LES AQ£S DU MONDE
de Jupiter, celui de Neptune, celui de Pluton, et attendait à bref délai celui d'Apollon '. A supposer qu'il suivît en cela l'enseignement des haruspices, il résulterait de son système que ceux-ci considéraient l'univers comme étant parvenu à peu près à la moitié de sa durée, quatre âges sur huit étant déjà accomplis.
Mais qu'entendaient au juste les Étrusques par âges du monde, et que devenait selon eilx le monde, une fois la série des âges épuisée ?
En ce qui concerne les âges, il y a deux théories qui se présentent pour ainsi d'elles-mêmes, à l'esprit. La première, qu'Hésiode n'a pas trouvée trop hardie, admet à chaque période un genre humain nouveau, créé de toutes pièces, et sans solidarité aucune avec la race précédente : l'autre désigne par âge du monde la vie d'une nation maîtresse qui, une fois son rôle fini, est comme supprimée et remplacée par une autre. Cette dernière conception, que le prophète Daniel et Bossuet après lui ont rendue familière à tous, est moins chimérique et plus facile à mettre d'accord avec les faits. C'est celle à laquelle la science toscane paraît s'être arrêtée.
Telle est, du moins, la doctrine qui se dégage de l'analyse confuse faite par PI utarque d'une consultation officielle des haruspices, en date de l'an 90 avant notre ère. L'obscurité de la réponse elle-même et les altérations subies par la version primitive, que Plutarque a pu, suivant sa coutume, accommoder aux idées grecques, explicjuent assez ce qu'il a de flottant et d'incohérent dans ce texte. Au moment où allait éclater la rivalité de Marius et de Sulla, divers prodiges annoncèrent les calamités futures. « Mais le signe le plus frappant, c'est que, dans un ciel serein et sans nuages, on entendit une trompette qui rendait un son si aigu et si lugubre que tous se sentirent éperdus et frissonnants à ce bruit terrible. Les
1) SiAv., Eclog.f IV, 10.
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devins d'Étrarie, consultés sar ce prodige, répondirent qull annonçait un changement de race et une transformation du monde. En effet, disaient-ils, il y a en tout huit races d'hommes, différant entre elles par leurs mœurs et leur genre de vie. Dieu amarquéà chacune d'elles un temps préâx, qui s'achève avec la période d'une grande année ; et, lorsqu'une race finit et qu'il s*en élève une autre, le ciel ou la terre en donne le signal par quelque mouvement extraordinaire, de façon que les hommes profondément versés dans ces études connaissent à l'instant même qu'il est né une espèce d'hommes qui auront d'autres mœurs, d'autres manières de vivre, et dont les dieux prendront plus ou moins de soin que de ceux qui les ont précédés. Dans ces renouvellements de races, de grands changements se font sentir, ajoutaient-ils, et l'un des plus sensibles, c'est que, dans telle race, la science de la divination se voit plus honorée; toutes ses prédictions se vérifient, parce que la divinité envoie des signes clairs et certains: au lieu que, dans telle autre race, cette science a un rôle fort humble; la plupart des prédictions se font précipitamment, sur de simples conjectures, et la divination n'a, pour connaît tre l'avenir, que des moyens obscurs et des indices presque effacés. Voilà ce que débitaient les plus habiles devins de l'Étrurie *. »
Le ton de cette déclaration n'inspire guère de confiance soit dans l'authenticité du document, soit dans la sincérité des haruspices. Les devins se montrent trop préoccupés de la figure qu'ils font dans le monde, et l'univers se renouvelle à peu de frais si le plus ou moins de crédit que rencontre la divination est un des effets les plus sensibles de pareils changements. Pour annoncer ainsi la mort prochaine de leur nation, que SuUa allait en effet ruiner pour toujours, les
IjPll't., Sulh, 7 (d'après Tilc-Livo et Diodore). Cf. SuroAS, s, v. L'jU»;.