‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 20 sur 163 · L£S SIGNES PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

L£S SIGNES PHYSIOLOGIQUES

depuis Tarquitius, la connaissance des procédés en questio n était accessible même aux profanes.

Avant d'ouvrir le corps de la victime, les haruspices invoquaient les divinités qui président aux diverses parties de l'organisme, pour leur demander d'approprier actuellement à leur rôle fatidique les régions qui leur étaient dévolues *. Cette prière ou conjuration préalable produisait à l'instant même toutes les modifications internes nécessaires au langage révélé, et les signes naissaient, pour ainsi dire, sous le couteau '. L'animal devenait une sorte de temple où les influences divines se trouvaient localisées. Ainsi, le fiel des taureaux était consacré à Neptune, et les signes qui s'y rencontraient indiquaient heur ou malheur sur l'eau ou par Peau. Le jour de la bataille d'Âctium, les taureaux immolés par Octave avaient la poche du fiel double ^. Telle autre région fournissait des signes relatifs au feu, parce qu'elle était consacrée à Vulcain *. Enfin, chaque viscère pris isolément était subdivisé suivant un système analogue. Les diverses faces étaient affectées à des présages dont le sens et l'adresse changeaient suivant le lieu d'élection.

Il fallait donc procéder à un examen attentif, et cela, sans attendre que les entrailles fussent refroidies et les empreintes divines effacées * .

i) ÂANOB., IV, H-12. — 2) Sbnec, Q. Nat,, II, 32 (pecudum viscera sub ipsa êecuri formantuf). Voy. sur les difficultés que soulèvent ces questions, vol. 1, p. 167. Le système des haruspices était, en somme, le plus simple. Le miracle, pour ces connaisseurs en prodiges, était la chose la plus ordinaire du monde, et il les mettait fort k Taise pour expliquer comment un animal auquel, par exemple, on ne trouvait pas de cœur à Tautopsie, avait pu vivre jusque-là en parfaite santé (Cf. Cic, Divin.f II, 16. Plfn., XI, § i^6). - 3)PuN., Xl,§ J95.— 4)Cxc., Divin,, II, 13.— 5) Spirantia exta (Viao., £n., lV,64,Coo. Thbod.,XVI, 10, 12, g I) : trepidmtia exta (OviD.,lfc«.,XV, 576; : fopto exta (LucAif., Phars., I, 587) : non kvi motUt ut soient, agitata trepidan exia (Senec., (EdUp., 353j. Verrius Flaecus expliquait harviga par hostia cuju$ iidhxrentin inspidebantur exta (Paul., s. v. p. 100).

La première impression produite par des viscères bien en point, fermes et de couleur vermeille, ou au contraire, flasques, exigus et livides, donnait déjà, à première vue, le sens général du pronostic * . Pour préciser davantage, il fallait étudier les parties fatidiques (exta)^ dont le nombre paraît avoir été fixé à six ^ , à savoir : la rate, l'estomac, les reins, le cœur, les poumons, et Torgane révélateur par excellence, le foie^ . Nous ne savons rien des indices fournis par les trois premiers viscères ' : on nous dit seulement que la rate changeait parfois de place avec le foie : mais c'était là un prodige * . Le cœur, à cause de sa forme peu accidentée, n'arrêtait qu'un instant le regard de l'observateur. Les harruspices le négligeaient même complètement à l'origine et ne l'ont classé parmi les exta, au dire de Pline, qu'à partir de l'an 274 avant notre ère. Il fut entendu, depuis lors, que le cœur donnait un bon présage quand il était chargé d'un peu de graisse à la pointe '. L'absence de cet organe essentiel était un prodige qui dépassait la portée des signes ordinaires * . César fut averti de cette manière que sa robe de pourpre et son trône d'or causeraient sa perte ^ . Le poumon, à cause des accidents de sa surface, méritait plus d'attention. S'il se trouvait fendu {pulmo incisus\ il fallait, même

1) Cic, Lwin,, \\, 13. Quand Tharuspice Arruns, dans la Pkarsale, ouvre la victime, Terruit ipse color vatem (I, 5). Toute la description est à lire. Lucain y a accumulé, comme Sénèque dans YŒdipey tout ce qu'il connaissait de présages fâcheux en extispicine. On sait combien Servius trouve d'allusions théologiques dans les œuvres de Virgile. Fulgentius Planciades prétendait que le III* livre des Géorgiques est d'un bout à Tautre |une description allégorique des procédés de l'haruspicine (Cf. Gomparrttx, Virgilio nel medio evo, l, p. 144). — 2) Cette liste est donnée, sans autre indication, par Nie. Gregorâs ad Synes. Insomn., p. 359. Cf. vol. I, p. 172. — 3) A moins d'utiliser les indices fournis sur ce point par Tonirocritique (Cf. vol. I, p. 312). — 4) Plin., XI, § 204. — 5) Plin., XI § 186. — 6) Il était rangé parmi les Pestifera atispicia, cum cor in extis aut caput in jocmore non fuisset (Paul , s. V. p. 244.) — 7) Cic, Divin.y U, 16. Plin., ibid.

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