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POPULARITÉ DE MATHIEU BONNEL

satisfaction donnée par le roi aux adversaires de Maion. Les premiers actes du nouveau ministre indiquent qu'une réaction se produisit contre les idées du grand émir. Aux côtés de l’archidiacre de Catane, Silvestre, comte de Marsico, dont on a vu plus haut les rapports avec les conjurés, paraît avoir joué un rôle fort important. Tous deux cherchèrent à apaiser la colère du roi contre Mathieu Bonnel. Guillaume 1° dissimula ses véritables sentiments; il laissa arrêter la femme et les enfants de Maion ainsi que son frère et ses sœurs. Les biens du grand émir furent confisqués et les maisons qu'il possédait à Palerme furent achetées au roi par le comte de Marsico, Silvestre !. Les trésors que L'on trouva dans la maison de Maion furent versés au trésor royal ; en même temps, on arrêta les serviteurs du grand émir et on les soumit à la torture pour apprendre où leur maître avait caché son argent. On finit par savoir que Maion avait confié en dépôt à l'évêque de Tropéa une somme de soixante-dix mille taris qui fut confisquée.

Bientôt Henri Aristippe et le comte de Marsico poussèrent le roi à pardonner aux assassins *. Guillaume [*, cachant toujours ses véritables sentiments, parut entrer dans leurs vues et laissa rappeler à Palerme Mathieu Bonnel. Celui-ci, comptant sur sa popularité et sur l'appui de l'aristocratie crut pouvoir sans danger revenir dans la capitale. Ce fut en véritable triomphateur qu'il rentra dans Palerme, salué par les acclamations de la foule qui voyait en lui son libérateur. Pendant quelque temps la popularité de Bonnel fut extraordinaire : non seulement le peuple de Palerme, mais aussi les seigneurs et les habitants des villes du royaume tout entier obéissaient aux moindres ordres de celui qui les avait délivrés du ministre abhorré. Bonnel pouvait se croire le véritable souverain du royaume ; tout phait devant lui; nul n’osait lui résister.

1. Cela résulte de l'acte par lequel Guillaume de Marsico vendit ces mêmes maisons au roi Guillaume II (1175), Siragusa, op. cil., t. I, p. 194). Silvestre de Marsico était fils d'un comte Geoffroi. Peut-être son père est-il à identifier avec Geoffroi de Raguse, fils du comte Roger. Pirro, op. cit., p. 525. Ughelli, t. VII, p. 499; cf. Supra te lp. 902:

2. Pour tout ce qui suit, cf., Falcand, op. cit., pp. #4 et suiv., et Romuald de Salerne MG:H.SS SE XIXe: p. #31 el suiv.

. Histoire de la domination normande. II. — CHaranbon. 18

Pourtant une sourde opposition ne tarda pas à se produire contre l'assassin de Maion. Forcé de dissimuler son ressentiment, Guillaume [° regrettait toujours la mort du grand émir, et disait qu'on lui avait amputé la main droite en le privant des

services de Maion. Ces sentiments étaient entretenus par lareine,

par les eunuques du palais, et la plupart des fonctionnaires des finances, créatures de Maion. On prévenait le roi que les conjurés ne se tenaient pas pour satisfaits de la mort du ministre mais songeaient encore à s’en prendre à sa personne. Ces accusations. étaient fondées, car toutes les sources nous montrent que les adversaires de Maion, craignant la colère du roi, poussaient Mathieu Bonnel à assassiner Guillaume I‘.

Malgré les preuves de la faveur royale qu'il avait obtenues !, Mathieu Bonnel se rendit compte que Guillaume 1% ne lui avait pas pardonné. Bientôt la faveur apparente dont il avait été l’objet cessa. Guillaume I lui fit réclamer une somme de soixante mille taris dont 1l était redevable au trésor royal pour la succession de son père, somme dont Maion n'avait pas exigé le paiement. En même temps, Mathieu se vit peu à peu éloigné de la cour où Adénolf, l’un des fidèles de Maion, reprit de l’influence. La mort de l'archevêque de Palerme enlevait, à la même époque, au meurtrier du grand émir, l’un de ses plus fermes soutiens. Peu après, un neveu du chambrier Adénolf, Philippe Mansel, parut ouvertement songer à attaquer Mathieu Bonnel à main armée dans la Via Marmorea.

Mathieu Bonnel, comprenant que sa vie n’était plus en sûreté, et que ses ennemis, protégés par le roi, pouvaient à chaque instant le faire assassiner, se décida à prendre les devants et à faire disparaître Guillaume 1°". Il paraît certain que les faits que nous venons de raconter hâtèrent l'exécution du complot formé contre le roi, mais n’en furent pas la cause. Il ressort avec évidence que la mort de Maion n'avait pas suffi aux conjurés, et que presque tous ceux qui avaient pris part à la conspiration poussaient de toutes leurs forces Mathieu Bonnel à achever son

4. Huilliard Bréholles, op. cit., t. I, p. 933, Guillaume [er confirme une donation faite par Bonnel au monastère de Sant’ Angelo de Pizzis.

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