‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 39 sur 163 · LB DIEU PICUS · texte numérisé non relu

LB DIEU PICUS

nymphes étaient attachées à des sources que la tradition plaçait en divers lieux.

Mais la faculté divinatoire, infusée dans les eaux vives, n'y resta point confinée. Comme en Grèce encore, elle fut étendue à des êtres plus personnels, moins attachés au sol et mieux faits pour être les conseillers des mortels. Carroenta et Canens sont étroitement associées à l'histoire des dieux révélateurs, PicuSj Faunus et Fauna.

Picus, dont la tradition Laurentine avait fait un roi puissant, fils de Saturne, et un augure consommé*, est la personnification du pivert, oiseau de Mars, qui tient une grande place dans les légendes latines et sabines. En voyant cet oiseau sonder le tronc des arbres et se plaire dans les retraites les plus solitaires, les peuplades de l'Italie l'assimilaient à un chercheur de trésors*, possesseur de secrets merveilleux, magicien ou prophète qui, avec sa flère mine et son attitude guerrière, s'associait tout naturellement à l'entourage du dieu Mars, patron de la race sabiue. On racontait qu*au moment où la tribu sabine des Picentins émigrait dans le pays appelé depuis le Picénum, le pivert, éponyme de la tribu, s'était posé sur leur drapeau, comme pour les diriger*. C'est à peu près dans cette attitude, « posé sur une colonne de bois », qu'il rendait des oracles au nom de Mars, dans l'antique ville aborigène deTiora Matiene*. Les légendes latines le considèrent également comme un guerrier et un prophète; la tradition romaine, comme un hôte divin des bois qui couvraient l'Aventin, comme l'amant et l'époux de Canens, la nymphe du Palatin.

Mais le type de Picus, trop peu dégagé du symbole d'oti il est sorti, s'aflBne et s'achève dans celui de Faunus, dieu pro-

I) ViRC, iBn., VIl,190. Serv., ibid, —2) Pladt.,A«Zm/.,IV, 8, 1.— 3)Paol.. p. 122, s. V. Picena, — 4) Dion. Halic, 1, 14. T. Matiene était près du lac Velino.

122 DIVINATION LATINE ET OMBRO-SABBLLIQUE

phète issa de Picus. Parmi les nombreux attributs de Faunus, le «bon dieu'»y et de sa femme Fauna^ ou la «bonne déesse», un des plus caractéristiques est la faculté divinatoire. Comme révélateur, parlant le langage humain, il porte le nom de Fatuus ou Fatuelus *, qui équivaut à peu près au titre de icpd(piîTY)ç chez les Grecs, et peut-être aussi le nom de Vatican' nus, qui a la même origine étymologique ^. Son épouse prenait également le nom de Fattm^j se rapprochant ainsi des Fata Scribunda et, en général, des nymphes prophétiques.

Sous sa forme primitive, la légende de Faunus n'attribuait au dieu que des révélations directes. Longtemps après, les paysans du Latium, dont l'imagination avait multiplié dans les Faunes le type de Faunus comme la mythologie grecque avait répété celui de Pan dans les Satyres, croyaient encore entendre la voix des Faunes * et parfois les apercevoir aux alentours de Rome •.

Faunus passait même pour s'être mêlé de plus près aux hommes. Si la tradition qui fait de lui le premier législateur du Latium au temps des Aborigènes et comme le précurseur de Numa est de date relativement récente ^, les récits populaires lui attribuaient une part de collaboration dans les règlements liturgiques édictés par Numa. Comme Numa était en peine de connaître les rites de l'expiation des foudres, il eut l'idée de recourir à la science de Picus et de Faunus. Mais, comme le Protée des Grecs, ces dieux ne révélaient leurs secrets que contraints par la force. Numa disposa donc une

Faunus de faveo. Seulement /*av<?o pourrait bien avoir eu ici le sens de « sou£Qer ». Faunus se rapproche ainsi du dieu pélasgique de Dodone (Cf. vol. II, p. 301). — 2) Skrv., Mn„ VII, 776 ; Vil, 47; Vlll, 31, i. — 3) La différence de quantité entre vates {a long), et vaticanus (a bref) n'est pas une objection décisive. — 4) Lactant., Instit. Divin. y I, 22. — 5^ Cic, iHvvi,, I, 45. Nat. Deor,^ II, 2, III, 6. Varr., Ling. lat, VII, 36. 1.iv., 11,7. Dion. Hal., V, 6. Val. Max., 1,8,5. Delà Tétymologie bizarre de Faunus isth Tfjc 9(i)vf[( dictus^ quod voce non signis futura ostendit (Serv., JEn,, VII, 81). — 6 Prob., Georg., I, iO, — 7) Lactant., ibid. Prob., ibid.

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