LES CROISÉS ET MANUEL COMNÈNE
courir de fructueuses aventures. Les chroniques sont remplies du récit de leurs attaques contre les villes et les villages qu'ils traversaient” ils ne respectèrent même pas les résidences impériales t. Louis VII et Conrad cherchèrent bien, sans doute, à maintenir la discipline parmi leurs bandes ; mais ils n’y réussirent guère. Nous savons que ces attaques contre ses États amenèrent Manuel à rompre avec Conrad ?, qui ne vit pas le basileus lors de son passage devant Constantinople ?. Les rapports de Manvel avec Louis VII ne furent pas meilleurs ; ce dernier reçut, en cours de route, diverses ambassades du basileus ; ces premiers rapports avec les Grecs exaspérèrent les seigneurs français ; nous savons qu'il y avait autour du roi de France tout un parti hostile à Byzance. Pendant le séjour du Louis VIT devant Constantinople, l'évêque de Langres proposa de s'entendre avec le roi de Sicile, et de tenter un coup de main sur la ville, afin de tirer vengeance de l'attaque que Manuel avait dirigée contre Antioche ‘. Get avis était sur le point de prévaloir, quand les Grecs, pour se débarrasser des Latins, répandirent le bruit qu'une grande armée musulmane se rassemblait en Asie Mineure. Les croisés traversèrent aussitôt le Bosphore, et une fois encore Constantinople fut sauvée.
Tandis que Manuel était occupé à surveiller le passage des croisés, Roger II se préparait à attaquer l'empire grec. Le basileus n'avait pas prévu que le roi de Sicile oserait, au risque d’entraver la croisade, ouvrir les hostilités, et il avait commis la faute de dégarnir de troupes la plupart des villes de la côte. Roger IT profita de l’occasion qui s'offrait à lui; au moment même où les croisés s’approchaient de Constantinople, la flotte normande quittait Otrante et se dirigeait vers les côtes de l'empire. A Corfou, les Normands furent accueillis par les habitants mécontents des exactions d'un percepteur d'impôts ; un accord
1. Eudes de Deuil, op. cit., col. 1245, 1218 ; Nikétas Choniatès, [, 5 ; Kinnamos II, 13 et 1#.
2, Kinnamos, II, 45 et 16. Cf. Kugler, op. cit., p. 126, et Bernhardi, op. cit. t. H, p. 616 ; Kap-Herr, op. cit., p. 21; Kugler, Studien, p. 125.