Cf. infra, p
2. Ann. Casin., cod. 4, 5, dans M.G.H.SS., t. XIX, p. 315; Richard de San Germano, lbid., p. 326.
TANCRÈDE ET CÉLESTIN ill 461
tilité de Célestin III envers les projets impériaux. Nous en trouvons dans le fait suivant une preuve évidente. Le 5 août 1191, à un moment où les nombreuses défections qui s'étaient produites dans l’armée allemande, laissaient déjà prévoir l'échec final, le pape accorda à Henri le Lion le privilège de ne pouvoir être excommunié que par le pape ou ses légats !. Par là, Célestin IT prenait ouvertement le parti des ennemis de l’empereur ; il espérait évidemment que la rébellion, quiallait éclater en Allemagne, empêcherait Henri VI de poursuivre son expédition, ou si, comme c'est fort probable, il escomptait déjà la levée du siège de Naples, il devait croire à ce moment, que la situation intérieure de ses États ne permettrait pas de longtemps à l’empereur de revenir en Italie.
L'échec de l'expédition et la retraite de l'armée allemande permirent à Célestin IT de marquer plus nettement ses vues sur l'Italie du Sud. La fortune sembla, alors, tourner en faveur de Tancrède ; 1l avait en son pouvoir un otage précieux, l'impératrice Constance, et dans les derniers mois de 1191, les troupes normandes avaient remporté de notables succès. Célestin IT, vers la fin de cette année, se trouva en présence d’une situation politique qui n'était point nouvelle. Déjà, plus d’une fois, les tentatives infructueuses des empereurs allemands avaient eu pour conséquence un nouvel essor de la puissance normande ; déjà, plus d’une fois après l'avortement de leurs projets de conquête de l'Italie méridionale, les prédécesseurs d'Henri VI avaient dû, sans rien abandonner de leurs prétentions théoriques, renoncer provisoirement à soumettre l'État normand. Célestin HI crut que le moment était venu d'offrir sa médiation, il espérait que son intervention amicale amènerait, sinon la fin du conflit, tout au moins la conclusion d'une trêve. Cette solution, 1l est vrai, ne serait que provisoire, mais 1l y avait si longtemps que la situation de l'État normand vis-à-vis de l’empire n'était que provisoire. La ligne de conduite suivie par le pape était conforme à la politique traditionnelle du Saint- Siège, et devait permettre à l'autorité pontificale, en maintenant