SCIENCE DIVINATOIRE DES HARUSPICES
La divination étrusque, ayant toujours eu la prétention d'être une science, ne connaît pas l'enthousiasme prophétique des Grecs. Cet élan inconscient de Tâme devait avoir, aux yeux des haruspices, le caractère d'unrove malsain. Tite-Live nous représente bien quelque part un haruspice véïen « inspiré par le soufâe divin^ », mais c'est là une métaphore à la grecque : du reste, Tite-Live lui-même n'attribue à ce souffle d'autre efifet que de provoquer une indiscrétion maladroite de l'haruspice qui, après avoir lu dans les livres saints les destinées de sa patrie, en livre le secret aux Romains. Il ne s'agit donc pas d'inspiration prophétique : les devins toscans n'en connaissaient pas d'autre que la tradition révélée, secours divin aussi par son origine, mais dépourvu de toute action sur le for intérieur. La divination par les songes ne paraît pas avoir été non plus cultivée à part et pour elle-même. Comme elle a des affinités étroites avec l'étude des prodiges, dans laquelle les haruspices étaient passés maîtres, elle dut
[* B. S. Peauzzi, Sopra l'aruspicina Toscana, i734 (Diss. Acad. Corton. I). 0. MiJLLER, Von der Religion und Divination der Etmsker {Die Etrusker. II*, p. 1-195).
P. Clairin, De haruspicibus apud Romanos, Paris, 1880. 1) Qu3B cecinerit divino spiritu instinctus (Liv*, V, lo).
se confondre avec celle-ci et n'être, dans Fart toscan, ni supprimée ni mise en évidence.
De même, la science des haruspices dédaignait cette révélation naïve par les tablettes cléromantiques ou sorts, qui eut assez de crédit chez les peuples voisins pour transformer en oracles les temples où elle était pratiquée. L'Étrurie possédait au moins deux de ces oracles : mais les villes pourvues de ces institutions, Cœre et Paieries, étaient justement celles où la population était le plus mêlée d'éléments latins et grecs, et on peut croire que les Étrusques ont plutôt toléré qu'encouragé des usages étrangers à leurs mœurs. Il faut ajourner, pour la mettre en sa véritable place, la description des oracles latins ou pélasgiques de TÉtrurie, et concentrer notre attention sur les méthodes savantes qui ont valu aux haruspices leur renom d'infaillibilité. ^
L'art des devins toscans se divise commodément en trois parties ou spécialités distinctes * : Tobservation des signes apparaissant dans les espaces célestes; l'inspection des entrailles des victimes; et enfin, la procuration des prodiges. De ces trois méthodes générales, la première, si elle n*est pas la plus ancienne, est, en tout cas, celle que les Étrusques ont le plus perfectionnée et qui, par coiiiparaison avec les usages grecs et romains, constitue l'originalité de la science toscane. La seconde, bien que pratiquée en d'autres pays, l'était excellemment par les haruspices et porte pour cette raison, le nom d'ha7mspiciney dans le sens restreint du mot. La troisième, dans son extension à peu près illimitée, enveloppe et contient les deux autres, les foudres et les accidents physiologiques n'étant au fond que des prodiges transformés
4) Ces spécialités pouvaient être et ont été représentées par des spécialistes. On rencontre, accolées au terme générique d'haruspiceSj les épithètcs fulyurator (Orell., 2Z0\)j i>rodigiator (Fkst. s. v. p. 229).