Falcand, op. cit., pp
sk LA CONSPIRATION CONTRE MAION 267
pour justifier leur conduite; c'était une étrange manière de prendre la défense du roi que de comploter de l'assassiner. Il me paraît toutefois qu'il convient de retenir quelque chose du récit de Falcand. L'auteur du Liber de regno de Sicilio n'est sans doute ici que l'écho des bruits répandus dans le public par les conjurés pour miner le crédit et la popularité du ministre de Guillaume I‘. Pour aliéner à Maion l'opinion publique, on a cherché à le rendre responsable des maux causés par la guerre civile et des mesures de rigueur prises par le roi pour punir les rebelles.
À quelle date convient-il de placer les premières manœuvres des conjurés? Un passage de Faleand tendrait à indiquer que les conjurés ont commencé à s’agiter avant l'expédition dirigée par André de Rupe Canina, à la fin de 1157 et au début de 1158. Ce fut très probablement l'insuccès du comte André qui fit ajourner momentanément la révolte. Il semble néanmoins que de 1158 à 1160 les troubles aient été fréquents, en particulier dans les villes.
Maion était au courant de l'état des esprits et l'hostilité dont il était l'objet ne lui était pas inconnue, car les fonctionnaires royaux l'avait averti de l'agitation qui se propageait partout. Contre ses ennemis le grand émir était soutenu par le roi et la reine, les officiers du palais, les eunuques; il avait encore pour lui certains membres du haut clergé dont l'influence était grande, par exemple l'archevêque de Palerme. Il semble toutefois que quelques évêques tout en demeurant fidèles au roi aient été nettement hostiles à Maion, et aient désiré son éloignement du pouvoir. Le rôle que nous verrons Jouer lors de l'assassinat du grand émir par Romuald, archevêque de Salerne, par Robert, évêque de Messine, par Richard Palmer, élu de Syracuse, et Tristan, évêque de Mazzara, me paraît justifier cette manière de voir.
Cependant, la situation devenait chaque jour plus menaçante, le frère du grand émir, Étienne, qui commandait alors l’armée en Pouille et était chargé de repousser les attaques du comte de Loritello, écrivit plusieurs fois à Maion pour l'inviter à faire des largesses aux chevaliers pour les attacher à sa cause et les
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empêcher d'embrasser le parti de ses adversaires. Ceux-ci s’agitaient tellement que le sénéchal Simon avait été contraint de s'enfermer dans une place forte, dont nous ignorons le nom. Pour calmer l'agitation des esprits, Maion, à diverses reprises, écrivit au nom du roi aux gens des villes principales pour les engager à demeurer fidèles au roi, et à ne pas ajouter foi aux faux bruits qui étaient répandus dans le public. Des messages de ce genre furent envoyés à Amalfi, à Sorrente, à Naples, à Tarente, à Otrante, à Brindisi et à Barletta. Mais les conseils du roi ne furent pas écoutés et la révolte ne fit que s'étendre. Les habitants de Melfi refusèrent d'obéir aux officiers royaux, et des troubles éclatèrent dans toute la Pouille. Tristan, évêque de Mazzara, reçut du grand émir l'ordre de se rendre à Melfi pour apaiser la révolte et calmer les esprits. Au lieu d’accomplir sa mission, l'envoyé du ministre trahit la cause de Maion, et, prenant le parti des rebelles, les poussa à réclamer l'éloignement du grand émir. Néanmoins nous savons que l'évêque de Melfi fut exilé !.
Les conjurés, se rendant compte que rien ne pourait ébranler la confiance que Maion avait su inspirer à son maître, comprirent que les troubles qui agitaient le royaume ne pourraient se prolonger bien longtemps sans que le roi intervint. Craignant d'encourir la colère royale et de subir la vengeance de Maion, ils se décidèrent à faire assassiner le ministre de Guillaume I°. Il semble bien que certains des conspirateurs aient été résolus à ne pas épargner la vie du roi, et à proclamer à sa place son fils, le duc Roger. On espérait que pendant la minorité de ce der-
nier 1l serait plus facile de se soustraire à l'autorité royale et que l’on pourrait reconquérir les libertés perdues.
Restait à trouver celui qui se chargerait d’assassiner le grand émir. Le choix des conjurés se porta sur l’un des familiers de Maion, Mathieu Bonnel. Allié à la plupart des familles nobles de Calabre, Mathieu Bonnel appartenait à une famille dont le nom se retrouve souvent dans l’histoire de la Sicile sous la domination normande. Fréquemment, on relève le nom de Bonnel