‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 41 sur 163 · LES PROPHETIES DE MARGIUS · texte numérisé non relu

LES PROPHETIES DE MARGIUS

raffermir le courage des Romains, et, s'il faut en croire une tradition peu sûreS il les fit porter dans les archives sacrées, à côté des livres sibyllins.

L'origine. de ces oracles resta toujours enveloppée d'un certain mystère, que le Sénat ne tenait pas sans doute à éclaircir et que les historiens ou archéologues romains sem* blent avoir respecté de parti pris. Aussi, rien de plus vague que la personnalité de ceMarcius qui avait été, dit Tite-Live, € un devin illustre ». Tandis que la plupart des auteurs' ne parlent que d'un seul Marcius, Cicéron attribue les prophéties à la collaboration de deux frères de ce nom et cite encore, à côté d'eux, un troisième prophète, Publicius, qui est, du reste, passablement inconnu'. Personne ne songe à fixer l'époque à laquelle aurait vécu Marcius; on se contente de dire qu'il était d'illustre origine, ce qui explique mal pourquoi il était resté si longtemps ignoré. Les uns semblent croire qu'il a vécu à Rome, en pleine lumière ; d'autres, avec plus de sens historique, le reportent en arrière, vers ces temps primitifs où s'élaboraient dans les conseils des dieux et se fixaient dans les écrits sibyllins les destinées du Latium. Pline compare Marcius à Mélampus, le plus ancien des devins grecs, et à la Sibylle. Une tradition, rapportée par Symmaque, voulait que les Carmina Marciana eussent été écrits sur des écorces d'arbres, probablement, comme le dit Servius, sous la dictée de la Sibylle.

C'est bien dans la société des nymphes et des sibylles, dans les bois pleins d'échos, hantés par Faunus et Picus, qu'il faut placer le prophète Marcius. Son nom n'est autre que l'épi thète donnée à l'oiseau de Mars, au pivert dont la légende

i) Srev., JBn., VI,72. Cf. Symmach., Epist, IV, 34. — 2) Liv., ibid. Plin., ibid, ÀRNOB.i ibid. Macrob., ibid. Fest., p. 4H5, 326, s. v. Negumate. Thy inelici. Pacl., p. i76, s. v. Ningultis. Amm. Marc, XVIU, i. Porphyr. ad Hor. Epist.y II, 1,26. — 3) Cic, Divin.^ 1,40. 50; II, 55. Cf. Serv., JEn., VI, 70. 72. Symmach., ibid.

130 DIVINATION LATINE ET OMBRO-SABELLIQUE

avait fait le dieu Picus. L'adjectif avait saasdoute, comme son substantif, donué naissance à une personnalité légendaire dont le trait saillant était aussi la fax^ulté prophétique. La présence de ce type mythique se remarque dans l'entourage de Numa. Le roi avait pour confident et pour auxiliaire un sien parent, venu avec lui de la Sabine, Numa Marcius^ dont il fit le premier pontife de Rome et dont le petit-flls fut le bon roi Ancus Marcius'. C'est sur ce nom de Marcius, resté vaguement dans la mémoire du peuple à côté de celui de Numa, que ceux qui découvrirent les Car^nina Marciana fondèrent leur pieuse supercherie. Le souvenir en était assez vivant pour mettre les prédictions en crédit, pas assez précis pour ne pas se prêter aux fictions nouvelles. Personne ne contesta, au nom de l'histoire, l'existence d'un ou même de plusieurs prophètes de ce nom.

On peut donc penser, sans être accusé d'un excès de scep«ticisme, que la seule figure de devin inspiré que les Romains aient jamais mis en regard des chresmologues grecs ne correspond à aucune réalité historique. C'est un produit artificiel, créé sous l'influence de l'hellénisme, avec des souvenirs empruntés aux vieux cultes de Picus et de Faunus. Ce Marcius, qui se donne pour l'interprète de Jupiter et se montre si zélé pour le culte d'Apollon, le dieu révélateur des Hellènes^, procède des dieux révélateurs de la Sabine et du Latium, dont il est l'image affaiblie.

En somme, la tradition italique, quand elle suit son génie propre, repousse la divination enthousiaste et n'accepte pas sans répugnance les théories oniromantiques. Elle préfère

1) Liv., I, 20. — 2) Llv., XXV, 12. Il est inutile déplacer à côté de Marcius les Mélampodides» d'ailleurs parfaitement inconnus, Cati/ius, Tibumm^ œkistes de Tibur (Cf. Vol. Il, p. 28), dont les archéologues hellénisants ont fait des prophètes parce qu'Albunea était devenue une sibylle et que le fleuve Anlo s'était transformé) pour ressembler au prophète Anios de Délos, en un fils d'Apollon»

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