REVELATION PRIMORDIALE
avec les cheveux gris et la sagesse d'un vieillard. Aux cris que lui fit pousser la surprise, toute TÉtrurie accourut, et alors le Génie, qui s'appelait Tagôs et était petit-fils de Jupiter, dicta aux Lucumons de la dodëcapole les règles de l'haruspicine, telles qu'elles furent enseignées depuis : après quoi, il mourut ou s'évanouit *. Les livres dans lesquels se trouvait consignée cette révélation divine formaient la partie la plus ancienne et la plus vénérée d'un vaste corps de doctrine que les auteurs mentionnent sous des titres divers, applicables tantôt à Tensemble et tantôt à quelque traité spécial '.
A côté de Tagès, on citait, comme ayant collaboré à la rédaction des livres révélés, la nymphe Vegone ou Begoë, appelée aussi Bacchétis,à laquelle on attribuait spécialement
i) On trouvera toutes les variantes de la légende dans les textes suivants : r.ic, i)tvtn.| II, 23. Festus, s. v. Tages^ p. 359 Mûller. Ovid., Metam.f XV, 553 gqq. LucAN.) I, 636. Stat., Silv.f V, 2, 5. Colum., X, 3i5. CKNgohm., 4. Amm* Marc, XXI, i, Arnob.> II, 69. Serv., ifi/i., I, 2. Il, 781. Marc. Gap., tl^ 9, 6. lo. Lyd., OstenLj 3. Isid., Origg,, VIIÎ, 9. — 2) Etrasci libri (Cic, Uarusp, resp., 17. 25. Ceksorin., IT, 6. Serv., i£n., III, 537. Yill. 398) : EtruBcorum libri (Macrob., Sat,, lil, 7, 2. Serv., jEn,, I, 42. Eclog,^ IV, 43) : Biruscorum scripta (Cic, Harusp, resp, 12) : Tu%corum liUeras (Plin., Il, § 138) : Toici libelii (Juven., XIII, 62) : Charim Birrucœ (Cic, Divin., I, 12) : Boû^xtaiv ypi\k\Lxxai (lo. Lyo., Oslent., 3) : tù Tcxpà 6ou<jxoi( U^k [^pdlpifiaTa] (ibid,, 71) : Tyrrhena carmina (Lucret., Vf, 381) : Efruscœ disciplina: wluminu (PlIxN., Il, § 199) : Disciplinarum scripta Hetrusca haruspicum (ViTRUv., I, 7) : Libri fuiruspicini (Cic^ Divin,f I, 33. Fulobnt., s. v. praeseg^ mina) : Artis haruspicinae libri (Serv., /En,, \Ul, 398) : Tagetici libri (Amm. Marc, XVII, 10, 2) : Disciplina Tagetis (Fulgent., s. v., manales^ prœsegmina) : Sacra Tagetica [carmina] (Macrod., V, 19, 13) : Praicepla Tagefica (Longinian., Epist. ad Augustin., 234) : StCyoi TdYyiToçdo. Lyd., Ostenl., 5i) : Libri Bacchetidis (FcLGE.\T., s. V. manales) : Libri Vegonici (Amm. Marc, XVII, 10, 2) : li^ri rituales (Cic, Divin. y I, 33. Festus., s. v. rituales, p. 285. Censorin., 11, 6; 17, 5) : Libri fatales (Cic, Divin,, 1, 4k Liv., V, 13. Censorin., 14, 6) : Libri Acheruniici (Arnob., Il, 62) : Sacra Acheruntica (Serv.,^ai., VIII, 398) : Libri fulgurales [Cic, Dit^in., l, 33 Amm. Marc, XXIU, 5) : Retrmci libri de fudguratura (Srrv., Ma,, I, 42) : Ars falguritorumiSmy., Mn,, VI, 72) : Libri tcnitruales (Cic, Divin., I, 33) : Bpovroaxonfa Tagetis (Serv., £n,f X, 175) : OsierUarium Tuscum (Macrob., Ilf, 7, 2) : Tarquitiani libri (Amm. Marc, XXV, 2, 7) : LibH exerdtuales (Amm. Marc, XXtlI, 5, 10).
un traité de l'art fulgural, et dont les écrits passaient pour être dans les archives religieuses de Rome, entre les livres sibyllins et les prophéties des frères Marcii*. Ce fonds de doctrine s'accrut de tout ce que l'expérience y ajouta, durant des siècles, d'observations et de règles pratiques. L'Étrurie se flattait donc de posséder une révélation écrite, trésor soigneusement gardé d'âge en âge, et une science informée de tout ce qui s'était passé de phénomènes surnaturels depuis le temps du héros Tarchon jusqu'aux prodiges les plus récents.
La compilation hiératique qui a servi de preuve à la légende des Lucumons écrivant sous la dictée de Tagès n'était sans doute ni si ancienne ni si méthodiquement ordonnée que le prétend la tradition. Là comme ailleurs, la théorie s'est dégagée peu à peu des applications empiriques. Les règles de l'art, au lieu de s'immobiliser tout d'abord dans une tradition écrite, se transmettaient par voie d'enseignement oral au seindes familles aristocratiques qui formaient en Étrurie la caste sacerdotale ^. La science divinatoire proprement dite était une doctrine secrète, enseignée par les privilégiés à leurs descendants ou à leurs disciples. Elle était si peu fixée par l'écriture que les Romains, dont elle fut en mainte circonstance la ressource et le conseil, craignirent de la voir disparaître par rindifTérence de ceux qui en étaient les dépositaires. Les livres sacrés ne devaient être, en somme, que des recueils de notices, analogues aux annales et aux commentaires des Pontifes et des Augures romains.
Ce serait peine perdue que d'y chercher un ordre analy-
1) Serv., /En,, VI, 72. On trouve dans le recueil des Xgrimemtrres (p. 350 Lachmann) un fragment d'un certain Vegoia, qui doit être identique avec le type mythique de la nymphe Vegone. 11 y est question de Torigine surnaturelle de la propriété foncière. — 2) 0. Mûller, Etrwker, P, p. 350. II*, p. 3. Cf. ci-dessous, Histoire des Uaruspices,