‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 58 sur 163 · DÉFINITION DES AUSPICES · texte numérisé non relu

DÉFINITION DES AUSPICES

Dans l'acception propre du terme, Yaiispicium est, comme l'a très bien défini Servius, « un vol d'oiseaux qui indique s'il faut mettre à exécution ou laisser de côté un dessein déjà formé ' ». Rien n'y est arbitraire ; la question posée est simple; les réponses attendues se réduisent à deux, l'une positive, l'autre négative, et les règles de l'art augurai en ont spécifié à l'avance les caractères différentiels.

Mais, comme Tinspection des oiseaux n'était, ni chez les Latins, ni chez les Étrusques, ni chez les Grecs, le seul mode de divination qui fût ainsi soumis à une méthode rigoureuse, les signes fournis par l'observation soit des oiseaux occupés à des actes instinctifs autres que le vol et le cri, soit des animaux autres que les oiseaux, par l'examen des entrailles des victimes et même par l'interprétation des éclairs et des foudres, entrèrent tout naturellement dans la catégorie des auspices. On disait ainsi, sans sortir encore des limites de l'analogie légitime, les auspices tirés des poulets {auspida pullaria)^j les auspices pédestres (pedestriay, c'est-à-dire fournis par les animaux marchants et rampants, les auspices diversement qualifiés {piacularia-pestifera) * que donnait l'haraspicine. Les présages tirés des foudres avaient même fini par être considérés comme les auspices par excellence, ou du moins comme les plus grands de tous {auspicium maximum) '.

Jusqu'ici, Tidée de méthode définie, d'induction systématique, domine encore dans le sens déjà plus vaguQ du mot. Il était impossible que l'usage en restât là. Le terme auspicium fut, comme celui d'omew, dépouillé à la longue de tout caractère spécial et réduit au sens fondamental de « présage^ ». On appelait ainsi auspicia proptervia'' les mille incidents rencontrés en route par les gens superstitieux, incidents

\) Serv., JSn,, Iir, 374. — 2) Skrv., Mn,, III, 374. — 2) Serv., JEn,, VI, 498. — 3)Pacl., p. 244, s. v. Pedestria,— 4) Paul., p. 244, s. v. Piacularia. Pestifera. — 5) Serv., ^n., Il, 693. Dio Cass., XXXVIU, 13. — Sen., Q, NaL, n, 34. — 6) Serv., £n,, IV, 340. — 7) Fest., p. 245, s. v. Proptervia.

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que les Romains appelaient ominay quand ils ne tenaient pas à traduire exactement l'expression grecque oi^iJM^i èvéS'^i. A Rome, où les auspices conféraient l'investiture aux pouvoirs publics, une métonymie usuelle donna même à atispicium le sens de potestas^ imperium ^

Le mot créé pour représenter une branche spéciale de l'art divinatoire avait été ainsi entraîné, par une extension abusive, en dehors même du domaine de la divination. Son synonyme, auguriumy ne franchit point ces bornes extrêmes, mais il passa également du sens spécial de « signe fourni par les oiseaux » au sens général de « présage ». L'équivalence approchée des termes ati^picium et auguriumy pria dans leur acception la plus restreinte, est garantie par l'étymologie. L'auspice est « Tinspection », et l'augure, la € dégustation » ou appréciation des oiseaux K

Il est possible que, conformément à cette dérivation, les

1) Sery., £n,, vu, 257, etc. — 2) L'étymologie de auspiciumf auspex, avsptcari... etc., ne fait pas question. Elle est assez facile à trouver pour que lea anciens, habitués pourtant à se contenter de rapprochements hasardeux, ne s'y soient pas mépris (Cf. Varr., Ling, laU VI, 82. Paul,, s. v. Ampidurriy Serv., ^n., Ill, 374). Pour augurium, augur, augurarij etc., le problème est plus ardu. Les érudits deTantiquité proposent quatre étymologies. io La première dérive le mot de avem gerere (Paul., s, v., Augur, Sery., J^n., 523. SuET., Oct , 7. Isid., Origg,, VUI, 9), et Ton trouve en effet les formes archaïques auger, augeratus (Priscian., I, 6, 36) qui rappellent de très près les dérivations normales aviger^ avigerium, La plupart des érudits modernes, entre autres Hartuug, J. Marquardt, Th. Mommsen, acceptent cette solution. 2o L'étymologie ab avium garritu (Paul., ibid,) n'est pas sérieuse. 3« Celle qui dérive augurium de avis et de augere (Suet., t6td.) a été suggérée par Tanalogie réelle qui existe entre augur et auctor, le signe augurai étant considéré comme un encouragement & Taction. C'est dans ce sens que Cicéron (Harusp, resp,, 9] appelle les auspices aucioritates rerwn bene gerendarum. L'analogie est constatée par Aufrecht, Kirchhoff, H. Nisseo, qui rapprochent de auctor Fombrien uhtur, ayant le sens d'augure. Mais le problème n'est pas résolu pour cela^ car il resterait à prouver que auctor vient d'ou^ gère, 4« En revanche, la quatrième étymologie, a& avium gustu (Suet., ibid.), est acceptée des philologues, qui l'appuient sur la comparaison du latin avec les autres langues aryennes. L. Lange hésite entre le radical sanscrit ghush signifiant annoncer et gu$h (feiki)) ayant le sens de goûter, M. Bréai se prononce pour ce

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