‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 38 sur 163 · VATICINATION · texte numérisé non relu

VATICINATION

Caractère de la réTélation latine, apportée directement par des êtres divins et perceptible aux sens. — Divinités fatidiques du Latium : les Lymphes, Carmenta, Picus, Faunus et Fauna. — Légende de Picus. — • Réminiscences grecques dans les récits poétiques. — Caractère indécis et artificiel de Toracle oniromantique de Faunus. — Consultations de Numa et de Latinus. — Le dieu Vaticanus et l'oracle du Vatican. — iDYSsion de l'hellénisme à Rome. — Apparition des types de prophètes indigènes. — Marcius, Publicius, la sibylle de Tibur. — Exemples de réyélations à la mode latine, par les voix. — Voix des dieux, voix des animaux. — Stérilité et décadence prématurée des cultes prophétiques.

La distinction, si familière aux Grecs, entre la divination naturelle et la divination artificielle ne saurait s'appliquer, sans être faussée en bien des points, aux méthodes divinatoires de l'Italie. A en juger par les Romains et par les Étrusques, les peuples italiotes n'ont pas conçu d'eux-mêmes rinspiration intérieure, l'intuition fatidique qui illumine l'âme et la fait participer un instant à l'omniscience divine. Ils n'ont attribué cette faculté surnaturelle qu'à des êtres surhumains, dieux ou génies, qui dispensaient eux-mêmes la révélation et la formulaient en langue intelligible. Comme la Grèce, l'Italie a des divinités fatidiques, mais elle n'a point de prophètes, par la même raison qu'elle n'a point de héros ; parce que l'imagination de ses peuples s'est refusée à associer, dans ces types intermédiaires, certains attributs de la nature divine avec la condition humaine. Les deux ou trois prophètes latins dont la tradition romaine conservait les

120 DIVINATION LATINE ET OMBRO-SABELLIQUE

noms et les écrits ont été suscités par l'influence grecque, à une époque où cette influence était toute-puissante, et n'appartiennent pas plus à ritalie que les héros équivoques dont les Grecs avaient fini par remplir l'histoire primitive d'Albe et de Rome.

Les religions italiques paraissent donc avoir réservé aux êtres divins cette faculté surnaturelle de connaître que la langue latine appelait, pour cette raison, divination*. Comme en Grèce, et pour des motifs analogues, la légende désignait plus spécialement, comme source de révélation, les divinités des eaux. C'est aussi en prêtant l'oreille au murmure des ruisseaux, en rêvant aux bords des fontaines habitées par les € Lymphes- », sœurs des nymphes grecques, que les ancêtres des Romains crurent entendre des voix divines proférer ces formules ou incantations, à la fois magiques et prophétiques {carmina)j dont le rythme servit de modèle au vers saturnien.

On connaissait à Rome les Camènes qui, par la bouche d'Égérie, la plus vénérée d'entre elles, avaient dicté à Numa la législation religieuse, et furent plus tard assimilées aux Muses helléniques; Carmenta ou Carmentis, dédoublée par l'analyse en deux CarmenteSj l'une tournée vers le passé {Postvorta)f l'autre vers l'avenir [Antevorta^Porrinia) ; les FataScribunda ou fées, semblables aux Cârmentes, qui prédisaient et fixaient le destin des nouveau-nés; enfin Canens, l'épouse de Picus, qui se confond, sans attribut et sans rôle spécial, avec les figures précédentes. La légende voulait que Carmenta, mère d'Évandre, eût prédit à son fils la grandeur de Rome^, et elle lui donnait une physionomie telle que les Grecs eurent peu à faire pour la transformer en sibylle, concurremment avec Albuneay la nymphe de Tibur*. Toutes ces

{) lit aUa nos melius multa quam Grœci^ sic huic prœsiantissimas rei nomen nostn a divis, Grœci.,, a furore duxerunt cGic, Divin., 1, \), — 2) On citait des oracles en vers de Carmenta (Vârr., Ling, lat,, VU, S8. Plctahch., Quaest nom. y 56). — 3) Skrv., JSn., VUI, 336.

Page 1