LES SORTS DE LA FONTAINE APONINE
Diphile, les amants de Casina mettre en loterie les faveurs de la belle et jeter des sorts dans un seau d'eau ^ On racontait en Grèce que les Héraclides avaient tiré au sort les trois villes de Messène, Sparte et Argos, avec des boules de terre durcie, et que les boules des rivaux de Cresphonte s'étaient fondues dans l'eau *. Tibère avait, de la même façon, joué âux dés l'héritage d'Auguste et l'avait emporté sur la chance contraire. On peut donc supposer que l'oracle dit de Géryon faisait d'abord tirer un sort qui réglait le mode de consultation, et que la consultation définitive avait lieu à la fontaine Aponine.
L'incident rapporté par Suétone ne paraît pas avoir fait grand bruit : Lucain, Martial, Silius Italicus parlent des eaux thermales d'Aponus sans dire un mot de l'oracle. Quand on retrouve sa trace, à la fin du troisième siècle, il a, comme la Fortune de Préneste, échangé ses vieux sorts démodés contre les textes virgiliens. Lorsque Claude le Gothique le consulta, après quelques autres, pour savoir combien de temps il régnerait, l'oracle répondit : « Jusqu'à ce que le troisième été Tait vu régnant sur le Latium ». Quant à la postérité de l'empereur, « à ceux-là, dit le sort, je n'impose ni temps, ni limites ». La destinée de Quintilius, frère de Claude, que celui-ci songeait à se donner pour collègue, devait ressembler à celle de Marcellus : « Les destins ne feront que le montrer à la terre ' ». Aurélien, qui voulait grouper autour de son dieu Soleil les emblèmes de tous les autres cultes, eut l'idée de transporter les sorts Aponins, avec Jupiter-Consultant, dans le superbe temple qu'il édifiait sur le Quirinal *. Rome aurait été dotée ainsi d'un oracle où le zèle religieux de l'empereur aurait attiré la clientèle. Nous ne saurions dire si
i)PLAUT., Casin., II, Se. 4-5. — 2) Pausan., IV, 3, 5. —3) Treb. Poll., j
Claud., 10. Les vers dans VEnéide, I, 265. 278; VI, [869. — 4) Vopisc, |
Fimusy 3.
158 DIVINATION LATINE ET OMBRO-SABELLIQUE
Aufélien mit son dessein à exécution. Il est possible qu'il en ait fait a^ez j^uf détruire l'oracle de Géryon sans avoir eu le temps d^lnstaller celui du Qulrinal. Claudienet Cassiodore, un païen et un chrétien, mentionnent ou décrivent la fontaine Âponine sans faire allusion à ses vertus fatidiques.
La source patavine n'était pas le seul oracle hydromantique que possédât l'Italie impériale. Le fleuve Clitumnus, à qui Virgile semble ne reconnaître que la propriété de blanchir Ik toison des troupeaux \ était un dieu dispensateur de sorts prophétiques. Pline le Jeune emploie les plus fines couleurs de son style précieux pour peindre ces beaux lieux, ces eaui cristallines où se reflète l'image mouvante des frênes et des peupliers, et le vieux sanctuaire qui décore ce coquet paysage : « Là se voit Clitumnus lui-même, vêtu de la prœtexte; des sorts attestent la présence de la divinité et son pouvoir fatidique ». Tout un monde de baigneurs et d'âmes consolées avait passé par là et inscrit « sur toutes les colonnes, sur tous les murs » l'éloge du dieu ".
Les rites employés à la fontaine de Padoue pouvaient s'appliquer là sans changement notable. En fait de consultations historiques, nous ne connaissons que celle d() Caligula qui, « étant allé à Mevania, pour visiter le bois et le fleuve de Clitumnus, y reçut le conseil de compléter le corps de Bataves qui composait sa garde ^ ». Là-dessus, Caligula partit en toute hâte pour la Germanie, d'où il revint plus vite encore pour triompher des flgurants qu'il avait apostés et battus à heure fixe. L'oracle de Clituinnus est de moitié dans ces rdiicules exploits, si l'on suppose que les prophètes prévoient les conséquences de leurs conseils ; et c*est la seule part que, fkute de renseignements^ nous puissions lui faire dans l'histoire de la divination.
En somme, les sorts de l'Italie tiennent bien peu de place
1 )ViBO., Georg., II, 146. — 2) Plin., Epist. VIU, 8. — 3) Subt., CaHg.f 43.