LE PEUPLE TOSCAN
celui qui fait des Étrusques un peuple mrlé, compose de Tusques ou Toscans, originaires des rivages méditerranéens, et d'une race conquérante, celle des Rasènes, descendus des Alpes et de la Haute-Italie. Les envahisseurs auraient formé une caste aristocratique et sacerdotale qui garda, sous un climat plus riant et au milieu d*une population plus enjouée, les préoccupations mélancoliques des peuples du Nord, mais ne put imposer son nom au pays conquis. Les Italiotes continuèrent à appeler Tuscie, Turscie ou Étrurie, et les Grecs Tyrsénie ouTyrrhénie la confédération de douze villes organisée par les Rasènes. Les Étrusques eux-mêmes ne gardèrent de leurs origines qu'un souvenir confus, dont la lumière artificielle répandue sur les âges préhistoriques par les logographes grecs eut facilement raison, et ils devinrent
sènes, un peuple venu de Rhétie. Cette hypothèse a été suggérée à Niebuhr par des textes anciens qui attribuent aux Rhètes une origine toscane (Liv., V, 33. Justin., XX, 5, 9. Plin., IH, § 133) : il n'a fait qu'intervertir le rapport signalé entre les deux peuples. 0. Mûllcr, en pratiquant un éclectisme bien entendu, a construit un système compliqué, mais plausible, et qui a Tavantage de concilier, dans une certaine mesure, les allégations les plus contradictoires en apparence. Il accepte, comme première couche, les autochthones de Denys d*Ha1icarnasâc, c'est-à-dire un peuple indigène, siculc ou ligure, qui n*a point de nom dansThistoire. Ces indigènes sont transformés par un groupe d'immigrants qui viennent bien de Lydie, mais appartiennent à la race des Pélasges. Ces Pélasges-Tyrrhèncs font rcculcrjes Ombriens, qui dominaient alors le centre et le nord de litalie, et donnent leur nom au peuple qui s'appelle désormais le peuple Toscan, Tusquo ou Étrusque. Ils s'allient ensuite avec d'autres adversaires des Ombriens, les Rasènes, qui descendent du nord, et ainsi se forme la confédération étrusque. Lcpsius rejette la conquête parles Rasènes et soupçonne que ce nom de Rasènes est une leçon fautive du texte de Denys d'Halicarnasse (Paa^va pour Tapoiva-Tupa/,va). Il suppose que les Étrusques sont des Pélasges de Thessalie débarqués à l'embouchure du Pô et poussant vers le sud-ouest à travers les Ombriens qu'ils subjuguent. Schwegler est fort embarrassé de se faire une opinion. II pense que les Étrusques ou Rasènes sont étrangers aux races latine et ombro-sabellique, mais appartiennent cependant à la famille indo-européenne. Ils ont dû venir d'Asie, mais pénétrer en Italie par le nord à une époque où les Ombriens étaient déjà maîtres de ce qui fut plus tard l'Étruric. L'étude des monuments ramène M. Noël dos Vergers à l'idée que les Étrusques sont d'origine ly-
des Lydiens authentiques en un temps oïl les Romains étaient déjà des Troyens avérés.
Quoi qu'il en soit, les Étrusques ne consentaient pas à chercher en dehors de leur pays le berceau de la science divinatoire dont ils gardaient le secret ^ Ils le croyaient, à la lettre, autochthone, sorti des entrailles mêmes du sol, de cette terre qu'Arnobe appelle encore « la mère de la superstition ■ >.
Un jour, disait la légende, un laboureur de Tarquinies, ayant creusé un sillon plus profond que de coutume, en vit sortir un génie de petite stature, ayant le visage d'un enfant
dienne ou tout au moins orientale, ce qui veut dire sémitique. Les efforts faits pour expliquer Tétrusque par les langues sémitiques ont été infructueux : mais on en peut dire autant du travail d'Hercule que s'est imposé tout récemment W. Corssen pour démontrer que Tétrusque est proche parent des langues italiques. Le débat est donc toujours ouvert. Comme le nom de Rasènes ou Rasnes se trouve dans les meilleurs manuscrits de Dcnjs d'Halicarnasse et peut-être aussi dans des inscriptions italiques (ra.ma5, ra^n^a^, etc.), il est plus prudent d'admettre en Étrurie au moins deux éléments ethnologiques, les Rasènes et les Toscans. Ces derniers, que les Grecs appellent toujours Tyrrhènes, étaientrils des Pélasges? Si l'on veut briser le lien qu'établit entre les Étrusques et les Pélasges-Tyrrhënes la similitude de nom, il faut supposer que cette similitude est toute fortuite et s'est achevée sous l'influence des traditions fixées par Hérodote. Le fait ne parait pas improbable quand on songe que le logographe lydien Xanthos de Sardes, antérieur à Hérodote, ne connaissait dans son pays que les Torrhèbes et non pas les Tyrsènes qu'Hérodote en fait sortir. Cependant, TÉtrurie a dû recevoir l'influence orientale, et par les intermédiaires ordinaires, c'est-à-dire, par les Grecs d'Asie. Sur l'histoire et les monuments de TÉtrurie, voyez : Th. Dempster, De Etrutia regali, 1723. Gori, Muséum Elvuscum, 1737-1743. A. W. ScHLEGEL, AnHquitates Etruscas, 1822. Inghirâmi, Monumenti Etruschi, 1821- 1826. 0. MiJLLER, Die Eli*usker, 1828. 2* édit, par W. Deecke, 1878. Lepsius, Ueher die Tyrrhenischen Petasger in Etrurien, 1842. Stickel, Bas Etruskistihe als semitische Sprache erwiesen, 1858. Noël des Vergers, L* Etrurie et les Etrusques, 1862-64. W. Corssen, Die Sprache der Etrusker, 1870-1872. E. Gerhard, Elruskische Spiegel, 1839-1845.
1) Etrusca disciplina (Pun., I, Proœm. lib. II. Serv., ^En., IV, 166. Liv., V 15, 11. Frontin., Limit.y p. 27, Lachmann). Etruscorum disciplina (Senec, Quœst. Nat,j H, 50. Serv.. jEn., I, 2. Arnob., III, 37. Hygin., Limit, conslit,, p. 166. Lachm.). — 2) Arnob., VII, 26.