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LES SORTS D'ANTIUM

du jour. A une époque où V Enéide passait moins pour un chef-d'œuvre humain que pour un livre inspiré et où les f Sorts virgiliens » étaient à la mode, la Fortune se servit, pour répondre, des vers de Virgile. Elle appliqua à Alexandre Sévère, menacé par la jalousie de son terrible cousin Héliogabale, le mot mélancolique d'Anchise : « Si tu parviens à forcer la rigueur des destins, tu seras Marcellus ! * »

Des inscriptions, ayant appartenu à des ex-votos, attestent que, vers ce même temps, le culte de Fortuna-Primigenia était toujours en honneur^. Au delà, l'histoire perd la trace de cette vieille institution, mais elle la suit assez loin pour constater que l'oracle prénestin s'est défendu contre l'oubli plus longtemps que l'oracle rival d'Antium.

La Fortune d'Antium avait eu pourtant son moment de vogue, moment dont le souvenir est resté impérissable dans les vers d'Horace. A celle qui n'avait été, durant de longs siècles, que la protectrice d'un nid de pirates, le poète demande d'étendre sa protection sur Auguste et les armes romaines, jusqu'aux confins de l'Univers «. Cette Fortune idéale et abstraite, devant laquelle tremblent toutes les nations^ ne ressemble guère au couple des deux Fortunes sœurs qui rendaient des oracles à Antium. Il est inutile de chercher si ces deux personnifications de la Fortune ont été associées par la fusion de deux cultes distincts ou si ce sont deux aspects séparés par l'analyse. L'une pouvait être belliqueuse et l'autre pacifique; mais toutes deux présidaient aux sorts divinatoires, et Martial les appelle, à ce point de vue, c les sœurs véridiques* ».

• 1) LAMPftiD.y Alex, Sever.f 4. — 2) BuUett delV Insiit di Corr. archeoL, 1857, p. 71, 1859, p. 22. WiLLMANNS, 1800. — 3) HoR., Od., I, 35. — 4) BIahiial., V, 1, 3. Cf. Orelli, 1738-1740. Stace {Silv., l, 3, 79) parait croire que la Fortune est également double à Préneste. Ce doit être une confusion opérée daos son esprit par le souvenir d'Antium et favorisée par Tassociation de Fortuna-Primigenia avec Junon.

154 DIVINATION LATINE ET OMBRO-SABELLIQUE

A vrai dire, nous sommes mal renseignés sur la façon dont elles rendaient leurs oracles. Macrobe compare les rites d'Antium à ceux de Toracle d'Héliopolis, où la statue du $oleil était portée en grande pompe et dirigeait elle-même ses porteurs* : « De même, dit-il, nous voyons, à Ântium, les statues des Fortunes se déplacer pour rendre des oracles ^ ». Cette méthode fait bien au hasard la part qui lui r.evient dans tous les oracles de la Fortune, mais elle n'eût point donné des sortSy tels qu'on les entendait en Italie, et d'ailleurs, elle est trop fétichiste pour être issue des religions italiques. Il est probable que ces mouvements imprimés aux statues avaient pour but de leur faire désigner automatiquement des sorts étalés devant elles ou mis à leur portée par un moyen quelconque.

Antium, plusieurs fois vaincue et humiliée par les Romains, qui ornèrent leur tribune avec les éperons (rosira) de ses vaisseaux, était, sous Tempire, un lieu de plaisance, couvert d'élégantes villas. Les riches particuliers, et même les Césars, y venaient respirer un air dont on vantait la salubrité. On ne pouvait se sentir plus à l'aise que sous la protection de la Fortune et d'Esculape. Car Esculape y avait aussi un temple et peut-être un oracle.

Les sorts d'Antium durent à ces circonstances quelques consultations d'éclat. L'ode d'Horace paraît avoir été composée à l'occasion d'une visite faite par Auguste au sanctuaire. Caligula fut averti par les Fortunes « de se méfier de Cassius' », ce qui aurait causé la perte du proconsul d'Asie, Cassius Longinus, si le poignard de l'obscur Cassius Cherea ne fût intervenu à temps. Quelques ex-votos ^ et le texte de Macrobe, cité plus haut, sont les seuls débris de l'histoire postérieure de l'oracle.

i) Voy. vol. III, p. 401.— 2)MAcaoB , Sot,, I, 23, i3.— 3) Suet., Ca%., 57. —4) Orklu. 1738-1740.

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Des tablettes de bronze oblongues, percées d'un trou qui permettait de les enfiler dans une cordelette, à la façon des sorts étrusques, et portant des réponses banales, rédigées en latin archaïque, sur un rythme approchant de l'hexamètre, nous ont conservé un spécimen de ces sorts sur lesquels vivaient les oracles italiques ^ Les uns ont cru reconnaître dans ces textes les sorts prénestins, d'autres, les sorts d'Ântium ; le dernier éditeur, se fondant sur le fait qu'ils ont été trouvés à une assez faible distance de Padoue, en fait hommage à un troisième oracle cléromantique, celui de la fontaine Aponine, ou fontaine de Géryon, près de Patavium *.

Patavium, qu'on disait fondée par le Troyen Anténor, était assez riche en légendes grecques pour que l'on ne s'étonne pas d'y rencontrer le souvenir de Géryon, ou plutôt la trace d'Hercule, le ravisseur de ses bœufs. Hercule y était passé

i) Ces sorts, au nombre de 17, se trouyent dans le recueil d'OrellKn. 2485) et ont été insérés, sous une forme plus correcte, par M. Tb. Mominsen, dans le premier volume du Corp. Inscr. Latin,, p. 267-270. Ce sont des banalités formulées en un styFe qui imite tant bien que mal la langue d*Ënnius, avec force solécismes et fautes de quantité. Les voici, à titre de curiosité :

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