‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 30 sur 163 · LES AGES DU MONDE · texte numérisé non relu

LES AGES DU MONDE

sèment le temps aux sociétés humaines. Quelques siècles séparaient leur naissance de leur dissolution, et, dans chaque siècle, les prorogations accordées par les dieux ne dépassaient pas une trentaine d'années. Les Grecs, qui avaient commencé aussi par avoir la vue courte, avaient fini par s'ouvrir des horizons plus larges. En un temps où le vieux monde délabré croulait de toutes parts, Proclus aime à croire, sur la foi de certains livres sacrés, que « la vie des cités se mesure à Tunité de mille, car c'est à cette aune que les Génies mesurent le temps * ». Les haruspices de la fin du ni* siècle de l'ère chrétienne paraissent s'être mis à l'école des millénaires '•

Les Étrusques franchissaient cependant ces bornes resserrées, pour embrasser du regard la durée du monde entier. Tous les peuples capables de créer une cosmogonie se sont laissés tenter par ces spéculations. L'imagination orientale projetait dans la durée infinie des cycles immenses sans cesse recommencés*. Les Hellènes eux-mêmes, si ennemis du

i) Procl.,/» Tim.f I, 45. — 2) Voy. Texemple cité plus haut (p.49 J). Les haruspices prédisent à mille ans d'échéance, alors qu'au temps de Pline il était constantpu6/ica (prodigia) nonultra tricesimum annum {porlendere),pi'xtergtLam in deductione oppidi. Cette exception est faite pour les prodiges qui marquent, lors de la fondation des cités, le nombre des siècles alloués à la société naissante.— 3) L'Inde a ses quatre Siges ou Yougas qui représentent^ comme partoutoù Ton trouve des doctrines analogues, une progression décroissante, au double point de vue de la quantité et de la qualité : i^ L'âge de la perfection {Kritayouga) de i, 728,000 ans; 2* Tâge du triple sacrifice {Trélayouga)y de i, 296^000 ans; 3® l'âge du doute (braparayouga) de 864,000 ans ; A^ l'âge du péché {Kâliyouya), qui doit durer 412,000 ans. La durée maximum de la vie humaine descend, par la suite des temps, de 400 à 100 ans (Manou, I, 62sqq. Cf. DuNCKER, Gesch. d. Alterth,, IP, p. 71). Les Chaldéens avaient leur grande année sidérale, mesure de la durée d'un monde, équivalant, d'après Bérose^ à 475,200 ou 518,400 ans (Cic, Divin., I, 19. II, 46). La grande année, une fois prise au sérieux par les Grecs, se réduisit & des proportions plus modestes. On trouve les chiffres de 10,884; 10,800; 5,552; 2,484 entre deux régénérations de l'univers (Censorin., 18, 11): les Stoïciens reviennent aux chiffres élevés (6,570,000 ans. Plut., PlocphiL, II, 32) : mais on avait aussi des années sidérales de 7,777 ans (Hippol., Bef. haer ,. IV, 1, 7), de 3,000 ans (( Jc, ap. SERv.,^n.,IH, 284),des cyclespalingénésiquospour les individus considérés

mysticisme et dédaigneux de l'inconnaissable^ parlaient déjà, par la bouche d'Hésiode, de la succession des âges et de la décadence du monde, qu'Homère croyait aussi plus brillant et plus vigoureux au temps des héros. La philosophie, s'emparant à son tour d'une question à peine abordée par la théologie poétique, rêvait pour l'Univers, considéré comme un être vivant, condamné à mourir mais assuré de renaître, des vicissitudes diverses. Ces idées s'étaient glissées dans les révélations sibyllines, qui se prêtaient à toutes les interpolations. On disait que la sibylle de Cumes avait divisé l'existence du monde en dix âges, désignés par des noms de métaux. Le dixième, l'âge du Soleil, devait être suivi, conformément au programme stoïcien, d'une conflagration générale préparant elle-même la palingénésie *.

Les religions polythéistes s'accommodaient volontiers de ces théories. Rien n'était plus facile, en effet, que de se représenter les âges du monde comme présidés, gouvernés, créés au besoin par des dieux distincts, se succédant à tour de rôle à la direction des affaires. Hésiode ne connaissait encore que le règne de Kronos et le règne de Zeus. Les Romains se souvenaient confusément d'un temps où les dieux indigènes, Janus, Saturne, Faunus, éclipsés depuis par la majesté de Jupiter, gouvernaient les peuplades rustiques du Latium. Nigidius Figulus, qui avait étudié, entre autres choses, la théologie toscane, comptait dans le passé le règne de Saturne, celui

isolément qui ne dépassaient pas 440 ans (àuoust., Civ. Dei, XXll, 28) et même des cycles d'une valeur universelle, mesurés par la vie du phénix, fixés à 540 ans (Plin., X, 5). Ceux-ci, il est vrai, ne sont plus que des périodes intercalées dans la durée de Funivers. Le système brahmanique et celui d^Héraclite se ressemblent en ce qu'ils concluent & une reconstruction à nouveau du monde entier, issu chaque fois de l'Être : le système chaldéen consiste à faire recommencer au monde actuel un cycle déjà parcouru : la }caXiYYevE9(a stoïcienne les combine tous deux sans raison sufQsante, et fait de deux théories conséquentes avec elles-mêmes une doctrine incohérente. i)SsBLy.,Eclog,f IV, 4.

Page 1