‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 50 sur 163 · LES SORTS DE PRBNESTE · texte numérisé non relu

LES SORTS DE PRBNESTE

prendre au moment où Hannibal approchait de Trasimène : « Mars brandit son dard* ».

Ces deux oracles n'apparaissent qu'à cet instant dans l'his* toire, à moins qu'on ne veuille identifier avec l'un d'eux ce

problématique c oracle de Téthys » qu'envoie consulter en

Etrurie le roi albain Tarchétius^. Il ne serait pas impossible d'arriver à identifier les divinités, d'ailleurs inconnues^, aux* quelles était confiée la garde des sorts de l'Étrurie avec la Fortune, et celle-Kîî avec Téthys, qui doit être, comme son époux rOcéan, < l'origine de toutes choses^ »; mais il est plus facile encore de négliger un renseignement sans garantie, emprunté à un récit que Plutarque lui-même trouve ridicule. Nous n'avons donc rien de plus à dire sur l'origine évidemment archaïque de ces sorts, qui sont antérieurs peut-être à l'invasion des Rasènes en Toscane.

La légende prénestine croyait savoir, au contraire, d'où venaient les sorts qui faisaient la gloire de Préneste. Pour mieux afSrmer le droit inaliénable de la cité pélasgique sur ces précieux instruments de divination, elle les faisait sortir des entrailles mêmes du sol. € Voyons, dit Cicéron, ce qu'on dit de la découverte de ces sorts fameux. Les archives des Prénestins affirment qu'un citoyen honorable et distingué, Numérius SuflFucius, recevait dans des songes répétés et, sur la fin, menaçants, l'ordre d'entailler un rocher en un

i) LiY., XXIÎ, 1. Pldtarch., Fab.y 2. — 2) TtjWoç èv Tuppijvf^ xP'l"^?'^^ (^^"■ TARCH., RomuL, 2). Klausen (Aeneas, p. 772) propose rexplication suivante. Mater Matuta, honorée à Pyrgi (le port de Cœre), ressemble à la Fortune mère de Préneste, nourrice de Jupiter. Les Phocéens qui fréquentaient Pyrgi ont pu Tidenlifier avec Leucothéa, leur patronne, et Leucothéa mène à Télhys qui, en qualité de nourrice de Junon (Hom., Iliad.y XIV, 202. 302)^ est un équivalent à peu près exact de Matuta et de Fortuna. L'oracle de Téthys serait donc celui de Gœre. — 4) Peut-être ces deœ Tenitx dont parle Paul Diacre (p. 368, s. v. Tenitœ) soriiian deœ, dictas quod tenendi haberent potestcUem, ou plutôt ainsi nommées de la bandelette (taenia) qui entourait ou enfilait les sorts. — 5) Hoh., Iliad.f XIV, 246.

148 DIVINATION LATINE ET OMBRO-SABELLIQUE

certain endroit. Effrayé par ces visions, il brava les railleries de ses concitoyens et se mit à l'œuvre. On vit alors s'élancer par la brèche des sorts qui portaient, gravés sur bois de chêne, les caractères de l'alphabet primitif. Ce lieu forme aujourd'hui un enclos consacré près du sanctuaire de Jupiter-Enfant, qui est représenté à côté de Junon, sous les traits d'un nourrisson à la mamelle, dans le giron de la Fortune, chaste objet du culte des matrones. Au même moment, au lieu où s'élève maintenant le temple de la Fortune, un olivier laissa échapper, dit-on, des ruisseaux de miel, et les haruspices déclarèrent que ces sorts jouiraient d'une immense réputation. Sur leur ordre, on fit avec l'olivier un coffre et Ton y déposa les sorts que l'on tire aujourd'hui sur l'invitation de la Fortune * . »

La divinité qui présidait à Toracle était, sous les traits de Fortuna Primigenia, la mère commune des dieux et des hommes, la Terre, être primordial, € support^ » et origine de l'univers entier, dont les multiples attributs s'éparpillent en sens divers et qui, même réduit à l'état d'être abstrait, identique avec la Destinée, est encore, comme tel, antérieur au plus glorieux des couples divins bercé sur ses genoux. Le culte de la Fortune, qui fût introduit à Rome par Servius Tullius, est un des plus anciens que l'on signale dans les religions de l'Étrurie, de la Sabine, de l'Ombrie et du Latium. Le titre de Primigenia que porte la Fortune de Préneste indique assez la haute antiquité que la tradition reconnaissait à ce type divin et, par surcroît, à son culte. Aussi Jupiter lui-même, le € dieu père », n'était-il à Pré-

\) Cic, I>wm»y II, 4i. — 2) Le nom de Fors, Fortuna, pourrait être rapporté au radical de fer-i^^ipta pris dans le sens de porter quand il s*agit de la Terre, d'apporter quand le concept du Destin se substitue au type primitif. Cf. Feroma, Furina, etc.). Sous le nom d'Op^, source de la richesse, la terre se rapproche de la Fortune, surtout de cette Td^i) de Thôbes qui portait Piutus sur ses genoux (Pausan., IX, 16, 2).

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