LES LIVRES SACRÉS DE L'ÉTRURIE
tique, établi sur les titres divers par lesquels ils s.ont dénommés. 0. Millier * a proposé une division à laquelle il n'y a guère d'objection à faire, si l'on admet que les qualificatifs vagues employés parles auteurs qui parlent des livres étrusques répondent bien à autant de traités spéciaux. Il distingue dans la collection trois parties principales.
La plus ancienne comprend un recueil de prodiges, une sorte de chronique des miracles opérés par le Destin (libri fatales) . A la suite se place une série plus récente de prescriptions religieuses, qui paraissent avoir été revêtues d'une forme poétique et chantées dans les solennités du culte. Ces formules (Tyrrhena caf^mina), où se rencontraient, à côté des principes de la divination nationale, des maximes de morale sociale*, des règlements concernant la propriété foncière et les rites à employer lors de la fondation des villes, constituaient le fonds de révélation émané de Tagès et de la nymphe Vegone. Dans ces « livres de Tagès {Tagetici libri) » étaient compris les documents, plus caractéristiques encore, où il était question des dieux, de la manière d'apaiser leur courroux et de trouver après la. mort le chemin de leur demeure, autrement dit, les « livres Achérontiques (libri Acheruntici) », qui ont peut-être pris leur titre grec dans les colonies étrusques de la Campanie. La troisième partie des archives sacerdotales, la plus volumineuse et aussi la plus récente, était un manuel de divination proprement dite, indiquant l'interprétation traditionnelle des signes, ordinaires ou prodigieux, de la volonté céleste. On y rencontrait les libri rituales, qui signalaient toutes les dérogations prévues au cours normal de la vie humaine et de la vie des sociétés ; les libri fulgurales,
\) 0. MiJLLKR, Etrusker^ II*, p. 23-33. — 2) Cf. par exemple, la loi qui, d'après Servius, se trouvait dans ces livres: est enim libro qui inscri^itur Terrae ruris Etruriae, scriplum vocibus Tagœ : Eum^ qui genu$ a perjuris duceret fato extorrem eiprofugum esse debere (Serv., jEh,, I, 2).
consacrés à l'exégèse des signes météorologiques ; les libri hamspicinif guide du sacrificateur cherchant l'avenir dans les entrailles des victimes ; et enSn, comme supplément nécessaire, des recueils dans lesquels se trouvaient consignés tous les genres de prodiges observables, avec leur interprétation (Ostentaria).
Cette ordonnance, d'ailleurs plausible, risque fort d'être artificielle. A supposer que les villes d'Étrurie, contrairement aux usages antiques, aient renoncé à leur autonomie religieuse pour accepter une révélation commune, fixée sous la forme impérieuse du livre % et que la discipline ait été assez forte au sein des écoles d'haruspices pour river l'initiative individuelle des hommes de l'art à ce corps de doctrine, il resterait encore à distinguer entre les livres hiératiques proprement dits, représentant avec autorité la tradition nationale, et les manuels plus ou moins conformes que devaient rédiger, pour les besoins de leur profession, les haruspices consultants. Il est même possible que les réfé-
^) Tite-Live (V, 45, M) ne dit pas que Véïes eût des libri fatales spéciaux : mais il sérail étonnant que des libri fatales communs à toute la nation se fussent tant occupés des rapports de Rome et de Véles. Le caractère local de ces « livres du destin » apparaît bien plus nettement encore, si Ton accepte ringénieuse conjecture de Fr. Orioli (Giorn. deli* Instit. Lombardo, Cf. Jahrhb. fût Philol. 1842, p. 121 sqq.). M. Orioli, cherchant quel rapport il a pu y avoir entre Véïes, le lac Albain et la victoire de Rome, suppoae que la prophétie des libri fatales datait d'une époque où Véïes avait à craindre, non pas Rome, mais Albe. L'haruspice véïen qui fait dépendre la victoire des Romains de l'émission des eaux du lac aurait substitué à Tancienne Albe la nouvelle, c'est-à-dire Rome. Or, le travail indiqué pouvant être regardé comme impossible, les livres devaient prédire le triomphe final et la primauté de Véïes. Albe ayant été détruite par Rome et Rome par les Gaulois en 390, les Romains durent croire que le destin de Véïes, prise par eux six ans auparavant, finissait par l'emporter. De là chez eux le désir, qui avait déjà été manifesté au lendemain de la prise de Véïes, d'aller s'établir eux-mêmes dans cette ville prédestinée (Liv., V, 2,i. 49. 51-54). Des prophéties de cette sorte n'auraient pu être évidemment fabriquées que par et pour des Véîens.