FRÉDÉRIC BARBEROUSSE EN ITALIE
IL semble qu'après cette première campagne, une partie de l’armée normande soit demeurée sur le pied de guerre, pendant l'hiver 1167, et ait surveillé la frontière. Quand, au printemps, Barberousse vint assiéger Ancône, les troupes de Guillaume II étaient massées dans la région traversée par le Tronto'. Leur présence fut signalée à Barberousse, qui, sur de faux renseignements, crut que Guillaume IT lui-même avait pris le commandement de son armée. Laissant devant Ancône le gros de ses troupes, l’empereur s'avança au-devant des Normands, qui avaient franchi le Tronto. Leur chef, sans doute Gilbert de Gravina, pensant qu'il allait avoir à soutenir l'attaque de toute l’armée allemande, donna l’ordre de repasser le fleuve. Poursuivis par les Allemands, les Normands s’enfuirent en laissant aux mains de l'ennemi quelques trainards. Le succès de Barberousse paraît d’ailleurs avoir été fort peu important ; le seul résultat de sa victoire aurait été de faire tomber en son pouvoir un chàteau du comte de Loritello, dont les soldats de Guillaume II s'étaient emparés. Nous sommes, d'ailleurs, fort imparfaitement renseignés sur ces événements dont les sources italiennes ne font aucune mention. Bien plus, on peut croire que les données, qui nous sont fournies par une chronique étrangère, sont même sujettes à caution. En effet, quand, en 1176, à Venise, Barberousse reçut les envoyés siciliens, il déclara que jamais il n'avait attaqué les États de leur maître . Si l’on prenait ces paroles au pied de la lettre, on serait amené à rejeter comme fabuleux le récit sur lequel nous nous appuyons. Il me paraît toutefois qu'il convient de ne point exagérer, et que l’on peut admettre que, en 1167, il y a eu simplement un combat à la frontière. Nous verrons qu'il en a été de même, en 1173, dans l'expédition dirigée par Christian de Mayence ; or cette dernière tentative n’a pas empêché Barberousse de déclarer qu al n'avait jamais attaqué les États de Guillaume Il.
La victoire des troupes de Barberousse devait être sans lende-
4. Anon. Chron. Laudun., M.G.H.SS., t. XVIII, p. 652. Cf. Geoffroi de Viterbe, Gesta Friderici, M.G.H.SS., t. XX, p. 320 et suiv. 2. Romuald de Salerne, dans M.G.H.SS., t. XIX, p. 436.
main, car bientôt l’empereur fut rappelé! par l'important succès remporté sur les Romains, devant Monteporzio, par Christian de Mayence ?, aux côtés duquel nous trouvons le comte de Loritello et André de Rupecanina (29 mai 1167). Ce retentissant échec de ses partisans amoindrit singulièrement le prestige d'Alexandre TIT dont la situation à Rome était déjà devenue très difficile à la suite des distributions d'argent faites aux Romains par les défenseurs de la cause impériale *. Le pape et les cardinaux durent quitter le Latran et chercher un abri à la Turris cartularia sous la protection des Frangipani*.
Dans ces circonstances périlleuses, la cour de Palerme n’abandonna pas le pape, car elle craignait de le voir tomber au pouvoir de l’empereur. Deux vaisseaux siciliens réussirent à remonter le Tibre et conduisirent jusqu’à Rome les envoyés du roi de Sicile 5. Ceux-ci avaient mission de remettre au pape des subsides importants et de lui offrir de l'emmener hors de Rome. Alexandre IIT hésita quelque temps sur le parti à prendre et fit attendre pendant huit jours les galères siciliennes; finalement, le pape vit qu'il pourrait se maintenir dans Rome; il se décida donc à y demeurer et profita de l'argent, mis à sa disposition par Guillaume IT, pour mettre la ville en état de défense et faire des largesses aux Pierleoni et aux Frangipani; il n'eut garde
d'oublier les Romains, et nous savons que des sommes importantes furent distribuées dans chacun des postes établis aux diverses portes de la ville. Toutefois, le pape utilisa les vaisseaux normands pour faire sortir de Rome deux cardinaux qu'il
envoyait, pour des raisons qui nous sont inconnues, à San Germano. Au bout de peu de temps, Alexandre III, convaincu de l'impossibilité de se maintenir dans Rome, dut regretter le parti auquel il s'était arrêté. Les Romains, poussés par les agents de l’empereur, réclamaient à grands cris l’abdication du pape qui se décida à quitter Rome où il ne se trouvait plus en sûreté.