Ibn abi Dinar, B.A.S., t. Il, p
POLITIQUE AFRICAINE DE ROGER Il 159
Ce premier succès ne suffit point au roi de Sicile, qui, peu après, fit occuper par sa flotte l’île de Djerba au fond du golfe de Gabès !. Jusque-là, cette île était occupée par des tribus indépendantes qui s’adonnaient à la piraterie. La plupart des habitants furent faits prisonniers, mais une fois que l’aman eut été prononcé, le plus grand nombre des captifs furent rachetés par ceux des habitants qui avaient pu échapper aux troupes du roi normand ?. Les chroniqueurs arabes ne nous fournissent pas la date exacte de l'occupation de l’île de Djerba; sans doute il convient de la placer en 1135. Les renseignements que nous possédons, nous montrent que sous la domination normande Djerba continua à être un centre de piraterie pour la flotte sicilienne qui pillait ou capturait les navires, n’épargnant même pas les vaisseaux d'El-Hassan, C’est ainsi que, tour à tour, furent pris des vaisseaux envoyés d'Égypte au prince d'El- Medeah #, et un navire envoyé par ce dernier au Khalife d'Égypte (6 août 1141-26 juillet 1142). Continuellement la flotte normande harcelait les vaisseaux musulmans, conduite le plus souvent par Georges d’Antioche qui possédait, de tous ces parages, une connaissance parfaite à laquelle ses adversaires rendent hommage à. Malgré les vexations auxquelles il était en butte de la part de son allié, El-Hassan, qui avait besoin des grains de Sicile, ne rompit point avec Roger, mais demanda au contraire à renouveler les traités 6. Les attaques des vaisseaux siciliens contre le prince d'El-Medeah avaient été motivées par la conduite d’El- Hassan qui tardait à rembourser certaines créances dont il était débiteur envers les agents commerciaux que Roger entretenait à El-Medeah. Malgré les réclamations du prince normand, El-Hassan ne put ou ne voulut se libérer ; toutefois, quand il
1. Ibn abi Dinar, B.H.S.,t. IT, p. 291, et Ibn el Athir, B.A.S., t. I, p. 461.
2. Mercier, Histoire de l'Afrique du Nord, t. IT, p. 85, dit sans raison que les habitants furent emmenés prisonniers. Cf. Amari, op. cit., t, III, p. 401, note, qui montre la différence du traitement infligé aux habitants lors de la première et de la deuxième conquête (1153).