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PRISE DE CORFOU

vaincus, et auraient subi des pertes si importantes, que peu d’entre eux seulement purent regagner la Sicile. Louis VII étant arrivé en Calabre le 29 juillet, nous pourrons placer très exactement en juin et juillet ces différents combats. Bien qu'infructueuse cette expédition des Normands contre les côtes de l’empire byzantin n'en est pas moins importante, car c’est la première fois que leur flotte réussit à pénétrer dans les eaux de Constantinople.

Après ses succès, la flotte vénitienne regagna Corfou, toujours assiégée par Manuel Comnène; peu après son arrivée, la famine finit par triompher du courage des assiégés qui avaient perdu tout espoir d’être secourus par le roi de Sicile. Théodore, qui commandait la place, obtint, pour la garnison, le droit de se retirer avec armes et bagages !.

La prise de Corfou permit à Manuel de donner suite à ses projets sur l'Italie ?, et de tenter la réalisation du plan qu'il avait combiné avec Conrad. Le basileus se rendit à Avlona d’où il comptait gagner la Sicile. Une tempête dispersa la flotte grecque, qui dut rentrer au port; au même moment, Manuel apprit que les Serbes s'apprêtaient à envahir les provinces frontières. Il voulut aller lui-même prendre les mesures qu'il jugeait nécessaires, mais, ne voulant pas abandonner Conrad, dont il croyait l’arrivée prochaine, il envoya à Ancône le grand domestique avec toute la flotte. Aksouch exécuta mal les ordres reçus, et sa tentative n’aboutit pas, peut-être par suite de la mauvaise volonté des Vénitiens 3.

Comme Conrad ne put, lui non plus, venir en Italie, le plan d'attaque, si soigneusement élaboré à Constantinople, ne se réalisa pas. Nous allons montrer que l’on doit, en partie, attribuer ce résultat aux intrigues du roi de Sicile.

Au moment même où, à Constantinople, les deux empereurs

1. Nikétas Choniatès, II, 5, p. 117. Cf. Boeckh, Corpus Inscr. Grec., n° 8733, et Mustodixi, Delle cose Corciresi; (Corfou, 1848), p. 232.

2. Nikétas Choniatès, II, 6, p. 118; Kinnamos, III, 6, p. 102.

3. Caspar, op. cit., p. 396, remarque avec raison que contrairement à l'opinion de Kap-Herr, op. cit., pp. 135-136, rien ne prouve que la flotte grecque soit parvenue à Ancône.

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concluaient contre lui, une ligue offensive, Roger II donnait tous ses soins à empêcher leurs projets d'aboutir. Nous avons vu que, déjà à l'avènement de Conrad, le roi de Sicile avait fourni des subsides en argent à Welf, frère d'Henri le Superbe, pour l'aider à lutter contre l'empereur. Au retour de la croisade, Welf passa par la Sicile, et Roger s’efforça de faire du prince l'instrument de sa politique en Allemagne. Pour occuper Conrad, et l'empêcher de donner suite à son projet de descendre en Italie, Roger décida Welf à organiser contre l'empereur une ligue dans laquelle on devait tâcher de faire entrer Henri de Saxe, Frédéric de Souabe et divers autres seigneurs. Roger s'engagea à fournir des subsides, et chargea Welf de remettre plusieurs lettres à divers princes allemands !. Welf en traversant l'Itahe s’entendit avec Cencio Frangipanni, le chef du parti pontifical, et il semble bien que, grâce à celui-ci, les projets du roi de Sicile furent approuvés par le pape. Eugène III, en elfet, de retour en Italie, était fort mécontent du traité conclu entre Conrad et Manuel: cela résulte clairement de diverses lettres qui nous sont parvenues ?. Le pape redoutait sans doute que le résultat de cet accord fut quelque entreprise dont aurait à souffrir le territoire pontifical ; malheureusement, les sources ne nous fournissent pas beaucoup de détails à ce sujet. Pour comprendre l'attitude prise alors par Eugène IT, il convient de rappeler, comme nous

l'avons vu plus haut, qu'à ce moment celui-ci s'était réconcilié

avec Roger.

Bien que nous ne sachions rien de précis à cet égard, 1l est fort probable que Roger et Welf décidèrent que des ouvertures seraient faites au roi de Hongrie, Geisa IT. Nous savons que des relations diplomatiques et des rapports de famille existaient entre la Hongrie et la Sicile #. Placé entre l'empire allemand et

4. Wibald, Epist., n° 147, p. 228, et n° 198, p. 316; Otton de Freisingen, Gesta, 1, 59; Ann. Herbip., M.G.H.SS., t. XVI, p. 7.

2. Wibald, Epist., n° 147, p. 228, n° 198, p. 316, n° 252, p.914.

3. Une fille de Roger [°" avait épousé Coloman, roi de Hongrie. Cf. supra, t. I, p. 352. Sur les relations entre la Sicile et la Hongrie, cf. Libellus de suscess. pontif. Agrigent. ecclesiæ, éd. Garufi, dans L'Archivio capitolare di Girgenti. I documenti del tempo Normano-Suero e il Cartularium del sec. XIII, dans Archiv. st. sicil. N.S., t. XXVIIT (1903), p.148.

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l'empire grec, Geisa II avait à craindre ses deux redoutables voisins, qui appuyaient les prétentions de son compétiteur Boritz, le fils de Coloman. Pendant la minorité de Geisa, une influence prépondérante fut exercée par le frère de sa mère, le prince serbe Bela ; plus tard les relations de la Hongrie avec la Serbie demeurèrent assez intimes, Maître de la Dalmatie et la Croatie, Geisa IT avait à subir, à ce sujet, les revendications de Venise et de Byzance. Cette dernière même contrecarrait la politique hongroise jusqu'en Russie, où elle combattait la candidature au trône de Kiev du prince Isiaslaf qu'appuyait Geisa !. Étant donnés, d'autre part, les rapports de Welf avec le roi de Hongrie ?, ne pourrait-on supposer que c’est le premier qui a poussé le second à attaquer l'empire grec, en se joignant aux Serbes 3. Il est en tout cas remarquable de voir que, à l'automne 1149, les Serbes et les Hongrois attaquent l'empire grec, et que, au début de 1150, Welf dont nous connaissons les rapports avec Roger II, se révolte contre l’empereur. N’y a-t-il là qu'une simple coïncidence, ou ne faut-il pas admettre que ces deux révoltes ont été le résultat de l’habile politique du roi de Sicile. Dans tous les cas Conrad et Manuel ne purent donner suite à leurs belliqueux pro- Jets, et chacun d'eux fut retenu dans ses États par les ennemis que lui avait suscités Roger II.

Le roi de Sicile ne se borna point à ce premier succès, et il convient certainement de lui attribuer une part prépondérante dans les négociations, dont le récit va suivre.

Le roi de France, revenant de la croisade, était arrivé en Calabre le 29 juillet. Il séjourna assez longtemps dans les États de Roger

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