Paesano, op. cit., t. II, p
RÉGENCE DE LA REINE SIBILLE 477 Tancrède n'ait pas été satisfait de son choix, car nous voyons qu'il réduisait à 11.000 taris la somme de 29.900 taris jusque-là payée à l'église de Palerme par le trésor !, Soucieux avant tout de ses intérêts, un des premiers soins de Barthélemy sera de se faire rendre par la régente ce que Tancrède lui avait enlevé, mais l'archevêque de Palerme ne semble pas avoir pris à cœur de faire triompher la cause du jeune roi.
À l'extérieur, Sibille n'avait pour elle que l'appui du pape, car la révolte de Constantin l'Ange l'empéchait de pouvoir compter sur le secours du basileus de Constantinople, qui avait, en outre, à soutenir une guerre contre les Valaques et les Bulgares ?, et les intrigues de l’empereur allemand allaient lui enlever tous les appuis sur lesquels elle aurait pu compter.
Après son échec devant Naples. Henri VI n'abandonna point ses projets sur le royaume de Sicile, et, pendant les années qui suivirent, la préparation d'une nouvelle expédition contre Tancrède demeura sa seule préoccupation. Si, en 1192 et en 1193, la situation politique de ses Etats ne lui permit pas de poursuivre la réalisation immédiate de ses desseins ?, l'empereur, néanmoins, ne perdit pas de vue les événements dont l'Italie du Sud était alors le théâtre. Les contingents allemands laissés dans les places normandes, qu'Henri VI avait réussi à conserver, ne furent point abandonnés à leurs seules ressources et purent, grâce aux renforts amenés par Berthold, continuer la lutte. Les Allemands furent en état, non seulement de se maintenir dans la plupart des postes fortifiés, qui du côté de l'État pontifical commandaient la frontière, mais encore de harceler les troupes normandes par des attaques continuelles, dont nous avons donné précédemment le détail. Grâce à eux, l'entrée du royaume demeura ouverte aux armées impériales et Henri VI pouvait espérer pénétrer sans grande difficulté jusqu'au point où il avait été forcé de s'arrêter en 1191, c'est-à-dire jusqu'à Naples.
Mongitore, op. cit., p. 60.
Cf. Lebeau, op. cit., t. XVI, p. 456, et Jirecek, op. cil. p, 282,
3. Cf. Tœche, op. cit., pp. 209-246, 301 et suiv. : Bloch, op. cit., pp. 18- 54; Heinemann, Heinrich von Braunschweig Pfalzgraf bei Rhein (Gotha, 1882), p. 27 et suiv.
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Durant toute cette période, l'empereur, parallèlement à l'action militaire, poursuivit toute une campagne diplomatique dont le but était d'isoler complètement le roi de Sicile. Henri VI ne pouvait guère se faire d'illusions sur l'opposition que ses projets rencontraient auprès du pape, dont toute la conduite politique témoignait, comme on l'a vu, d'une hostilité évidente à l'établissement de la domination impériale dans l'Italie du Sud. Henri VI, craignant que, à l’appel de Célestin IL, ilne se formât une nouvelle ligue lombarde, et que l’alliance de Tancrède avec les villes de l'Italie du Nord ne l'empéchât de réaliser la réunion de la Sicile à ses États, s'appliqua à gagner à sa cause les villes italiennes afin d'enlever au pape tout appui dans la Péninsule, et en même temps chercha à isoler Tancrède en lui ôtant tout le bénéfice de l'alliance qu'il avait contractée avec le roi d'Angleterre, et sans doute aussi avec Henri de Brunswick !.
La rivalité de Philippe Auguste et de Richard Cœur de Lion permit à l’empereur d'atteindre facilement le but qu'il se proposait, et quand le premier revint de la croisade, Henri VI s’entendit avec lui et le poussa à déclarer la guerre à Richard e En lançant ainsi le roi de France à l'attaque des terres du roi d'Angleterre, l'empereur pouvait à bon droit espérer que Richard, à son retour dans ses États, serait trop occupé par la guerre française pour avoir le ‘loisir d'intervenir dans les affaires de Sicile. Le calcul était habile, mais l'événement, grâce à un heureux hasard, dépassa les prévisions les plus optimistes. Quelques mois plus tard, en effet, Richard d'Angleterre fait prisonnier par le duc d'Autriche, Léopold (21 décembre 1192) *, était livré à Henri VI (14 février 1193) . L'empereur imposa à son prisonnier les conditions les plus dures ; il obligea Richard à le reconnaître comme son suzerain et le contraignit, non seulement à
payer une très forte rançon, mais encore à prendre l'engagement
de fournir pour l'expédition de Sicile un contingent de deux cents