ROGER IL ET LA FAMILLE ROYALE
particulier, les comptes sont tenus avec une exactitude rigoureuse !, et le roi connaît toujours l'état de ses ressources et de ses dépenses. Qu'il ait créé les institutions dont 1l dota ses États ou qu'il ait adapté aux besoins particuliers de son peuple des institutions empruntées à l'étranger, Roger IT apparaît comme un organisateur très habile. Les résultats qu'il obtint attestent la sagesse de son administration. Au milieu du désordre qui règne presque partout en Europe, le royaume de Sicile est pour l'étranger un objet d'admiration et un modèle. Pierre de Cluny vante dans une de ses lettres la sécurité dont marchands et voyageurs jouissent dans tout le royaume de Sicile et l’auteur de la Vie de saint Guillaume de Montevergine célèbre également la tranquillité que Rôger II a su faire régner dans ses États ?. Un de ses biographes loue Roger II d'avoir aimé les moines et protégé les églises ; mais ici, il faut peut-être se garder d'exagérer. Conscient de la puissance de l’idée religieuse, Roger IT a voulu s'appuyer sur l'Église. Sans doute, il a bâti des églises magnifiques (la Chapelle Palatine et la cathédrale de Cefalu sont deux monuments admirables que nous lui devons); sans doute 1l a protégé les moines, mais il a voulu avant tout avoir une église nationale qu'il put tout entière tenir dans sa main. Dans cette conception de l'idée religieuse, il faut reconnaître encore l'influence de Byzance. Comme le basileus, le roi de Sicile a voulu joindre à la puissance civile la puissance spirituelle qu'il était en droit d'exercer, par suite de la légation apostolique qui lui avait été conférée. Roger IT a cherché, on le verra dans les pages qui vont suivre, à s'affranchir autant que possible de la dépendance de Rome. Qu'il s'agisse du clergé gree ou du clergé latin, il a voulu, au point de vue religieux comme au point de vue civil, être maître dans ses États. Si on ne lisait que certaines lettres de saint Bernard ou de Pierre le Vénérable * qui nous montrent le roi de Sicile tout occupé de fondations pieuses, on se ferait, je crois, une idte fausse de la politique religieuse de Roger IT. À