DIEUX MORTELS ET DIEUX IMMORTELS
haraspices devaient prendre un langage plas solennel et plus discret. Il est étrange de les voir s'épancher ainsi en bavardages à propos d'événements si graves, alors que, un demi-siècle plus tard, Tharuspice Vulcatius ne divulguait qu*au péril de sa vie un secret moins redoutable*. La tradition recueillie par Plutarque est donc suspecte à plus d*un titre, et il ne faudrait pas avoir la prétention de la convertir en défi-nitions dogmatiques.
Nous ne connaissons que par un indice précieux mais insuffisant le destin que les haruspices réservaient à l'univers lors de la consommation totale des huit âges. Amobe affirme, d'après Varron, que les Étrusques appelaient leurs dieux Consentes ou Complices parce qu'ils naissent et périssent avec le monde ^. La religion toscane paraît avoir placé la source de l'Être dans ces dieux innommés (Dii superiores-dnvoluti) qui n'avaient rien à démêler avec l'espèce humaine^ et avoir conçu le monde comme une manifestation temporaire de la substance en soi, mani** festation dont les dieux inférieurs font partie. Les Consentes^ et Jupiter-Tina lui-même, n'étaient donc que les gouverneurs de l'univers, nés avec lui et devant disparaître dans une Catastrophe qui serait en même temps l'enfantement d'un nouvel ordre de choses. Au-dessus d'eux trônaient les puissances éternelles, et celles-ci étaient peut-être rangées autour
i) Seev., Eclog.f IX, 47. Cf. ci-dessus, p. 92, 1. — 2) Abnob., UI, 40 : texte confus, déjà discuté par G. WÙLLKRf Etrusker, IP, p. 84, 6. On rencontre une doctrine analogue dans les fragments hésiodiques des Grandes Eœes, Les Nymphes, c'est-à-dire les génies infusés dans les objets naturels, doivent vivre dix âges, chaque âge étant marqué par la vie d*un phénix,^ et au bout de ce temps mourir (Plut., Defect» orac, 11). L'estimation de la durée du monde, suivant ce système^ oscille entre 9,720 ou 972,000 ans. Tout ce bagage de chiffres vient de l'Orient et a été importé à une époque relati. vement récente. Cf. le Timée de Platon, où il est aussi question des dieux qui ont été créés avec le monde et doivent finir avec lui.
d'un Dieu suprême, Être tellement redoutable que, suivant une légende, son nom seul, murmuré par une nymphe à l'oreille d'un taureau, avait foudroyé l'animal *.
Si les Consentes sont bien les directeurs de notre monde actuel, il est étonnant qu'il n'y ait aucun rapport entre leur nombre et celui des périodes ou âges dont se compose sa durée. Sans doute on pourrait, nous l'avons vu, soutenir que la vraie tradition nationale n'admettait pas plus de huU divinités fulgurantes, huit Consentes^ formant avec Jupiter, qui représente l'unité du monde, un conseil de neuf divinités ^ Mais, à force de trier et de rectifier par voie de conjecture les indications déjà si incomplètes dont l'histoire dispose, on finit par errer à l'aventure, et ce que l'on rejette de la tradition rend plus suspect encore ce que l'on en veut retenir. Ce qui est certain, c*est que, dans la théorie précitée, le nombre des Consentes ne saurait être indépendant du système des âges. L'astrologie imposant aux premiers le nombre 12, il ne restait plus qu'à attribuer au monde douze périodes.
Cette adaptation fut consommée aux basses époques, et on l'attribua, comme de raison, à « un homme compétent qui avait écrit l'histoire chez les Toscans >. Cet auteur dit que « le dieu artisan de toutes choses a départi à toutes ses créations douze chiliades d'années (12.000 ans), distribuées elles-mêmes entre les douze maisons (astrales). Dans la première chiliade, Dieu a fait le ciel et la terre ; dans la deuxième, le firmament, qu'il appela le ciel ; dans la troisième, la mer et tout ce qu'il y a sur la terre ; dans la quatrième, les grands luminaires, le soleil, la lune et les astres; dans la cinquième, toute âmp d'oiseaux, de reptiles et quadrupèdes, dans l'air et sur la terre et dans les eaux ; dans la sixième, l'homme. Il paraît donc que les six premières chiliades se sont écoulées
1) LoTAT. ad Stat., Thebaxd.^ IV, 816. — 2) Voj. ci-dessus, p. 37.