Falcand, p. 24 et suiv
même ils voyaient s'enfuir la flotte normande, qui n'avait pu péné-
trer dans le port. D’après Falcand, l’eunuque Pierre qui com- P Ï ; q q
mandait la flotte, aurait trahi et aurait sans raison donné l’ordre de la retraite. D’après les sources arabes, la flotte musulmane forte seulement de soixante vaisseaux anrait infligé aux Normands une complète défaite !. Il semble bien que la version arabe soit la plus véridique. Falcand veut montrer que dans cette affaire, la responsabilité de Maion est engagée et son récit paraît fort partial.
La résistance d'El Meleah se prolongea pendant toute l'année 1159. A diverses reprises, Abd-el-Moumen fit savoir aux assiégés qu'ils n'avaient à compter sur aucun secours, et que la cour de Palerme ne songeait plus à les aider. En même temps, le prince almohade offrait à la garnison les conditions les plus avantageuses si elle consentait à se rendre. Les assiégés tinrent bon jusqu'au moment où les vivres diminuant, ils firent demander au prince almohade qu'il leur fût permis d'envoyer à Palerme pour connaître les intentions du roi; ils s’engageaient à rendre la ville dans le cas où ils seraient assurés de ne pas être secourus. Il en fut ainsi fait et, le 11 janvier 1160, la garnison normande rendait la ville et retournait en Sicile avec armes et bagages ?.
Avec la prise d'El Medeah s’écroulait la domination normande dans l'Afrique du Nord. Il paraît étonnant à première vue que Guillaume 1° n'ait pas tenté avec plus d’énergie de sauver El Medeah. Cet étonnement, ses contemporains l'ont éprouvé et 1ls ont rendus Maion responsable de la perte de l'Afrique. Pourtant à examiner les choses de plus près, il semble que l'abandon de l'Afrique a été dictée par une nécessité politique. Était-ce bien l'intérêt de la Sicile, au moment où elle allait se trouver engagée dans la lutte contre l'empire allemand, d'entreprendre une guerre contre le puissant empire almohade *. La délivrance d'El
4. Ibn el Athir, Loc. cit.; Ibn Khaldoun, Loc. cit. ; At Tigani, B.A.S., t. I], p. 80. Cf. le Kitäb’ al hulal al mawsiah, B.A.S., t. I], p. 688. Sur le chiffre de la flotte musulmane, Falcand, p.2#, et [Ibn el Athir, B.A.S., t. I, p. 486, sont d'accord.