Al Tel, IV
2. Pierre de Cluny, Epistolæ, dans Migne, P. L., t. 139, p. 280 ; Vita sancli Guilelmi, AA. SS., juin, t. V, pp. 416-417.
3. Migne, P. L., t. 139, col. 280 et 484, et t. 182, col. 375.
104 CHAPITRE lil
un moment donné, le fondateur de la monarchie sicilienne a eu besoin pour sa politique extérieure de se concilier l'opinion publique de l'Europe occidentale. Il a cherché à gagner l'abbé de Clairvaux dont l'influence était alors prépondérante dans toute la chrétienté; pour ce faire, il demanda à saint Bernard
d'établir des colonies de moines dans ses États. Le moyen
a réussi et, quand on lit la correspondance de saint Bernard, on ne peut s'empêcher de comparer les lettres où il fait l'éloge du roi de Sicile, protecteur de son ordre, à celles écrites par lui quelques années auparavant, alors qu'il prodiguait à l’adversaire d’'Innocent II les plus grossières injures.
Au point de vue religieux, le trait caractéristique de Roger II est l’esprit de tolérance. Musulmans, latins, grecs, ont été également protégés par lu. Si saint Bernard fait son éloge, Edrisi le loue et Nilos Doxapater est son protégé. On a voulu que sur la fin de sa vie Roger IT ait changé et, se basant sur le témoignage de l'annotateur de Romuald de Salerne, Amari a fait du premier roi de Sicile une sorte de Philippe IT tout occupé d'assurer son salut par de sanglants autodafé !. Le seul fait que l’on allègue à l'appui de cette opinion est le supplice de l’eunuque Philippe brûlé comme relaps. Or, à considérer les faits de plus près, il semble bien que Philippe ait été brülé bien plus pour avoir trahi, lors de l'expédition de Bône, que pour ses opinions religieuses ?.
S'il a tenu l'aristocratie éloignée des affaires, Roger II n’a pas témoigné la même défiance aux membres de sa famille et nous avons vu le rôle important joué à l’armée par ses deux fils, Roger et Alphonse. Les honneurs conférés aux jeunes princes me paraissent montrer que Roger II s'est servi de ses fils pour réaliser ses idées politiques. Si, en effet, le roi a laissé subsister en apparence l’état de choses auquel étaient habituées les populations, en donnant à ses fils les titres de duc de Pouille, de duc de Naples, de prince de Capoue, il a rattaché d’une façon plus étroite à la couronne ses nouvelles conquêtes.