‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 200 sur 742 · GUILLAUME I ET MANUEL COMNÈNÈ · texte numérisé non relu

GUILLAUME I ET MANUEL COMNÈNÈ

Mais le rôle de l’empereur tel que Frédéric le comprend, empiète fortement sur un terrain que la papauté regarde comme son domaine propre. Au moment même où Barberousse descend en [talie, il se trouve que l'Église vient de mettre à sa tête un pape dont le caractère est aussi absolu que celui de l'empereur. Tous deux apportent dans l'exercice du pouvoir qu'ils incarnent une égale intransigeance. Basées sur le droit divin, les prétentions théoriques du pape excluent forcément celles de Barberousse, qui reposent sur le droit impérial.

Pour redevenir maître de Rome, soulevée à la voix éloquente d'Arnaud de Brescia, le pape, qui, dès son avènement, a été en complet désaccord avec la commune de Rome !, a besoin de l’empereur dont il sollicite le concours pour obtenir, par son intervention, la soumission de Rome, et aussi celle du royaume normand *. Il cherche à renouveler le traité de Constance. Mais, entre le pape et l'empereur, il ne pouvait y avoir d'accord durable; chacun d’eux craindra de donner plus qu'il ne reçoit, et toujours entre eux se dressera la crainte d’être joué par son adversaire. Le pape veut s'appuyer sur l’empereur qui lui prête la force de ses armes, mais, en même temps, il a peur que cette force ne soit employée contre lui ?. Jamais Hadrien IV et Barberousse n’auront confiance l’un dans l’autre, mais toujours entre eux il y aura de la défiance.

Aux prétentions de Barberousse viennent également s’opposer celles de Manuel Comnène, qui, lui aussi, épris des entreprises lointaines et grandioses, cherche à reprendre pied en Italie, pour restaurer dans son ancienne unité l'empire romain ‘. Il se contenterait pour commencer de l'Italie du Sud 5. À l'exécution de son plan il apporte toute la souplesse de son esprit. Il cherche, sans engager ses propres troupes, à faire conquérir le royaume

Page 1