerit, skut sua-
vivants sont souvent tendres pour les morts. L'Étrurie garda longtemps le goût des sacrifices humains, et elle versait volontiers en l'honneur des trépassés le sang des gladiateurs. Ce sang vil rachetait les âmes de distinction. Le goût de la magie et le souci de la vie future, c'est plus qu'il n'en fallait pour donner à la religion toscane le caractère sombre dont tous les rites et les monuments deTÉtrurie portent la trace. Il est intéressant de constater que la préoccupation de l'enfer hantait l'imagination des vieux Toscans bien des siècles avant qu'aux mêmes lieux ces formidables visions ne vinssent exalter le génie de Dante.
Mais nous ne devons pas oublier que les hostiœ animales n'ont qu'un rapport indirect avec la divination, tandis que les hostiœ consultatoriœ lui appartiennent en propre. Les auteurs nous ont laissé de la dissection des entrailles, suivant les règles de l'art, des descriptions sommaires qui, complétées les unes par les autres, nous en donnent une idée suffisante. Sans doute, il n'est pas possible de garantir l'exactitude de tous les détails, car les textes indiquent rarement laprovenance des indications qu'ils nous apportent, et nous savons que, si les principes généraux étaient partout les mêmes, il y avait d*un pays à l'autre, bien des différences de méthode \ Mais nous pouvons user sans trop de scrupule des auteurs latins, parce que Rome n'avait point d'extispicine indigène, q u'on y avait recours au ministère des haruspices toscans, et que,
débat EtTuria), Cf. 0. M'ùller^ Etrusker, 11^, p. 94. Il est possible qu'au temps où le contact du christianisme surexcitait aussi la foi chez les païens, les haruspices aient été appelés auprès des morU pour les racheter de Tenfer. Tertullien semble l'indiquer en comparant Tharuspice au fossoyeur : Qiw differt ah haruspice poUinctor? nam et karuspex mortuis apparet (Tert., Apolog,f 13). Cependant il faut se défier de textes aussi peu précis.
1) An hase inter se haruspices Etrusd, ElUf JEgyptii, Pœni contukrunt?,., Alios enini alio more videmus exla interpretari, née esse unam omnium disci" plinam (Gic, Divin,, II, i2}.