ROBERT DE CAPOUE ET LES PISANS
bliques s'entendirent et promirent à Robert de lui fournir, au mois de mars de l’année suivante, un secours de cent navires.
Venise s'engagea aussi, semble-t-il, à appuyer le prince de Capoue !, qui revint à Rome pour mettre Innocent II au courant des négociations. Dans le courant de l'été, le pape et le prince de Capoue quittèrent Rome pour regagner Pise ?. Rome était en effet, après le départ de Lothaire, devenue intenable pour Innocent [[%. Une fois que ce dernier eut quitté la ville, la situation d'Anaclet Il fut encore plus forte; en même temps, nous voyons que l'alliance du pape et du roi de Sicile est plus intime que Jamais. En effet, le 29 janvier 1134, Jean Pierleoni, se reconnassait vassal du roi de Sicile et lui prêtait hommage de fidélité pour tous les châteaux qu'il possédait lui-même, ainsi que pour ceux que tenaient ses frères Léon, Roger, Jourdain et ses neveux Pierre, Ugello et Gratien ‘.
Durant les premiers mois de l’année 1134, les négociations se poursuivirent activement entre les ennemis de Roger, quoiqu'il semble que Lothaire retenu par les événements d'Allemagne se soit alors un peu désintéressé des alfaires d'Italie. L'accord, auquel aboutirent tous ces pourparlers, fut soumis, à la fin de février, par le prince de Capoue de retour dans ses États à la ratification de ses alliés *. Robert était accompagné de deux des consuls de Pise, qui amenaient un premier secours de mille hommes. L’accord, conclu à Pise en présence d’Innocent IL, fut ratifié, par les seigneurs normands, qu s'engagèrent à verser aux Pisans trois mille livres d'argent. Cette somme fut payée par les églises de Naples et de Capoue; elle fut aussitôt portée à Pise par Gré-
Falco Benev., loc. cit.
Le 2 septembre, Innocent IL est à Segni, et le 16 novembre à Pise. Jaffé-L., 7635 et 7636.
3. Ann. Pis., M. G. H.S., t. XIX, p. 240. Cf. Jaffé-L., 8426, qui donne la version d'Anaclet IT, sur le départ d’Innocent, et 7652, qui fournit la version d’'Innocent. Cf. saint Bernard, Epist., n° 129 et 130, dans Migne, P. L.,t. 182, et Boson, Vita Innocentüll, dans Lib. Pont., t. Il, p.382, qui glisse sur le départ d’Innocent II el ses causes.
4. CE, P. Kehr, Diploma purpureo di re Roggero IL per la casa Pierleoni dans Archivio della socielà rom. di storia patria, t. XXIV, p. 258.
>. Falco Benev., ad an., p.226 ; le # des Kalendes de Mars = 25 février, d’après le mode de compter de Falcon : Al. Æek 4156, p.428.
Histoire de la domination normande. II. — Cnaraxbox.
goire, élu de Bénévent, qui fut chargé de hâter l'envoi des secours.
I1 semble, d’après Falcon, que les contingents fournis par les Pisans durent être envoyés au mois de mars 11341, mais en dehors des mille hommes ramenés par le prince de Capoue, il n’y eut pas d'expédition pisane ou génoise en 1134. Deux lettres de saint Bernard nous expliquent ce retard. Roger IT, qui avait passé tout l'hiver en Sicile, était entré, lui aussi, en négociations avec Gênes et Pise et avait envoyé des ambassadeursaux deux répu-
bliques. Voici ce qu'écrit à ce sujet l'abbé de Clairvaux : «0 Génois,
« conservez la paix avec vos frères les Pisans, la foi au seigneur « pape, la fidélité à l'empereur et l'honneur envers vous-mêmes. Nous avons appris que le due Roger vous avait envoyé des ambassadeurs. Qu’apportaient-ils, qu’ont-ils remporté ? Je l'ignore, mais pour moi, comme le poète, J'ai toujours craint les Grecs et leurs présents. Si quelqu'un parmi vous, ce qu'à Dieu ne plaise, était surpris étendant la main vers un gain honteux, observez-le, tenez-le pour l'ennemi de votre nom, pour un traître qui vend ses concitoyens, qui trafique de votre gloire. Traitez avec la même rigueur celui qui murmure dans le peuple, qui sème la discorde et cherche à troubler la paix. S'il vous plait de guerroyer, si vous avez à cœur de montrer votre courage, ne tournez pas vos armes contre des voisins et des amis, mais attaquez plutôt les ennemis de l'Église et défendez votre république contre l'ambition des
Siciliens ?. »
De même, il écrit aux Pisans que la Providence a dit à Innocent : « Choisis Pise et je répandrai sur elle mes plus abon- « dantes bénédictions, j'y demeurerai moi-même ; c’est par moi « que la fermeté des Pisans résistera au pernicieux dessein du
tyran de la Sicile; ni les menaces ne l’ébranleront, ni les
présents ne la corrompront, ni les ruses ne parviendront à la circonvenir ?. »
1. Falco Benev., ad an. 1133, p. 222. Cf. AI. Tel., II, 55-56, pp. 122-123, qui montre qu'on attend l’arrivée des secours.
2, Saint Bernard, Epist., n° 129, dans Migne, P. L., 182, col. 283. Parlant des événements de l’année 1133, il dit anno præterilo.
3. 1d., Epist., 130, col. 285. Cf. Vacandard, op. cit., t. [, p. 362.