LIVRE DEUXIEME
DIVINATION LATINE ET OMBRO-SABELLIQUE
La divination romaine offre ce caractère particulier qu'elle apparaît, dès l'aurore des temps historiques, à l'état d'institution politique, fondée sur des croyances qu'elle a mission de discipliner et de restreindre. Loin de développer la curiosité mystique, qui ailleurs sollicita si puissamment les esprits, elle réduit la révélation à n'être plus qu'un simple renseignement sur les dispositions actuelles des dieux, ne touchant qu'indirectement au passé et à l'avenir. Elle ne se pose qu'un problème : savoir si les dieux encouragent ou non le dessein sur lequel on les consulte; elle n'attend la réponse que de Jupiter seul et s'interdit de la chercher ailleurs que dans un très petit nombre de signes convenus. L'art augurai ne va pas plus loin. Si, dans les conjectures graves, il est trouvé insuffisant, les Romains aiment mieux consulter, par exception, les haruspices toscans ou les oracles helléniques que d'ajouter quelque chose à leurs coutumes traditionnelles. Lorsque l'immense popularité conquise dans le monde méditerranéen par les prophéties sibyllines leur imposa, en quelque sorte, un nouvel instrument de divination, ils ne l'ac-
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cueillirent qu'avec défiance et l'enfermèrent, hors de la portée des particuliers, sous la garde d'interprètes officiels dont le premier devoir était de ne parler que sur l'invitation du Sénat.
La divination n'a pu naître ainsi décrépite et chargée de telles entraves. Avant de s'immobiliser sous la lourde main des législateurs de Rome, elle a vécu d'une vie plus libre et plus spontanée dans la foi populaire. Elle a connu des procédés plus variés et risqué des coi^iectures moins timides; elle a demandé aux sorts, aux songes, et même à l'audition directe, le secret de l'avenir pour lequel les collèges romains se montraient si indiflférents. Cette divination indépendante a laissé hors de Rome, et dans Rome même, des traces qu'il convient de rechercher avant d'aborder l'étude de la divination officielle représentée par les collèges des Augures et des Quindécemvirs.Celle-ci n'est qu'un débris de l'autre ; elle a été constituée par voie d'élimination, avec ce que les règlements ont bien voulu ne pas rejeter des pratiques accréditées par la foi libre, et tout ce qu'elle contient de positif devrait être j
rapporté à la première.
Nous allons donc recueillir, çà et là, dans les traditions latines, dans certains usages ombro-sabelliques, et aussi dans les habitudes romaines, les vestiges qui attestent encore l'existence d'une divination italique digne, à certains égards, de figurer à côté de la mantique grecque et de i'haruspicine étrusque. Nous n'y verrons pas, sans doute, un corps de doctrine composé à frais communs par les peuplades du Latium, delà Sabine et de l'Ombrie; mais nous n'entreprendrons pas non plus de restituer à chacune de ces tribus ce qui lui appartient, ou de distinguer, dans ces pratiques diverses, une succession chronologique. Les rares indications i qui nous sont parvenues ne permettent pas des triages aussi précis. Tel usage dont le hasard nous fait rencontrer la trace
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en un lieu et en un moment déterminés, a pu exister en d'autres temps et d'autres lieux. Sans négliger ce qui peut servir à faire l'histoire distributive de la divination italique, nous nous attacherons davantage à la classification analytique qui nous a déjà servi à débrouiller le chaos de la man tique grecque.
Il y a à distinguer, dans la divination italique, trois procédés généraux qui correspondent à autant d'espèces de présages : la révélation directe ou vaticination, l'interprétation des présages fortuits, et la consultation des auspices ou présages convenus à l'avance.