ABANDON DE L'AFRIQUE
Medeah n'aurait pas, en effet, rétabli la domination normande sur le reste de la côte de l'Afrique, et ne pouvait être que le prélude de nouvelles expéditions. N’était-il pas plus avantageux en abandonnant momentanément l'Afrique, de conserver intactes toutes les ressources du royaume, qui allait avoir à lutter pour défendre son existence même. On peut à bon droit supposer que ce sont ces vues qui ont amené Maion à conseiller à Guillaume I* à renoncer à secourir El Medeah et à abandonner pour un temps la politique africaine de son père.
En Europe, la politique sicilienne, également dirigée par Maion, fut plus heureuse. Le grand émir avait été, comme on l’a vu, un des négociateurs de la paix de Bénévent, et c’est à bon droit que nous pouvons lui faire honneur de l'important succès remporté par la diplomatie sicilienne. Le traité conclu entre le pape et le roi de Sicile était, en effet, gros de conséquence, et ce fut la grande habileté de Maion de savoir en tirer tout le parti possible. Non seulement Guillaume I‘, relevé de l'excommunication, avait vu, grâce à l'investiture qu’il avait reçue, sa légitimité mise à l'abri de toute discussion, mais ilavait, en outre, obtenu un résultat de bien plus grande importance. En traitant avec le roi de Sicile, Hadrien IV, peut-être sans en avoir nettement conscience, avait détaché le lien qui depuis le traité de Constance unissait la papauté à l'empire allemand. Barberousse, nous le verrons plus loin, ressentit un violent mécontentement de la conduite du pape et ne lui pardonna pas d’avoir accordé au roi de Sicile l’investiture des territoires de l'Italie du sud, sur lesquels l'empire avait marqué ses prétentions. Malgré tous les efforts d'Hadrien, la rupture devait fatalement se produire et, par suite, la papauté, détachée de l'alliance allemande, allait être contrainte de chercher auprès du roi de Sicile un appui et un soutien, comme jadis au temps de Grégoire VII et de Robert Guiscard. Ce n'était qu'à la longue que le traité de Bénévent devait sortir tous ses effets, car, pendant quelque temps, le pape essaya, mais en vain, de ménager à la fois l’empereur et le roi de Sicile. Sa duplicité fut bien vite découverte et il fut contraint de choisir entre Guillaume 1° et Frédéric Barberousse.
Quelque important que fut ce premier succès, la situation de
Histoire de la domination normande. IL. — CHALANDoN. 16