TRANSMISSION DES AUSPICES
Elle était plus à l'aise avec les auspices urbains, et c'est à ceux-là que s'applique l'obligation stricte. L'usage des auspices urbains est requis pour un certain nombre d'actes publics que nous allons passer rapidement en revue.
Pt d'abord, pour Is, nomination des magistrats. On a déjà fait remarquer que la transmission des auspices se fait d'homme à homme, et que la nomination était le mode régulier adopté pour ce transfert. Le progrès des institutions libérales avait substitué à la nomination, conservée néanmoins à titre de formalité {renuntiatio)^ l'élection populaire; mais l'ancienne coutume était encore observée pour la création du dictateur ou de l'interroi. Les interrois, sauf le premier, qui prenait à sa source même le droit d'auspices, étaient nommés chacun par son devancier* : le dictateur rétait par le consul, qui devait pour cela observer les aus-* pices la nuit, en terre romaine ou réputée telle, jusqu'à parfait silence^.
Nommés ou élus, les magistrats entraient en activité par l'exercice même de leur droit d'auspices : ils s'installaient ou, comme on disait à Rome, ^Hnauguraient de cette manière.. On sait de quelle solennité l'imagination des historiens se plaisaità entourer l'inauguration des rois de l'ancien temps^ Les magistrats de la république, dégagés de tout office sacerdotal, se proposaient avec moins d'appareil à l'agrément
\) Voy. ci-dessus, p. 213. — 2) Cic, Legg,, II!, 3. Liv., VIII, 23. IX, 38. X, 40. XIII, 22. Dio Cass., XXXVI,26. Cf. ci-dessus, p. 203. —3) Cf. Liv., I, 18. Dion., II, 22. Pldt., Numa^ 7. L'augure assiste à la cérémonie, mais ce n'est pas lui qui inaugure : le roi, seul détenteur des auspices, ne peut que s'inaugurer lui-même. Les magistrats n'étaient pas davantage présentés aux dieux par leurs prédécesseurs. Il n'y a de réellement inaugurés par d'autres que les prêtres, ilamines, pontifes, augures, qui reçoivent l'investiture sacerdotale dans les comices calâtes, avec l'assistance des augures {sacerdotes inauguranto, Cic,,Legg.j\\y 8. Cf. Brut.^i.Phil., II, 43. Mâcr.,111, 13, 11), mais sous les auspices du Pontifex Maximus, président de la réunion. Cf. Th. HouMSEN, Staatsrecht, IP, p. 32-33. L'inauguration est pour les prêtres une sorte de sacrement, dont l'effet ne peut être annulé que par exauguration.
de Jupiter. L'assistance des augures ne leur était même pas indispensable. Opérant dans le grand temple urbain dont Tauguracle duCapitole était le centre, temple tracé à l'avance et orienté de temps immémorial, ils n'avaient besoin que d'un simple appariteur ou d'un puUaire pour se faire annoncer que l'éclair avait paru à leur gauche, suivant l'usage, et que la cérémonie était terminée ^
Pendant la durée de leurs fonctions, les magistrats étaient tenus en conscience de prendre l'avis des dieux toutes les fois que l'intérêt public était en jeu. Ils ne devaient point convoquer le Sénat ailleurs quedans un temple et après avoir pris les auspices^, ni tirer au sort les provinces, par exemple, sans mettre les dieux de la partie^ Mais Tobligation, dans des cas semblables, était difficile à maintenir. La prise des auspices^pour les convocations du Sénat se réduisit à une cérémonie faite par le magistrat à son domicile, ou aune formule murmurée sur le seuil même de la curie. En général, tout ce qui échappait au contrôle direct du public tendait à échapper de même aux formalités gênantes.
L'observation des auspices resta, au contraire, la garantie nécessaire des élections^ On a vu que le droit d'auspices passait ainsi du magistrat président aux élus des comices, et
I) Gic, Divin., II, 35 Ttvèc dpviOooxdiittiv (AtoObv 2x tou BT){Jioa(ou ^spéfuvot âorpoo^ii» ocÎTorç (jLT)vu£iv 2x tS)v dfpt9TEp<ov çtt^iv djy OU yevojjL^vijv (Dion., Il, 6). Cf. ci-dessus, p. 208. La mélhode fulgurale avait fini par se substituer aux autres pour cet office spécial.^ Cet usage fut imité dans les municipes : on a trouvé en Afrique, à Apisa major, une inscription ainsi conçue : Dec kcif ubi auspicium dignitatis taie [image de la foudre] (G. 1. L., VIU, 774). — 2) Yoy. le manuel rédigé pour Pompée par le docte Varron et analysé par Aulu-Gelle (Gell., XIV,7).06toto religio Comuto est, pullariorum adaumitu non satis diligenter eum auspiciis opei^am dédisse^ etc. (Gic, Ad JPam., X, 12. Il s'agit d'une convocation du Sénat par le prêteur Cornutus en 44). Cf. Appian., JB. C, II, 116. Plin., Panc^yr.,76. Skrv., iEn., 1,446. — 3) Liv., XLI, 18. Le fait est de l'an 176. — 4) Yoy. ci-dessus, p. 215-216. A l'origine, les élections ne sont que des nominations par devant les comices (Cf. Dion., IV, 75).
LES AUSPICES GOMITIAUX 247
Tâpprobation céleste n'avait pas paru moins indispensable à l'exercice du pouvoir judiciaire et législatif des assemblées populaires.
Le magistrat qui avait convoqué les comices prenait les auspices le matin dujour deleur réunion et sur le lieu même où ils allaient se réunir, ce lieu devenant ainsi un temple et communiquant son caractère religieux aux actes de rassemblée. C'est pourquoi, dans chacun des grands temples affectés par la tradition aux diverses espèces de comices, il y avait un petit temple ou lieu d'observation utilisé pour la prise des auspices. C'était, sur le Comitium, lieu de réunion des comices curiates, le YulcanaP; les Rostres, sur le Forum, pour les comices par tribus^, et, sur le Champ-de-Mars, réservé aux centuries, le lieu dit le «jardin de Scipion' ». Quant aux comices religieux ou calâtes^ ils se réunissaient sur le Capitole, et la curie Calabre était leur petit temple ^
Il n'est pas douteux que les formules rédigées à Tusage des présidents de comices n'aient été différentes, non seule* ment suivant l'espèce de comices, mais suivant l'objet de la convocation'. Or, ces différences ne viennent pas des méthodes augurales, car, l'observation ex cœlo étant rigoureusement interdite pour les comices, il ne restait que les deux méthodes ornithoscopiques, et nous savons que l'on en usait indifféremment pour tous les auspices urbains. Toutes les nuances qu'exigeait Tadaptation rigoureuse des auspices à l'espèce des comices, à la nature de leurs actes électoraux»
I) Liv., II, 56. — 2) Surletemple des Rostres, voy. ci-dessus p. 218 (noie), elLiv., VIII, \i [Bostraque id templum appellatum). Gic, In Valin., \0(in rostris, in Ulo, inquam, aiiguraiotemplo ac loco), — 3) Cic, Nat. Deor,f H, 4. Oq rencontre les centuries en d* autres endroits, in lucoPetelino (Liv., VI, 20) in œsculeto (Plin., XVI, § 37), mais sous le réprime de la dictature. Ces lieux 86 trouvaient probablement dans la zone milliaire. Cependant on chercha à assigner aux comices un lieu obligatoire : eomitia curicUa.., comitia centu^ riata... ubi auspicato, nisi ubi adsoUnt^fieri possuni (Liv., V, 52). — > 4) Paul.« p. 49, s. V. Calabra, — 5) Voy, ci-dessus, p. 222.
judiciaires, législatifs, à la qualité des magistrats créés par le suffrage populaire, tout cela était produit, à propos et à coup sûr, par le pouvoir des formules augurales-
Il y a en tout cas une différence essentielle, et qui a déjà été indiquée plus haut, entre les auspices purement urbains des présidents de comices curiates ou tributs et les comices d'abord militaires, puis quasi-militaires, sous lesquels se réunissent les centuries en dehors du pomerium. Il fallait être aussi dégagé de scrupules que l'était le dictateur et Grand-Pontife César pour aller présider les comices centuriates après avoir pris les auspices dans l'intention de présider les comices tributs et d'y faire élire de simples questeurs'.
L'auspication, rigoureusement obligatoire pour la tenue des comices, ne pouvait l'être pour la convocation des assemblées non délibérantes ou conciones. Elle était nécessairement absente, du moins en tant que cérémonie officielle, des concilia plebis ou comices présidés parles tribuns, si, comme on Ta admis en Pabsoixce de preuves contraires, les tribuns n'ont eu en aucun temps le droit d'auspices ^.
Il est inutile d'insister longuement sur une formalité dont on a déjà pu apprécier l'importance, sur le devoir qu'avaient les généraux partant pour la guerre d'aller prendre les auspices urbains sur le Capitole pour les convertir ensuite en auspices militaires. Comme tous les fonctionnaires le jour de leur entrée en charge, ils venaient chercher l'autorité à sa source et l'emportaient avec eux dans des régions lointaines, en ayant soin de ne pas briser par quelque inadvertance coupable le lien symbolique qui les tenait en communion avec la patrie et ses dieux. Si ce fil venait à se rompre ou si la
i) Cic, Ad Fam,y VII, 30.— 2) V07. ci-dessus, p. 216-218. Les concilia pkbis Ho sont pas attachés à un temple déterminé : on les convoque aussi bien dans \esprata Fiammia (Liv., III, 54), dand le cirque Flaminien (Liv., XXVII, 2i, ou sur le Capitole (Liv., XXXIII, 25. Appian , JB. C, I, 15. 24).