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LE TEMPLE MINEUR

pie, OU du moins celle qui nous intéresse le plus, est de servir à la prise des auspices.

Le temple qui occupait le premier rang parmi les lieux « libérés et définis », celui où les magistrats allaient chercher l'investiture divine et prendre possession de l'autorité, était Tauguracle du Capitole, centre du grand temple urbain ; les autres n'en étaient que des succédanés et des copies restreintes. Il est probable, comme on l'a vu plus haut et comme l'indique l'analogie des rites d'Iguvium, qu'il était inauguré tous les ans par les hommes de l'art et non pas tracé à nouveau pour chaque auspication.

Ce qu'il fallait installer chaque fois avec non moins de précaution, c'était le petit temple ou temple mineur {lem-plum mintis), c'est-à-dire la tente sous laquelle siégeait le magistrat auspiciant *. Cette tente, destinée surtout à former autour de l'observateur une barrière contre les présages fâcheux, n'avait qu'une seule ouverture, dirigée, selon toute apparence, vers le midi. Bien placer la tente 2, en temps opportun, au lieu convenable, dans l'alignement exact, et l'inaugurer avec les formalités requises, n'était pas chose si simple qu'on n'en fît comme un secret professionneP. Nous sommes loin de connaître toutes les conditions d'une « prise de tente » correcte : nous savons seulement que l'auspiciant, latente étant dressée la veille, devait y coucher, et de grand matin, en sortant de son lit % s'asseoir, pour éviter les craque-

\) Templa minora fiunt ah auguribus, ciim loca aîiqua tabulis aut linteis sœpiuntur^neuno amplius ostio pateant, certis verbis definita^ etc. (Fest., p. ^57, s.?. Minora), De môme SERV.,iEn., IV, 200. — 2) C'est ce qu'on appelait tabcrnamlum capere {Cic. y Divin, f II, 33. Liv., IV, 7. Serv., JSn., II, 178). Dans les camps qui sont, cuk aussi, de grands temples, la tente du général était le petit temple et s'appelait, pour celte raison, angurale (Tac, Ann,, XV, 30. Quintil., VIII, 2-, 8). — 3) Quidenim scirc Etrusci haruspices aut de tabemojculo recte capto aut de pomerii jure potuerunt ? {Cic, ibid.). Servius (ibid.) dit que si le premier tabernacle était mal pris, on en dressait un second, et que, si ce dernier était aussi incorrect, on en revenait au premier. — 4) Cum ibi sit cubiturus aus-

ments d'un siège ordinaire, sur une pierre, comme Numa, ou sur un bloc massif (s<?//a sclida)\ En effet, tout bruit, tout incident imprévu, un pied heurté", le vent qui aurait soufflé la lampe de l'augure ^, le cri ou le travail d'une souris \ ou encore — si le rituel descendait, comme Caton, à ces détails saugrenus — une incongruité bruyante de quelque assistant*, comptaient parmi les dirœ obstrepentes^. La chute d'un objet dans le temple, par exemple, d'un bâton, constituait ce qu'on appelait les auspicia caduca'' ^ présages fâcheux qui enrayaient la marche de l'auspication.

Si nul empêchement, nulle inadvertance, nulle contravention aux règles de l'art ne venaient déranger cette laborieuse préparation, l'augure assistant, après avoir constaté qu*il y avait « silence » », prononçait la formule qui contenait, avec les invocations nécessaires, la legum dictio ou stipulation spécifiant et les signes attendus et la région dans laquelle ils devaient apparaître. Alors, l'auspiciant, immobile et

ptcan^ (Serv., JEiu, IV, 200). Qui post mediam[nùctem auspic\andi cau$a ex lectiilo suo si[lens surr]exit et liberatus a lecto in solido [seposuU séjdeique* (Fest., p. 348. s. V. silentio), Postmediamnoctem et ante Itieem (Censorin., 23). Post mediam noctem — mane (Fest., pp. 348, 347), entre minuit et Faube (Dion., Xî, 20); Tertia vigilia noctis silentio surgit (Liv., X, 40). C'était à coup sûr la coutume ; mais cette heure matinale n'était probablement pas de rigueur, ou ne Tétait qu*à cause de l'impossibilité d'obtenir en plein jour le silence. Plutarque (Qua^st.rom., 38) semble admettre la prise des auspices jusqu'à midi. 1) Fest., p. 347. s. v. Solida* — 2) Val. Mai., I, 4,2. — 3) La lampe devait être découverte (Plut., Q. B., 72), — 4) Plin., VIII, § 223. Val. Max,, I, 1, 5. Plut., Marc, 5. — 5)Ap. Fest., p. 234, s. v. prohibere. — 6) Pus., XXVni, § H . — 7) Paul., p. 64. s. v. Un des auspices caducs les plus graves était le tripiidium sonivium ou sonubium, c'est-à-dire, la chute, sans cause apparente, d'un rocher ou d'un arbre (Fest., pp. 290, 297, 298, s. w. Sonivio. Sonivium. Solistimum,) Serv., /£n,, III, 90). — 8) Le silence augurai est plus que l'absence de bruit (Fest., p. 348. s. y. Sileniio) : id enm silentium dicimus in auspiciis quod omni vilio caret. Hoc intelUgere perfeeti auQuris 68^(Cic., Divin,, II, 3^). La constatation du silence était en effet devenue le tout de l'art, attendu que le silence tenait lieu à lui seul des signes heureux, qui ne se produisaient guère»

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recueilli, contemplait , c'est-à-dire laissait errer son regard dansPespace restreint et divisé qui s'ouvrait devant lui.

B. — Les méthodes d'auspication.

1** Les auspices tirés du vol et du cri des oiseaux [signa ex ambttë*) ont été, à Torigine, la raison d'être du nom d'auspices et d'augures, et l'objet principal, sinon unique, de l'art augurai. Cette méthode était de toutes la plus complète, mais aussi la plus compliquée. Les augures avaient cherché à la simplifier, sans y réussir assez pour la défendre contre la concurrence de procédés plus modernes et plus commodes, les seuls que Gicéron mentionne comme usuels^.

Les oiseaux observables, dont le rituel augurai avait arrêté la liste {aves augurales '), étaient peu nombreux relativement à la quantité de ceux qui étaient observés chez d'autres peuples *. Cette liste a dû être remaniée, le cas échéant, par décisions insérées dans les Commentaires.

Quoi qu'il en soit, si les auspices attendus et stipulés n'émanaient que d'un petit nombre d'oiseaux, tous les volatiles pouvaient donner des présages imprévus •, et il y en avait un certain nombre qui étaient particulièrement signalés comme étant, dans tous les cas, de mauvais augure {dif^œ aves •). Quelques-uns étaient si mal famés que leur apparition, sans doute fort rare, avait parfois provoqué, des cérémonies expiatoires ^.

<)Fest., p. 260.— 2)Cic., Divm., II, 33. — 3) Serv., J5/i., I. 398. — 4)Cic., l^in.y 11,36. Sen. Q Nat.,\\, 32.— 5) Serv., i6id. — 6) Les épithètes abondent pour désigner les oiseaux de bon et de mauvais présage, qu'ils aient cette signification par nature ou par accident. Les oiseaux heureux sont dits aémiszwmy faustœ, nnUtrsBf Uetas, les anlres dvae y obscxnad y advenas, funebreê^ lugubres^ arcidsBj cliviae, inebrae, remores, infaustœ, et, par euphé* mismoy altérai. Les premiers addicunt, admittunt; les seconds abdicunty fnonent, oceinunt (ce dernier verbe employé seulement pour les oscines) . On trouve cependant occinere avec un sens favorable (Liv., X, 40). — 7) Plin., X, § 36.

Les oiseaux auguraux étaient divises en deux catégories, les alites et les oscinesj c'est-à-dire les oiseaux dont il faut interpréter le vol et ceux qui donnent des auspices par le cri'. Les oiseaux consacrés aux plus anciennes divinités latines, le pivert de Mars et Torf raie {pa7'ra) de Vesta, avaient le privilège d'appartenir à la fois aux deux classes. L'aigle, le vautour, la buse, appartenaient aux alites ; le corbeau, la corneille et la chouette, aux oscines.

Si limité que fût le canon des oiseaux auguraux, les augures étaient loin d'en utiliser toutes les ressources. Habitués à n'observer que les oiseaux les plus communs, souvent même à se contenter d'observations iSctives ou à recourir aux autres méthodes, ils avaient fini par ne plus connaître les volatiles moins ordinaires signalés par leur rituel, comme ils avaient perdu le sens de certains archaïsmes contenus dans leurs formules. « L'oiseau sanqualis^ dit Pline, et Pîmmicssulus sont pour les augures romains un objet de grande controverse. Les uns pensent que Vimmicssulm est le petit du vautour, et le sangualis le i^etit de Vossifrage. Masurius prétend que le sanqiuilis est un ossifrage, et que Vimmussulvs est un aiglon dont la queue n'a pas encore pris sa teinte blanchâtre. D'autres affirment qu'on n'en a pas vu à Rome depuis le temps de l'augure Mucius; pour moi, je pense, et la chose est plus vraisemblable, que, dans la négligence qu'on apporte à toutes choses, on ne les aura pas reconnus * » •

En présence des alites^ l'augure assistant à la prise des auspices devait noter d'abord la direction de leur vol par

4)Cic., NaL Deor., II, 64. Plin., X, § 43. Serv., ^n., III, 361, etc. — 2) Voici (d'après Fest., s. v. Oscines. Paul., p. 3. s. v. Alites. Serv., iEn., I, 394) le canon des oiseaux auguraux. i* {Alites et oscines), Pictis Martius, Picus FeroniuSf Farra» 2o (Alites) Aquila, Vultur, Immissulus, SanquaUs, Buteo. 3* (Oscines) Corvus, Cornix ou Comisca, Noctua. 4* {Dirœ) Milvus, Spintumix. Subis, Incendiariaavis, Clivia avis, — 3) Plin., X, § 20. On trouve ce

tàmexix Sanqualis entamant du bec une pierre sacrée, prodige de Tan 177 (Liv., XLI, J3).

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rapport aux régions du temple, puis la hauteur à laquelle ils se tenaient (aves pro^tes^nferœ *), la succession plus ou moins précipitée ou bruyante de leurs battements d*ailes ', et leur contenance^ c'est-à-dire les actes instinctifs auxquels ils peuvent se livrer. Ainsi, par exemple, le rituel avait prévu le cas où un oiseau ferait sa toilette ou s'arracherait des plumes '• S'il s'agissait d'osdnes, outre les remarques sur la position et la contenance de l'oiseau, il fallait apprécier la fréquence, la force et surtout l'accent de son cri. Il n'était pas bon que la corneille fût trop bavarde *, ou que le corbeau eût la voix étranglée '. La nature de l'objet sur lequel l'oiseau s'est posé n'est pas non plus sans importance, sinon pour un augure, au moins pour un devin exercé •.

Enfin, l'art augurai étant composé de traditions disparates, les exceptions aux règles y étaient nombreuses. Ainsi, tandis que le cri du pivert et de la corneille était favorable venant de gauche, c'était l'inverse pour le cri du corbeau ^.

Il pouvait arriver que, dans le cours d'une même observation, plusieurs présages distincts ou mêmes contradictoires se présentassent à la fois, et le rituel n'était pas sans avoir prévu le cas. Il recommandait d'établir l'accord (consensio) entre les présages par une sorte de balance destinée à en faire connaître le sens prédominant *. Il fallait pour cela tenir compte non seulement du nombre, mais de la qualité des signes observés.

i) Le sens du mot ptsepeies était loin d'être clair pour les auteurs anciens eux-mêmes. V07. la dissertation d'Aulu-Gelle (VII [VI], 6) et les définitions multiples de Servius {Mn., Vf, 15, cf. Hl, 361). — 2) SERv.,iEn., I, 397-398. Pour tous ces détails, de provenance internationale, voir Tornithoscopie grecque (vol. I, p. 139-141). — 3) Vôisgram (?) avem qux se vellit; augure kanc eamdem fuciUontem appellant {F est,, p. 371. s. v.}. — 4) Plin., X, § 30. — 5) Plin., X, §33. — 6) Serv., EcL, IX, 15. Il est fort douteux que les augures se soient occupés de ces détails ou qu'ils aient, comme Nigidius Figulus, distingué neuf sens différents dans le cri de la chouette (Plin., X, §39). — 7) Crc, Divin., I, 39. Plaut., Asin., II, 1, 12. Serv., Ed., IX, 15, cf. vol. I, p. 133. — 8) Serv., JEn., IIl, 60.

Sur la question de qualité, les hommes de l'art n'étaient pas d*accord. On reconnaissait bien entre les oiseaux une sorte de hiérarchie qui donnait à un auspice fourni par Taigle plus de valeur qu'à l'apparition du corbeau «, mais il fallait aussi tenir compte du moment où les signes avaient apparu. Les uns voulaient que le premier sîghe aperçu eût, comme les centuries prérogatives, un suffrage prépondérant, suivant le principe que « dans tout début il y a un omen^ » ; les autres considéraient chaque signe comme pouvant être une confirmation ou une rétractation du précédent et attribuaient plus de valeur au dernier mot '.

On devine à peu près la règle adoptée par les augurés, qui n'entendaientni compliquer leproblème, ni laisser rauspiciaot passif et désarmé contre les mauvais présages. Ils paraissent avoir reconnu à celui-ci le droit de flixer mentalement ce qu'ils appelaient tempestus ^, c'est-à-dire le moment décisif où il reconnaissait pour valables, à l'exclusion de tous autres, les présages actuels, et oil il déclarait l'observation terminée. L'auspiciant pouvait ainsi se contenter du premier signe, s'il était favorable, où laisser passer les indices fâcheux pour en attendre de meilleurs. Il pouvait encore, ce qui était plus sûr et devint l'usage ordinaire, se faire annoncer par l'augure assistant que les oiseaux attendus volaient ou chantaient dans les conditions requises*. Cette annonce (renunfiatio) , faite suivant une formule sacramentelle, créait un auspice ominal, équivalant pour celui qui l'entendait à l'auspice réel*.

Les augures romains ne paraissent pas avoir songé à lancer des oiseaux au lieu de les attendre. Ils ont aidé davantage la nature dans le mode suivant, qui repose non plus sur l'obsertation, mais sur l'expérimentation.

i) SïRV., ^fi., 111,374. —2) OviD., Fa$t,, I, 180. Serv., Ed., IX, 13.— 3) Serv., ^n., II, 691 . XII, 183. — 4) Varr., Ling, tat., VU, 51. — 5) Cf. le rituel d'Iguvium et, ci-dessous, la formule pour les poulets. — 6) Tbv Ix tlfc ^(uv^coîwvbv Xa66vtE; (Dion., II, 6)4 Cf. ci-dessus, p. 138, 174.

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