‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 272 sur 742 · NOUVELLE CONSPIRATION · texte numérisé non relu

NOUVELLE CONSPIRATION

œuvre en renversant Guillaume [® et en le remplaçant par son fils, le duc Roger. Mathieu n’osait pas s'attaquer à la personne du roi, mais le danger auquelil était exposé fit tomber toutes ses hésitations.

Mathieu Bonnel convoqua à Palerme son cousin Mathieu de Santa Lucia, et un certain nombre de seigneurs de Sicile qui avaient pris part à la conjuration. Il les mit au courant de la situation et leur montra le danger auquel les machinations du roi et de ses eunuques exposaient {ous ceux qui avaient participé à l'assassinat de Maion. Certains des conjurés proposèrent d'assassiner le chambrier Adénolf, que l’on regardait comme le chef du parti adverse. Cette mesure fut combattue par Bonnel, qui montra l’inutilité de ce second crime et déclara, que, dès l'instant que l'on avait l'appui du peuple et des chevaliers, il n'y avait pas à hésiter sur la conduite à tenir; puisque la nécessité obligeait les conjurés à répandre encore une fois le sang, C'était le roi qu'il fallait frapper. Il semble que la proposition de Mathieu Bonnel ait rencontré une certaine résistance : quelques-uns des conjurés voulaient bien déposer le roi, mais se refusaient à le tuer, soit qu'ils respectassent eux-mêmes le caractère sacré du monarque, soit qu'ils craignissent l'opposition du peuple. On décida donc de s'emparer de la personne du roi sans rien décider sur le sort qu'on lui réservait. Le jeune duc Roger, alors âgé de neuf ans, devait être proclamé à la place de son père. Pour calmer les susceptibilités de la multitude qui respectait le sang royal, les conjurés eurent soin de s'associer plusieurs des membres de la famille régnante. Ils firent appel à Simon, prince de Tarente, fils naturel de Roger IT, auquel Guillaume Ie avait enlevé le principat de Tarente, son apanage. On s'entendit également avec Tancrède, bâtard du duc Roger, fils de Roger II, que le roi retenait en prison depuis la révolte de 1156. Roger, comte d'Avellino !, se Joignit également aux conjurés, qui surent se créer des intelligences parmi les prisonniers retenus dans les cachots du palais royal, et s'entendirent notamment avec Richard de Mandra, et Guillaume du Principat ?.

1. Sur Roger d’Avellino cf. supra, t. IT, p. 62, note 2. 2. Guillaume du Principat est le frère de Nicolas, comte du Principat,

Ughelli, VII, p. 398 ; tous deux sont fils du comte Guillaume, qui avait

Restait à trouver le moyen dese rendre maître de la personne du roi. Il n'y avait pas à tenter de s'emparerpar la force, du palais royal, dont les fortifications bravaient toutes les attaques. Le châtelain Mauger, qui commandait la garde royale forte de trois cents hommes, était incorruptible, et l'on ne pouvait songer à le gagner sans donner l'éveil. Les conjurés furent plus heureux auprès du gavarret du palais royal, auquel Mauger avait confié le soin de garder le palais et de veiller sur Les prisonniers. Il fut convenu qu’au moment fixé le gavarret mettrait les prisonniers en liberté et leur donnerait des armes. Comme les prisons se trouvaient dans la partie du palais contiguë à la Tour Grecque, les dispositions prises permettaient aux conjurés de se trouver en force à l'intérieur de la demeure royale avant que l'éveil pût être donné.

Tout étant convenu et le jour fixé pour l'exécution du complot, Mathieu Bonnel quitta Palerme et se rendit à Mistretta ! pour mettre ses châteaux en état de défense. En partant, il recommanda à ses complices de se garder de toute imprudence et de l'avertir à la première apparence d'un danger quelconque ; il leur promit de revenir au premier signal et d'amener avec lui des forces importantes. Les conseils de Bonnel ne furent pas suivis et l'un des conjurés, voulant mettre un chevalier de ses amis au courant du complot, lui révéla les desseins des conspirateurs. Le hasard voulut que le chevalier ainsi renseigné confiàt lui-même à un autre des conjurés l'intention où il était de tout révéler au roi. À cette nouvelle, les conspirateurs, craignant d'être découverts, décidèrent de ne pas attendre le retour de Mathieu Bonnel et d'agir immédiatement. Dans la matinée du 9 mars 1161, à l'heure où le roi, après s'être entretenu des affaires du royaume avec Henri Aristippe, avait coutume d'entendre la messe, le gavarret ouvrit les prisons du palais. Les prisonniers armés se

joignent aux conjJurés qui viennent d'être introduits, et tous suivent le prince Simon et Tancrède qui, à travers le palais, les

succédé à son père, Robert, fils de Guillaume de Hauteville, Muratori, Ant. It.,t. 1, p. 223, Archives de la Cava, E, 5; E. #75 EF, 45; G. 15. 1. Mistretta, ch.-L. de circond., prov. de Messine.

CAPTIVITÉ DU ROI Dai

conduisent à la pièce où se trouvent le roi et Henri Aristippe. Guillaume 1° en voyant entrer son frère et son neveu qu'il croit en prison est frappé de slupeur; il cherche à fuir ; il réussit à ouvrir l'une des fenêtres de la Tour Pisane et se met à appeler les passants à son secours, mais, en un instant, il est entouré et fait prisonnier; deux des conjurés, Guillaume, comte de Lesina, et Robert de Bova tirent l'épée et s'apprêtent à assassiner le roi. Malgré ses prières et ses offres d’abdiquer, Guillaume 1° allait être égorgé, quand l’un des conjurés, Richard de Mandra, se précipitant à son secours, lui fit un bouclier de son corps. L’intervention de Richard sauva la vie du roi que l’on se contenta de garder à vue. La reine et ses fils sont également arrêtés.

Une fois maîtres de la famille royale, les conjurés mirent le palais au pillage, tandis que les uns remplissent de taris tous les récipients qu'ils peuvent trouver, les autres mettent la main sur les pierres précieuses et les riches étoffes dont le palais est rempli. Au milieu du désordre on brûle les registres où sont inscrits les fiefs et les services qu'ils doivent. Effrayés par le tumulte, une partie des eunuques se sont enfuis; ceux qui n'ont pu échapper, tombent sous le poignard des conjurés qui forcent les portes du harem royal, et violent les femmes du roi.

Cependant, le bruit de l'attentat dont le roi vient d’être victime s’est répandu dans la ville, et bientôt la foule se presse aux portes du palais ; pour la gagner, les conjurés lui jettent à pleines mains des pièces de monnaie. Le tumulte ne fait que grandir ; certains profitent de la confusion, qui règne partout, pour aller attaquer les Musulmans et piller leurs boutiques ou leurs comptoirs. Surpris par l’imprévu de cette attaque, les Musulmans, auxquels un règlement de police interdisait de porter des armes, sont forcés de se réfugier, à la hâte, dans leur quartier au delà du Papireto ; ils s'organisent, et l’étroitesse des rues leur permet de repousser l'attaque des assaillants.

Pendant ce temps, les conjurés, qui n'étaient pas sans crainte sur les suites de l’effervescence populaire et craignaient un soulèvement en faveur du roi, se saisissent du fils aîné de Guillaume T°, le duc Roger, et le font monter à cheval. Le jeune prince est promené à travers les rues de la ville et l’on annonce

au peuple quil sera couronné roi, dès le retour de Mathieu Bonnel. La nuit venue, les conjurés s’enferment dans le palais et attendent le jour. Le 10 mars, on promène de nouveau le duc Roger à travers la ville, mais il semble que les conjurés aient été divisés. Nous voyons, en elfet, que tout un parti, ayant à sa tête Gautier Ophamil, le précepteur du jeune duc, exhorte la foule à prêter serment de fidélité au prince Simon, fils de Roger IT. Malgré leurs rivalités et leurs divisions, les conjurés demeurèrent, pendant quelques jours, les maîtres de la capitale. Le nom de Mathieu Bonnel avait suffi à calmer l'émotion populaire et l'on put croire un moment que la déposition de Guillaume [°° s’accomplirait sans rencontrer d'opposition dans le peuple de Palerme.

Les meneurs de la révolte ne surent pas profiter de ce calme momentané; leurs divisions les empêchèrent de se prononcer pour Roger ou pour Simon. Pour se décider, ils attendirent que Mathieu Bonnel fut de retour à Palerme. Ce fut là une lourde faute, car le parti vaincu put se reprendre et s'organiser. On commença à répandre dans le peuple des bruits défavorables aux conjurés ; le pillage du palais avait produit un effet déplorable ; on ne tarda pas à s'apitoyer sur le sort du roi retenu prisonnier ; on blâma l’avidité des conjurés qui s'étaient emparés des trésors

amassés pour la défense du royaume. Peu à peu, dans le peuple

les sentiments de loyalisme se réveillèrent et bientôt, par un revirement subit, toute la Sicile fut hostile aux conjurés, dont la division et l'incapacité éclataient à tous les yeux.

Ce changement de l'opinion publique doit être attribué en grande partie aux manœuvres du haut clergé dont les membres résidaient à la cour. Romuald, archévêque de Salerne, Robert, évêque de Messine, Tristan, évêque de Mazzara, et Richard Palmer, élu de Syracuse, furent les chefs de ce mouvement ; ils ne voyaient nul avantage à laisser les représentants de l'aristocratie prendre à leurs dépens, une place prépondérante dans le conseil du roi. Certains d’entre eux avaient été hostiles à Maion, mais tous semblent avoir respecté le caractère sacré que la cérémonie du sacre avait donné à la personne du roi, et avoir blâmé l'attentat dont Guillaume [® avait été victime. Grâce à leurs efforts,

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