‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 27 sur 163 · DIVISIONS FATALES DE LA DUREE · texte numérisé non relu

DIVISIONS FATALES DE LA DUREE

œuvre pie dont les dieux s'étaient proposé de tenir compte en réglant conditionnellement l'avenir. On arrivait de cette manière, suivant la doctrine toscane, ou bien à écarter complètement, ou à diminuer ou tout au moins à différer les maux pressentis. La procuration était utile dans tous les cas, et il était de règle qu'elle fût appliquée à tous les prodiges reconnus, tant publics que privés ^ Elle avait la double utilité de parer au danger révélé par le prodige et d'eflEacer (lustrare) l'espèce de souillure imprimée aux choses par le dérangement ou la suspension momentanée des lois naturelles. Aussi, en compulsant l'histoire, voit-on souvent les années signalées par les prodiges les plus terrifiants compter, grâce aux expiations consécutives, parmi les plus prospères '.

La science des prodiges n'était pas seulement chez les haruspices l'art d'interpréter isolément et sans vues générales les faits miraculeux soumis à leur examen. On a déjà entendu parler çà et là de destins inévitables, conditionnels, ajournés ou totalement modifiés, et il est évident que des devins aussi experts avaient dû se préoccuper de l'action des prodiges sur la vie humaine, soumise d'ailleurs à la fatalité résultant des lois naturelles. En combinant ces deux idées, fatalité naturelle et fatalité surnaturelle ou décrets plus ou moins irrévocables des dieux, ils étaient arrivés à imaginer des théories très curieuses, applicables à la vie des individus et à la vie des sociétés ou États, c'est-à-dire aux deux catégories de leurs clients.

Comme ils divisaient l'espace pour en faire un temple, ils jetaient aussi à travers la durée des étapes mesurées par la

i) Cf. privatiportenti procuratio (Liv., V, 15). Les Pontifes romains avaient mission de renseigner et TÉtat et les parti entiers sur ces sortes de questions (Liv., I, 20). — 2) Par exemple, d'après Obsequens, les années 490, 188, 177, 166, 165,' 152, 107 avant J.-C.

science divinatoire. Us s'étaient fait une sorte d'astrologie dans laquelle les prodiges remplaçaient les astres comme forces efficaces et signes révélateurs, astrologie qui traîne après elle son cortège ordinaire de calculs mystiques et de chiffres prédestinés. Seulement, par cela même qu'elle se sert pour dénoncer ses arrêts d'instruments irréguliers et capricieux, la fatalité a comme perdu en Étrurie sa rigidité mathématique et se trouve dépendre, dans une certaine mesure, des agissements humains. La prière et les expiations, qui ne peuvent rien sur les figures géométriques décrites par les astres, font parfois plier sous leur effort la volonté moins impersonnelle dont les prodiges apportent les commandements. Le système des haruspices, tel qu'on l'entrevoit à travers les indications confuses dont nous allons essayer de tirer parti, paraît être celui-ci. Le cours de la destinée humaine est compris entre deux points extrêmes absolument fixes, la naissance et la mort pour les individus, la fondation et la destruction de la cité pour les États. La durée ainsi limitée par la fatalité naturelle ou le destin est divisée en un certain nombre d'intervalles, de grandeur et de nombre variable. L'ignorant les franchit sans se douter qu'il passe de l'un à l'autre; mais celui qui observe et enregistre avec soin les prodiges comprend, en les voyant de temps à autre se multiplier et prendre un caractère insolite, qu'il traverse une époque critique. Tous les événements ou incidents qui composent la trame de l'existence se groupent dans ces subdivisions : mais l'ordre n'en est pas tellement immuable qu'il ne puisse être dérangé par la volonté des dieux ou par un accord intervenu entre eux et les hommes. Peut-être même, la théorie du sacrifice porte à le croire, biens et maux pouvaient-ils être remplacés au fur et à mesure par des équivalents. C'est la part faite à la liberté dans ce fatalisme mitigé. La seule chose nécessaire, c'est que la somme totale se retrouve

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