GUILLAUME IIL ET LA FIN DE LA DYNASTIE NORMANDE
À peine les flottes de Philippe Auguste et de Richard Cœur de Lion avaient-elles quitté le port de Messine, à peine Tancrède se trouvait-1l débarrassé de la présence encombrante des Français et des Anglais, qu'un nouvel orage vint s’abattre sur ses États. Trois semaines, en effet, ne s'étaient pas écoulées depuis Le départ des croisés que les Allemands franchissant le Garigliano envahissaient le royaume de Sicile.
La guerre, qui éclatait ainsi, était dès longtemps prévue, et seule la mort de Barberousse avait retardé l'ouverture des hostilités. En effet, dès le mois de novembre 1190, Henri avait jugé que la situation intérieure de l'Allemagne lui permettait de quitter les États de son père, pour aller revendiquer par la force l'héritage de sa femme Constance. L'armée allemande était déja en marche, quand on apprit que l’empereur Frédéric et le landgrave de Thuringe étaient morts pendant la croisade. L'expédition commencée fut aussitôt arrêtée, car Henri VI dut se rendre en Thuringe pour y maintenir l'ordre !. Au bout de peu de temps, le nouveau roi des Romains put reprendre ses projets italiens, et dès le mois de Janvier 1191, il avait franchi les Alpes ?. Son expédition avait, dès lors, un double but; il ne s'agissait plus seulement de conquérir les États de Tancrède, mais encore de recevoir à Rome la couronne impériale.
Désireux de ne pas voir ses projets sur l'Italie du Sud entravés par des difficultés avec le pape, Henri VI, dès qu’il apprit la
1. Chr. reg. Colon., éd. Waitz, dans M.G.H.SS., in-8, p. 148; Ann. Stederburg., M.G.H.SS., t. XVI, p. 223. Cf. Toeche, op. cit., p. 166. 2. Le 6 janvier il est à Bozen. Stumpf, n° 4666.
mort de son père, envoya des ambassadeurs au Sénat de Rome et au pape Clément III. Les ouvertures du futur empereur paraissent avoir été favorablement accueillies, car nous savons que les légats impériaux revinrent bientôt lui annoncer que son couronnement ne rencontrerait pas d’obstacle !. Pourtant ici un point demeure obscur. Comment concilier la promesse du pape d'accorder à Henri VI la couronne impériale avec les projets de ce dernier sur la Sicile. Clément II, fidèle à la politique traditionnelle du Saint-Siège, désirait le maintien de l’état de choses existant dans l'Italie du Sud. On a vu qu'il avait favorisé l'usurpation de Tancrède. Laisser l’empereur mettre la main sur le royaume de Sicile, c'était rompre l’équilibre italien établi par la papauté au prix de longs efforts, c'était miner tout d'un coup l'édifice politique que les papes avaient si laborieusement construit. Une fois le royaume de Sicile au pouvoir de l’empereur, la papauté allait se trouver privée du soutien qui, depuis un siècle, lui avait permis de faire en Italie échec aux ambitions impériales. Clément III était certainement hostile aux desseins d'Henri VI. Nous ne savons pas si dans les négociations avec le fils de Barberousse la question du royaume normand a été posée. Peutêtre le pape ne s'est-il pas senti assez fort pour résister ouvertement; peut-être aussi s'est-il réservé de traiter directement cette question avec Henri VI avant de le couronner.
Nous n'avons point à parler ici de la traversée de l'Italie du Nord par Henri VI; disons seulement que celui-ci paraît avoir eu grande hâte d'arriver à Rome et de se débarrasser au plus tôt de la formalité du couronnement, afin de pouvoir ensuite se donner tout entier à la guerre contre la Sicile. En cours de route, Henri s’assura contre Tancrède l'appui de flotte pisane. Déjà, au mois de septembre 1190, Pise avait obtenu de lui divers privilèges. Le 1% mars 1191 fut renouvelé le traité que les Pisans avaient conclu avec Barberousse en 1162 ?. Nous ne reviendrons pas sur cet accord dont les clauses furent analogues à celles du traité de
1162. C’est, sans doute, vers la même époque que commencèrent