ERNST
ÉERET
Une fois le fils de Roger II présenté au lecteur, notre tâche ne sera point terminée. En effet, sous le règne du second roi normand, la scène sur laquelle se déroulent les événements n’est plus tout entière occupée par le seul personnage du roi. A côté de la figure principale, apparaissent, sortant de l’ombre, les physionomies des divers acteurs qui jouent un rôle important dans les événements du règne. C’est la première fois, dans l’histoire des Normands, que nous voyons se détacher ainsi les personnages de second plan ; aussi pour comprendre le récit des intrigues dont la cour fut alors le théâtre, conviendra-t-il de nous arrêter un instant et de grouper autour du roi les diverses personnes qui composent son entourage.
Guillaume [°° avait environ trente-quatre ans, quandil succéda à son père !. Romuald de Salerne * et la Chronique de Sainte- Marie de Ferrare’ nous apprennent qu’au physique il était de haute taille, assez gros, avec de beaux traits. Sa barbe était noire
et fort abondante. Son apparence majJestueuse et même sévère
imposait le respect. Guillaume possédait une force herculéenne ; il brisait facilement deux fers de cheval réunis et plus d’une fois on le vit soulever un cheval chargé. Très brave, le roi, dans la bataille, était toujours au premier rang.
Le portrait moral de Guillaume I* est plus difficile à tracer, car les divers témoignages que nous possédons à cet égard sont bien loin de concorder. L’archevêque de Salerne nous a laissé du caractère du fils de Roger une peinture assez vague, dont voici les principaux traits. Très orgueilleux, avide d’honneurs, le nouveau roi aimait l'argent et autant il était soigneux d’en amasser, autant il se souciait peu d'en dépenser. Implacable avec ses ennemis, généreux envers ses amis, 1l était craint plus qu'il n'était aimé. Toujours il témoigna un grand respect aux gens d'église. Tracé par un adversaire de la politique de Guillaume I°", ce portrait ne mérite pas grande créance, car avec les traits mêmes dont s’est servi Romuald, un partisan du roi aurait
1. En 1166, il était dans sa quarante-sixième année, Romuald de Salerne, M.G.H.SS., t. XIX, p. 435.