‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 242 sur 742 · RÉVOLTE DE TRIPOLI · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DE TRIPOLI

envoya un ambassadeur auprès d'Omar. Ce dernier, quand arriva l'envoyé du roi de Sicile, refusa de le recevoir et pour montrer qu'il était décidé malgré tout à résister aux Normands, ordonna de célébrer en grande pompe les funérailles de son père!. Guillaume I* fit exécuter Aboul-Hassan, mais cet exemple ne servit à rien et l'insurrection, commencée à Sfax, ne tarda pas à s'étendre. Successivement l'île de Djerba et celle de Kerkinna se soulevèrent ? et leur exemple fut suivi par Tripoli. Les détails, que nous fournit à ce sujet At Tigani, nous font connaître une des causes principales qui amenèrent la chute de la domination normande en Afrique. Le commandant militaire de Tripoli voulut obliger les imans à prècher contre les Almohades dont la puissance grandissante inquiétait la cour de Palerme. Cette mesure me paraît indiquer que les intrigues d’Abd-el-Moumen, auprès duquel avaient trouvé refuge un certain nombre des anciens princes du pays, ne furent pas étrangères au soulèvement de la population musulmane. Il faut enfin tenir compte également de la surexcitation, que durent produire parmi ses coreligionnaires musulmans les victoires remportées par le prince almohade. L'intervention des chrétiens dans leurs affaires religieuses, mécontenta les Musulmans de Tripoli, qui se déclarèrent prêts à quitter la ville plutôt que de se soumettre à la volonté du roi de Sicile. Le gouverneur chrétien dut leur accorder l'autorisation de s'éloigner de Tripoli. Cependant, une vaste conspiration s'organisait ; les résolutions prises furent tenues si secrètes que les Normands ne se doutèrent de rien. À la date fixée, la révolte éclata; en une nuit, toutes les rues de la ville furent couvertes de barricades. Lorsqu'ils entendirent les rumeurs de la foule, les chevaliers normands en grande hâte montèrent à cheval, mais les défenses improvisées dans les rues les empêchèrent de combattre et ils furent tous faits prisonniers. Le scheik musulman, Abou Yahya ibn Matrouh, prit le gouvernement de la ville. La

1. Ibn Kaldoun, B.A.S., t. IT, p. 210 ; Ibn el Athir, B.A.S., t. I, pp. 481- 2. Ibn.el Athir, B,A,S., t, l, p: #80;

3. At Tigani, B.A.S., t. Il, pp. 61-62. Ibn el Athir, B.A.S., £. I, p. 482,

place la révolte de Tripoli après celle de Sfax et avant celle de Gabès.

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238 CHAPITRE VIIL

révolte de Tripoli eut lieu entre le 2 février 1158 et le 22 janvier 1109,

A Gabès, les Normands ne furent pas plus heureux et furent chassés par Mohammed ibn Rasid!. Il semble que les mesures mêmes que les Normands avaient prises pour assurer à la population musulmane une certaine indépendance se soient tournées contre eux, car, à Sfax comme à Tripoli, ce sont les gouverneurs indigènes qui prirent la direction de l'insurrection.

A El Medeah, les Normands avaient été plus favorisés et avaient réussi à se maintenir. Dès le début de sa révolte, Omar avait excité les habitants de Zawilah à imiter son exemple et à massacrer les chrétiens. Son appel fut écouté et les Musulmans de Zawilah, aidés des troupes d’'Omar et d'un certain nombre de tribus arabes, mirent le siège devant El Medeah. La place fut assez forte pour résister Jusqu'au moment où vingt vaisseaux envoyés de Sicile lui amenèrent des renforts et des vivres. Les Normands, ayant réussi à gagner les tribus arabes qui levèrent le siège, les Musulmans de Sfax et de Zawilah, abandonnés à eux-mêmes, subirent une défaite complète. Tandis que les premiers réussissaient à se rembarquer, les seconds ne purent rentrer à Zawilah dont les partisans des Normands firent fermer les portes. Presque tous furent massacrés, car les troupes de Guillaume [°° apportèrent à la répression une rigueur impitoyable. Il est probable qu'à ce moment l’île de Kerkinna fut également reprise (novembre-décembre 1157) ?.

Il semble qu’à cette époque El Medeah et Zawilah soient deve-

nues, pendant quelques années, un lieu de refuge pour tous les chrétiens d'Afrique; c’est ainsi, sans doute, qu'il faut interpréter un passage de la chronique de Robert du Mont, qui raconte que Guillaume I* s’empara de Zawilah et y installa les chrétiens auxquels il donna un archevêque”.

1: Ibn-el Athir, BAS. 1, L:p 489 cf Ibn Khaldoun, BAS: 1 I, p..208. Amari, op. cil., t. III, p. 472, fait de Mohammed ibn Rasid le gouverneur reconnu par les Normands, cela me paraît en contradiction avec ce que nous savons de ce personnage, cf. Ibn Khaldoun, loc. cit.

2. Ibn el Athir, B.A.S., t. I, p. #82 et suiv.; Ibn Khaldoun, B.A.S., t. II, p. 231; Al Bayaän, B.A.S., t. Il, p. 40.

3. Robert de Torigni, éd. Delisle, t. I, pp. 303-304. Cf. Amari, op. cit., :

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