Cf Tœche, op. cit., pp
Histoire de la domination normande. II.— CHALANDON. 28
à ce moment, la situation de Tancrède se fût sensiblement améliorée ; néanmoins, le mécontement de l'aristocratie, bien que latent et attendant la venue de Constance pour éclater, rendait fort précaire l’autorité royale. Nous en trouvons la preuve dans le fait suivant : pendant l'été 1190, le mari de Constance avait envoyé l'archevêque de Mayence, Conrad, et le chancelier Diether dans l'Italie du Sud; or quand ceux-ci revinrent auprès de leur maître, ils lui donnèrent les plus favorables nouvelles sur l’état des esprits !.
Notons ici qu'en présence de la révolte de l’aristocratie, le roi fut amené à chercher un appui dans la bourgeoisie des villes. Rien que pour l'année 1190, nous possédons un privilège pour Barletta?, un autre pour Sessa #, un troisième pour Naples *.
A peine Tancrède avait-il réussi à faire reconnaître son autorité par ses vassaux rebelles et à ramener une certaine tranquillité dans ses États, que l’arrivée des croisés en Sicile lui suscita de nouveaux embarras. Les difficultés, avec lesquelles le roi de Sicile se trouva alors aux prises, furent, semble-t-il, la conséquence de la politique suivie à l'égard de la croisade par son prédécesseur.
Nous avons vu plus haut avec quel intérêt passionné Guillaume II avait suivi les événements d'Orient, avec quelle hâte il avait envoyé sa flotte au secours des chrétiens de Terre Sainte ©. Toute la conduite du roi de Sicile indique fort clairement qu'il chercha à profiter des circonstances pour jouer dans la croisade un rôle prépondérant. Il est, en effet, fort probable que Guillaume IT ne s'est pas contenté d'envoyer Margarit en Orient, mais qu'il a cherché encore à avoir la haute main sur
4. Chr. regia Colon.,éd. Waitz, M.G.H., in-8 p. 147; cf. Rühricht, Die Rüslungen des Abendlandes zum dritten grossen Kreuzzuge, dans Historiche Zeitschrift deSybel, t. XXXIV (1875), pp. 1-73.