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LA SECONDE CROISADE

écrite par Conrad à Manuel, il n'est pas question du royaume normand. Conrad réclame à nouveau au sujet des marchands allemands pillés par les Ruthènes. 11 demande au basileus d’accorder aux Allemands établis à Constantinople un emplacement pour élever une église, et parle enfin, comme nous l'avons vu plus haut, des nobles de la Pouille.

Roger IT n'avait donc pu empêcher malgré ses efforts l’alliance des deux empires. Au début de l’année 1146, 11 semblait très probable que le royaume normand allait bientôt avoir à lutter contre les Grecs et contre les Allemands. La fortune se montra singulièrement favorable au roi normand en créant une diversion ; la deuxième croisade, qui, pendant quelque temps, fut la grande affaire des politiques des divers États de l'Europe, vint empêcher l'alliance germano-byzantine de sortir tous ses effets.

Le 25 décembre 1145, à Bourges, le roi de France Louis VII annonça à ses barons l'intention de prendre la croix et d’aller porter secours aux chrétiens de Syrie que mettait en danger la prise d'Edesse par les soldats de l’atabek de Mossoul, Imad eddin Zenki. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail des préparatifs de la seconde croisade, mais comme cette expédition exerça une grande influence sur l'orientation de la politique normande, nous rappelerons brièvement les principaux faits qui en marquèrent la prédication.

On sait combien l’idée de Louis VII rencontra peu d’enthousiasme autour de lui!. Les seigneurs français accueillirent si froidement les ouvertures du roi de France que celui-ci dut remettre au mois de mars 1146 la décision à prendre. Suger se montrait franchement hostile à l’idée de son souverain. Ce dernier persévéra néanmoins dans son projet ; pendant l'hiver 11 46,

1. CÊ. Luchaire, Louis VII, dans Lavisse et Rambaud, Histoire de France, t. IT, p. 11 et suiv. ; Vacandard, op. cit, t. II, p. 259 et suiv. ; Cartellieri, Abt Suger von S{. Denis (Berlin, 1898), p. #4. Sur la deuxième croisade, cf, Kugler, Studien zur Geschichte der zweiten Kreuzzugs (Stuttgart, 1866). Sybel, Ueber den zweiten Kreuzzug (Kleine Schriften, 1, 411); Giesebrecht, op. cit., t. IV, p. 234 et suiv., et Hirsch, Studien zur Geschichte Kônig Ludwigs VII von Frankreich (Leipsig, 1892), p. 42.

il sollicita l'intervention du pape Eugène III, qui chargea saint Bernard de prêcher la croisade. Celle-ci, malgré la sourde opposition des vassaux de Louis VIT, fut décidée, le 31 mars, à Vezelay où l'abbé de Clairvaux remporta un des plus beaux succès oratoires de sa carrière. Dans l'esprit de Bernard le projet du roi s'agrandit singulièrement et au plan primitif fut substitué un plan plus grandiose qui comprenait à la fois une expédition contre les Slaves, habitant le bassin de l'Elbe, contre les Musulmans, maîtres de Lisbonne et contre leurs coreligionnaires de Syrie !.

Pour réaliser cette vaste conception, il fallait absolument le concours de Conrad. Celui-ci se montra peu disposé à entrer dans les vues de l’abbé de Clairvaux, car, il trouvait que la situation intérieure de ses États et les affaires de Rome et de Sicile ne lui permettaient point de se lancer dans une aventure lointaine. L'abbé de Clairvaux vainquit sa résistance et, à Spire, en décembre 1146, la chaleur communicative de sa parole eut raison des résistances de Conrad, et l’entraîna à prendre la croix *. I1 semble que le pape fut médiocrement satisfait de cette décision qui renvoyait à une date bien éloignée l'intervention de Conrad dans les affaires de Rome à.

A partir du moment où sa décision fut prise, Louis VII prépara son expédition par une campagne diplomatique ; il ouvrit des négociations avec l'empire grec et le roi de Sicile #. Ses ouvertures furent accueillies de façon fort différente. Roger IT se montra très favorable aux projets du roi de France. Il dut se rendre compte en effet que l'expédition projetée retiendrait les forces militaires de Manuel Comnène et que celui-ci ne pourrait prêter assistance à Conrad, dans ses projets de guerre italienne. On ne doit pas oublier, en effet, que la réponse du roi de Sicile est

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