ÉLECTION DE TANCRÈDE
Nous connaissons fort mal l’histoire de l'élection du succes-
seur de Guillaume IT. Néanmoins, du peu que nous savons, il résulte avec évidence, que ce fut Mathieu d'Ajello qui emporta l'élection de son candidat. Pierre d'Eboli nous a dépeint les intrigues dont la cour de Palerme fut alors le théâtre. Tout ne se passa pas tranquillement, et des troubles se produisirent qui ensanglantèrent les rues de la ville. Les partisans des compétiteurs en présence avaient recours à tous les moyens pour assurer l'élection de leur candidat. Le vice-chancelier fit preuve d’une activité remarquable, et réussit à surmonter d’abord l’opposition que la candidature de Tancrède rencontrait parmi les conseillers du feu roi. Par des prières, des menaces, des présents habilement distribués, Mathieu d’Ajello gagna au comte de Lecce les suffrages d’une partie de ses adversaires, mais il échoua auprès de Gautier.
Dans sa campagne électorale, Mathieu fit appel à la haine contre les Allemands, il montra que laisser Constance recueillir la couronne, c'était livrer le royaume aux Allemands; d'autre part, il était impossible, disait-il, de choisir le comte d’Andria à cause de ses mœurs décriées. Le résultat de tous ces discours était que Tancrède était le seul candidat dont l'élection fut favorable aux intérêts du royaume. En même temps, le vice-chancelier faisait travailler par ses agents l’opinion publique, afin d'amener le peuple de Palerme à exiger le jour de l'élection que les suffrages se portassent sur Tancrède. Le but poursuivi fut d'autant plus facile à atteindre que Tancrède était de sang royal. Sa naissance lui assurait les sympathies de la foule, et Richard de San Germano dit expressément que ce fut là ce qui décida le choix des électeurs !,
I semble bien que, en même temps ?, le chancelier ait cherché à obtenir l'appui du pape. La crainte de voir le royaume normand réuni à l'empire rendit Clément III favorable à la cause de Tancrède, car une source mentionne que le comte de Lecce fut élu avec le consentement du pape 5. Sur l'élection
j. Pierre d’Eboli, op. cit., v. 120 et suiv.
2. Richard de San Germano, M.G.H.SS,, t. XIX, p. 324. 3. Ann. Casin., ad an. 1190, dans M.G.H.SS., t.XIX, p. 314
même nous ne possédons aucun renseignement ; la composition
du corps électoral nous est inconnue ; à en croire les Annales Ceccanenses, 1l aurait été assez réduit et n'aurait compris que les archevêques, les évêques et les comtes composant la curia 1.
Ce renseignement est admissible, car il résulte des données que nous fournit Pierre d'Eboli, qu'il dut s'écouler peu de témpsentre la mort de Guillaume IT et le choix de son successeur, puisque Tancrède n'était pas encore arrivé à Palerme lors de l'élection. Sur celle-ci on peut tirer quelques renseignements des miniatures qui ornent le manuscrit de Pierre d'Ebohi. Le miniaturiste qui a enluminé ce précieux manuscrit a représenté les barons acclamant la candidature du comte d'Andria et, à côté, il nous montre le peuple demandant Tancrède comme roi. Comme l’artiste était, sans doute, contemporain des événements, on peut attribuer une réelle valeur à son témoignage et l'on est amené à admettre que le peuple a joué un rôle important dans l’élection du successeur de Guillaume IT. Cette opinion est d’ailleurs confirmée par un passage de la Chronique de Saint Barthélemy de Carpineto où il est dit que Tancrède fut élu par le peuple ?.
Aucun document ne nous permet d'établir à quelle date exacte Tancrède a été nommé roi; nous sommes relativement à son couronnement dans une égale ignorance. D’après la Chronique de Sainte-Marie de Ferrare, Tancrède aurait été couronné le 8 décembre 1189. Les Annales du Mont-Cassin placent cet événement en janvier 1190 ‘et les Annales siciliennes le reportent jusqu’au mois de mars de la même année ?. Parmi les diplômes de Tancrède que nous possédons, un seul par sa date de mois peut nous servir à élucider la question; il est de janvier 11926. La chancellerie royale compte alors la deuxième année du règne. Les actes privés qui pourraient nous aider n’éclairent pas
4. Ann. Ceccan., dans M.G.H.SS., t. XIX, p. 288. 2."Ughell/t.X"p. 980:
. Chron.Her.)éd'Gaudenzi®p.32; Ann. Gas, MGHSS., 4 XIX; p814.
5. Ann. sic., M.G.H.SS., t. XIX, p. 496. Cf. Appendice à Malaterra dans Muratoni, R:ISS.;1,V;-p. 603: