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LES SORTS DE PRENESTE

neste qu'un enfant suspendu encore au sein maternel. Cependant, si la Fortune tenait le premier rang dans son temple, Jupiter-Enfant n'était pas exclu de toute participation au ministère de Toracle. Ceux qui venaient consulter les sorts lui rendaient hommage, et il est même probable qu'avec le temps et le progrès des idées religieuses, les rôles se trouvèrent intervertis. Jupiter, assimilé au Zeus des Grecs, omniscient et premier auteur de toute révélation, dut être considéré comme le véritable directeur des sorts. Le jour des consultations publiques, les magistrats de Préneste lui immolaient un veau*, et, dans des inscriptions qui ne datent, il est vrai, que du iii« siècle de notre ère, on le trouve qualifié d^Arkanus* ou dieu de l'Arche (des sorts). La Fortune aurait été, dans ce système, la dispensatrice des révélations de Jupiter.

En tout cas, la Fortune était bien la gardienne des sorts, et l'on ne devait y toucher, dit Cicéron, que € sur son invitation ' », c'est-à-dire que les consultants devaient, au préalable, obtenir l'assentiment de la déesse. Cette épreuve préliminaire se retrouve dans les rites des oracles grecs, et pouvait consister simplement en un sacrifice dont refl3cacité était appréciée suivant les règles ordinaires; mais la foi latine aimait les signes évidents, et il est à croire qu'à Préneste, comme à Antium, l'agrément de la déesse était manifesté par un mouvement de sa statue ^ On faisait alors remuer et tirer de l'arche, par la main d'un enfant, les planchettes miraculeuses '.

L'oracle ne s'ouvrait pas en tout temps, ni pour tout le monde. La Fortune pouvait toujours accueillir, à son gré, les

1)Kal. PHiENBST., IlIId.j April — 2) Orell., 239i. 30i5. On voit quelque chose d*analogue à Dodone, où la réyélation de Zeus remplace ou tout au moins prime la révélation tellurique, Gœa disparaissant derrière le type plus jeune deDioné. — 3) Gic, ibid. — 4) Voy. ci-dessous. — 5) Gic, ibid.

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consultations extraordinaires ; mais il n'y avait de consultation publique, régulière, qu'une fois l'an, au mois d'avril*. On célébrait alors, en l'hoDueur de la Fortune et de Jupiter, une fête de deux jours, et la déesse décidait elle-même lequel de ces deux jours devait être affecté au service de l'oracle*.

Les Romains virent longtemps d'un œil d'envie la vogue de l'oracle prénestin. Ils avaient bien chez eux des Fortunes de toute espèce, décorées d'épithètes variées, mais pas une à qui on pût demander des révélations. Aussi hésitaient-ils entre leur foi, qui les attirait à Préneste, et la crainte d'ajouter encore à l'orgueil d'une cité rivale. L'État ne prétendait point gêner la dévotion des particuliers ; mais lorsque, dans la première guerre punique, le consul Lutatius Cerco (241) voulut consulter les sorts de Préneste, il en fut empêché par une décision du Sénat, lequel estimait « qu'il fallait administrer la République sous les auspices nationaux et non pas sous des auspices étrangers^ ».

Le Sénat changea d'avis durant la seconde guerre punique. Il jugea prudent de ne pas tenir rigueur à une Fortune qui protégeait visiblement ses adorateurs, comme on l'avait vu à la belle défense de Casilinum (216), où les Prénestins avaient lassé la patience d*Hannibal\ Désormais, les magistrats romains et les ambassadeurs ou princes étrangers purent aller prier et sacrifier à Préneste pour le salut du peuple romain. En 204, le consul P. Sempronius Tuditanus, au moment de livrer bataille à Hannibal, voua à Fortuna Primigenia un temple qu'il construisit, en effet, sur le Quirinal'.

i) Ces usages se retrouvent dans les rites de Toracle de Delphes, où le mois Bysios se trouve aussi à Tépoque du renouveau (Voy. vol. III, p. 84). — 2) Kal. Prjenest., ibid. — 3) Val. Max., EpiL, I, 3, 2. M. E. Fernique a retrouvé, en 1877, à Préneste, une inscription ainsi conçue : C. LVTATIVS CERCO Q[uae8tor] {Rev. archéol, avril 1878).- 4) Liv., XXm, 10.— 5) Liv., XXXK, 36 ; XXXIV, 53.

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