‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 174 sur 742 · Falcand, op. cit., p · texte numérisé non relu

Falcand, op. cit., p

le roi, mais le regret du passé vivait au fond des cœurs. Les , e] F

vassaux de la couronne ne se soumettaient qu'à regret à l’autorité royale ; les villes regrettaient les libertés qui leur avaient été enlevées; pour maintenir l’ordre et la paix, 1l fallait la main de fer du feu roi, Systématiquement écartée des affaires, l'aristocratie voyait avec peine le roi gouverner avec l’aide d'hommes issus de la classe inférieure de ses sujets; aussi sa soumission n’était-elle qu'apparente, et elle attendait avec impatience qu'une occasion lui fût offerte pour revendiquer à la fois, l'indépendance dont elle avait joui jadis, et la part à laquelle elle croyait avoir droit dans l’administration du royaume. Ce sourd mécontentement, dont nous verrons la brusque explosion, devait très probablement être entretenu par de fréquents rapports avec les seigneurs exilés qui cherchaient, à Byzance et en Allemagne, à hâter une intervention qui leur permettrait de rentrer en possession de leurs fiefs confisqués. L’aristocratie se sentait trop faible pour reprendre à elle seule la lutte contre le pouvoir royal, et comptait sur les deux ennemis du royaume, Frédéric Barberousse et Manuel Comnène.

Dans les villes, nous apercevons également des signes de mécontententement. À diverses reprises déjà, nous avons insisté sur le grand développement pris par l'esprit municipal. Les atteintes portées par Roger IT aux libertés accordées ou reconnues, lors de la conquête, furent certainement une des causes principales qui poussèrent les villes à faire cause commune avec l'aristocratie. Tant que vécut Roger Il, l'administration très forte, très centralisée, par laquelle s’exerçait l'autorité royale suffit à empêcher les mécontents de donner libre cours à leurs revendications. Néanmoins, la discipline de fer imposée par le roi pesait aux habitants des villes comme aux seigneurs, et tous devaient chercher à profiter de la première occasion favorable pour tâcher de s’y soustraire. Cette occasion, on crut la trouver, nous le verrons plus loin, peu après l'avènement du nouveau roi.

Associé à la couronne depuis le mois d'avril 11511, Guil-

4. Exactement le 8 avril, Historia pont., M.G.H.SS., t. XX, p. 539. Cf.

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laume Ie succéda à son père sans que la paix intérieure du royaume fût troublée. Le 4 avril 1154, jour de Pâques, 1l fut solennellement couronné dans la cathédrale de Palerme, en présence d'un grand nombre de ses vassaux !,

Celui à qui incombait la lourde succession de Roger IT était-1l capable de continuer l’œuvre si glorieusement commencée par son père? Avant son avènement, Guillaume 1° ne parait avoir été qu'un personnage assez effacé, ou du moims nous ne savons

presque rien sur lui. L'ordre de sa naissance ne l’appelait pas au

trône ; seule la mort de ses deux frères lui valut la couronne. Successivement, prince de Tarente, puis prince de Capoue et duc de Naples, Guillaume 1° ne paraît pas avoir Joué comme ses frères, un rôle aux côtés de Roger IT. Plusieurs fois nous avons vu que Roger et Alphonse remplirent des fonctions importantes et commandèrent l’armée royale : les sources ne font alors nulle mention du nouveau roi, dont l’histoire, pour nous, ne commence que lors de son avènement,.

Pendant longtemps, Guillaume [* a joui auprès des historiens, d’une fort mauvaise réputation et c’est d’un consentement unanime que l’épithète de « Mauvais » a été accolée à son nom. Assez récemment, on s’est aperçu que les jugements portés sur le successeur de Roger étaient peut-être empreints de quelque sévérité, et une étude plus approfondie et plus critique des sources a permis d'établir que Guillaume I‘’avait été, auprès de la postérité, la victime du pamphlétaire Hugues Falcand. On a vu plus haut quel était le caractère de l’œuvre de Falcand, le Liber de regno Sicilie®. Répétons seulement ici, avant de tracer le portrait du roi, que cette source ne doit être utilisée qu'avec la plus grande réserve, et qu'en l’employant, il convient de ne jamais oublier quelle est l’œuvre d’un témoin passionné, adversaire acharné de la politique suivie par Guillaume 1°.

Siragusa, op. cit., t. I, p. 27, note, K. Kehr, op. cit., p.308, et Salinas, Escursioni archeologiche in Sicilia, dans Arch. st. sicil., n.s.,t. VIT, p. 119.

4. Romuald de Salerne, M.G.H.SS., t. XIX, p. 427. Il est à noter quel’on continua dans la chancellerie royale comme dans les actes privés à prendre comme point de départ des années de règne l’année 1151. Cf. Kehr, op. cit., p. 309.

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