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PROJET DE COALITION CONTRE L EMPIRE GREC

probable que si cette tentative eût abouti, le pape aurait eu la main forcée, comme dans l'affaire de la deuxième croisade,

En France, Suger! se montra encore plus favorable que Louis VIT au plan proposé, et quand, après leurs nouvelles défaites, les chrétiens d'Orient implorèrent les secours de l'Occident, ce fut lui qui prit l'initiative d'une nouvelle croisade.

La question de la croisade prit alors une importance considérable dans la politique européenne. Très habilement Roger, qui se souciait fort peu de la délivrance des chrétiens d'Orient, chercha à tirer parti des dispositions du pape et du roi de France, en groupant, autour de lui, tous les ennemis des Grecs. Grâce à ces alliances, il espérait pouvoir renverser l'empire grec ; il ressort, en effet, clairement de tout ce que nous savons, qu'une expédition contre Byzance devait être le prélude de la croisade proje- 10e:

Conrad, par l’appui qu'il prêtait à Manuel, faisait obstacle à la réalisation du plan conçu par le roi de Sicile. Pour l’amener à abandonner son allié, on fit agir sur lui, les influences les plus considérables ; dans les premiers mois de l’année 1150, saint Bernard tenta de gagner l’empereur à ses idées ; il veut rétablir la paix entre Conrad et Roger, utile et nécessaire défenseur de l'Église, dont les services doivent à l'avenir être plus utiles que jamais %. Où est l'époque où l'abbé de Clairvaux parlait du tyran sicilien? Le cardinal Theodwin, lors de son passage en Sicile, avait été gagné à sa cause par Roger II et s’employa dans le même sens que saint Bernard auprès de l’empereur allemand #. Pierre de Cluny, enfin, prêchait aussi à Roger l'entente avec Conrad, et faisait briller aux yeux du roi de Sicile la perspective d'un grand rôle à jouer contre les Grecs. Il s'offrait à servir d’intermédiaire pour négocier un accord entre l'empire et le royaume

de Sicile ?.

: Vita Sugeru, L'IEF:8, R°H.G:, XL pe 110,

. C’est sans doute alors que Roger écrivit à Suger. Cf. R.H.G., t. XV, JD DPI CCC

. Wibald, £pist., n° 252, p. 377.

14509202 pra7r.

. Pierre le Vénérable, Epist., VI, 16.

Conrad, que la révolte de Welf, au début de 1150, dut indisposer encore davantage contre Roger IT, accueillit fort mal les ouvertures qui lui furent faites. L'empereur allemand comprit parfaitement que son intérêt véritable n’était pas de favoriser une nouvelle croisade dont le résultat le plus certain serait un agrandissement de la puissance normande. C'était, contre son gré, que l'empereur avait pris part à la croisade et il était décidé à ne pas tenter une nouvelle aventure, car le rétablissement de la puissance impériale dans l'Italie lui paraissait, avec raison, beau-

coup plus important, à son point de vue, qu'une intervention en Orient.

Durant l'hiver 1150, Manuel n'était pas demeuré inactif;

il avait envoyé à Pise et à Venise des ambassadeurs, pour amener ces deux villes à entrer dans l'alliance germano-byzantine !, et, au début de 1150, nous trouvons auprès de Conrad un envoyé grec, Michel Bardalia ?. Peu après la défaite de Welf, à Flochberg, Conrad écrivit à Manuel. Il s’excusait sur sa santé, de n’avoir pas tenu ses engagements l’année précédente, et annonçait qu'il enverrait une ambassade, après la diète qu'il comptait réunir à Mersebourg, au mois de mai. Alexandre de Gravina, un des envoyés de Manuel à Venise, était chargé de poursuivre, à Constantinople, les négociations relatives au mariage du fils de Conrad, avec une parente de Manuel ?. Enfin, Conrad faisait part au basileus des projets du roi de Sicile et du roi de France contre l'empire grec, et l'assurait que, dans ces circonstances critiques, il ne l’abandonnerait pas, mais, viendrait à son secours avec toutes les forces de l’empire.

Il ne faut pas voir dans cette lettre de Conrad une banale assurance d'intervention et de médiation ; nous savons, en effet, par une lettre de Wibald, qu'à ce moment l’empereur est absolument décidé à descendre en Italie, dès que cela lui serait possible 4. Conrad devait persévérer jusqu’au bout dans cette atti-

4. Wibald, Epist., n° 344, p. #77, n° 147, p. 229. 2. Id;, n° 237,p 355:

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