INAUGURATION DES TEMPLES
«silence », âu sens augurai du mot : point de mouyements de troupes au dehors, point de discordes ni de tiraillements au dedans; surtout point de présages fâcheux, de quelque nature que ce fût. C'était comme une prise d'auspices, surveillée de près par les augures*, qui récitaient sans doute ce jour-là leur « grande prière^ », invoquant tous les dieux domiciliés dans les trois plans superposés du temple cosmique. Il y avait tant de conditions au succès de l'augure de Salus que l'on trouva rarement l'occasion de célébrer cette fête, devenue presque aussi rare que la fermeture du temple de Janus, et qu'on ne put pas toujours la mener à bonne fin. En 63, l'année du consulat de Cicéron, le résultat fut douteux et fit pressentir Catilina". Auguste la célébra avec succès en l'an 29, en un temps oti tout réussissait au vainqueur d'Actium*; Tibère, en l'an 24 de notre ère*. Claude^ qui rajeunissait tous les vieux usages, y revint en 49® : au delà, on n'entend plus parler d'un cérémonial qui avait mérité par ses exigences de tomber en désuétude.
Bien plus rare encore était l'emploi des rites fixés par la tradition pour le déplacement du pomerium^ qui équivalait pour ainsi dire à une fondation à nouveau de la cité. Pour qu'un dépositaire de la puissance publique pût être autorisé à élargir le grand temple urbain, il fallait qu'il eût agrandi par des annexions considérables le territoire soumis aux Romains. Depuis Servius TuUius, le véritable fondateur de la cité romaine, jusqu'à Sulla, personne n'avait touché au po-
{Augures) salutem popuH auguranto (Gic.^ Legg,, 11^ 8, 2i]. — 2) Precatio maxima est cum plures deos quam in ceteris partibus augurîorum precaiurj eventusque rei honœ poscitur (Serv., iEn., XII, 476, Cf. III, 265). C'est à cette grande prière que je rapporterais yolontiers Tinvocation des dieux Mânes par les augures : Mânes Di ab auguribus invocantur, quod ii per omnia sstheria terrenague manare existimantur (Fest., s. v. Manales). — 3) Cic, mcin.yly 47. Dio Cass., XXXVII, 24.— 4)Soet., Aug., 31. Dio Cass., LI, 20.— 5) Tac, Ann., XII, 23. — 6) Tac, ihid.
merium. SuUa recula la ligne consacrée, mais sans élargir l'enceinte*. César avait l'intention de comprendre dans la ville le Champ-de-Mars ; mais la mort coupa court à ce projet, et il est peu probable qu'il ait, comme on le dit', reculé le pomerium, car le Champ-de-Mars resta après lui en dehors du temple urbain. Auguste figure aussi indûment sur la liste de ceux qui ont agrandi ce temple' : occupé à rebâtir, à embellir, à restaurer de toutes manières la capitale de l'empire, il dut préciser par un nouveau bornage, mais non déplacer lej^owi^nwm. Claude, au contraire, s'empressa de faire savoir ainsi qu'il avait ajouté aux possessions romaines la Bretagne : en 49, en même temps qu'il célébrait l'augure du salut, il élargissait le périmètre du temple urbaine Si Néron en fit autant', c'est que personne n'osa faire d'objection ou que la reconstruction de Rome incendiée parut une raison suffisante. Vespasien* et surtout Trajan^ avaient des droits plus sérieux à cet honneur: quanta Hadrien ^ qui abandonna les conquêtes de Trajan, il se contenta, là comme ailleurs, de restaurer pour accoler son nom à de vieux souvenirs. Il paraît que le périmètre inauguré fkit encore déplacé par Aurélien ®, le vainqueur de Zénobie. On voit que bien des générations d'augures ont pu ignorer sans inconvénient le rite de l'ampliation du pomerium.
Nous verrons plus loin de quelle conséquence est, dans la jurisprudence augurale, cette ligne de démarcation qui sépare Vurbs de Vager romain, et par quels raffinements ingénieux les augures ont su tourner les difficultés que la théorie strictement appliquée eût pu créer en certains cas aux magistrats. Il est temps de songer que la destination première du tem-
i) Tac, Anna/., XII, 23 — 2) Dio Cass.,XLIII, 50. XLIV,49. GKLL.,Xm, 14.- 3) Dio Cass., LV, 6. Tac, AnnaL, XII, 23. Vopisc, Aurel, 21. Cf. Th. Moiim- SEN, Staatsrechtylly p. 1025.— 4) Tac ibid. Orell., 710. = C. I. L. VI. I23i a. — o) Vopisc, ibid. — 6) A la date de 74 (C. 1. L., Vi, 1232). — 7) Vopisc, ibid. — 8) Orell., 811 = C. I. L. VI, 1233 a. — 9) Vopisc, ibid.