‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 471 sur 742 · LA CONDITION DES TERRES · texte numérisé non relu

LA CONDITION DES TERRES

les terres qui leur étaient soumises. Enfin, les Musulmans tout en apportant leur législation particulière, paraissent bien avoir usé d’une certaine tolérance et avoir laissé subsister tout au moins en quelques endroits des traces de l’état de choses qui avait précédé leur conquête f.

Tant que les Normands ne furent que des chefs de bandes, on ne peut parler d'institutions régulièrement établies. On vit, alors, se former en Pouille et en Calabre toute une série de principautés indépendantes soumises chacune à un comte dont l'autorité s'exerçait sans contrôle. En cas de guerre, l’ensemble de ces principautés formaient une fédération, en ce sens seulement que

tous les chefs se réunissaient et acceptaient temporairement la suprématie de celui qu'ils avaient choisi pour les comman-

der.

Sans doute, les Normands tout imbus des principes de la féodalité, les ont appliqués à leurs conquêtes. Les chefs ont dû répartir entre leurs principaux compagnons, les terres conquises à charge de service militaire ; et ont gardé, pour eux-mêmes, les conquêtes les plus importantes ?. Mais, il faut se garder de voir

salique. D'autre part, jamais un texte diplomatique ou narratif ne fait allusion à une terre « tenue » d’un seigneur par un seigneur vassal, Les comtes et les gastalds exercent à leur profit l'autorité dont ils étaient investis en tant que fonctionnaires, ils ne l’exercent pas en vertu de droits que créerait pour eux l'existence d’une relation vassalique entre eux et des barons placés sous leur suzeraineté. L'analogie entre la situation des seigneurs lombards et des feudataires de France, de Germanie ou de l'Italie impériale n’est qu'apparente. C'est une féodalité si l’on veut, puisqu'il s'agit aussi d'anciens fonctionnaires devenus héréditaires et indépendants, mais c’est une féodalité sans vassalité et sans fiefs, » Cf. R. Poupardin, Etude sur les institulions politiques et administratives des principautés lombardes de l'Italie méridionale du IX® au XIe siècle (Paris, 1907), in-8, p. 60.

1. Cf. Amari, op. cilt., t. IT, p. 258 et suiv. et p. 395 et suiv.

2. À ce sujet, les chroniques ne laissent aucun doute ; quand arrive Roger, Guiscard lui donne de l'argent et l'envoie guerroyer. Les conquêtes de Roger dépendent certainement de Guiscard : « {erra ad suam et fratris fidelilatem ordinata » dit Malaterra, I, 19 et 20. De même, Guiscard concède à son frère la moitié de la Calabre, /d., I, 29, ou encore Mileto « hereditaliter a fratre habens », Id., I, 32. Len est de même, en Sicile. « Concessit Siciliam de se habendam », Id., Il, 45, et Id., IV, 14 « terram, ut a duce concessum erat, inter se dividentes »; Léon d’Ostie, IIT, 16, appelle Roger l'homme du duc de Pouille ; de même Eadmer, Vita sancti Anselmi, dans Migne, P. L., t. CLVITT, col. 102. Romuald de Salerne, dans M.G.H.SS., t. XIX, p. #18,

dès le début une société féodale rigoureusement organisée. Les Normands pendant assez longtemps ont formé de véritables bandes

de brigands, bien plus qu'un État.

Un tel établissement à cette époque constituait une anomalie, puisque ces chefs normands ne reconnaissaient pas de seigneur. La situation se modifia quand le prince de Capoue et Robert de Guiscard eurent été investis régulièrement par le pape. Mais, le titre conféré fut longtemps illusoire et Guiscard dut lutter pour faire reconnaître sa suprématie par les autres chefs normands, qui jusque-là avaient été ses égaux : d’où les longues guerres entre les Normands dont le récit a été fait précédemment, et qui eurent pour résultat l'établissement en Pouille et en Calabre de l’organisation féodale. Ce ne fut, toutefois, que sous Roger II que cessa définitivement la dualité de commandement, quand le prince de Capoue dut reconnaître le roi comme son seigneur. D'ailleurs, le souvenir de l’ancienne égalité entre les chefs conquérants, subsista longtemps; c’est ce qui explique les fréquentes révoltes quiarmèrent les descendants des premiers seigneurs contre les successeurs de Robert.

Voilà pour la Pouille et la Calabre. En ce qui concerne la Sicile, l’origine du nouvel ordre de choses est un peu différente. La première expédition normande, fut dirigée contre ce pays par Guiscard et Roger, son frère et son vassal. Après leurs premiers succès, Robert retint pour lui la haute suzeraineté sur la future conquête et chargea son frère d'achever les opérations militaires. Nous trouvons la preuve de cet arrangement dans Malaterra qui nous dit que Guiscard concéda la Sicile « de se habendam » !; Roger, à son tour, fit à ses compagnons des concessions de chàteaux « quae militibus suis distribuens, cum omnibus appendiciis suis de se habenda delegavit »? ; les concessions les plus importantes furent faites à Sarlon et à Arisgot de Pouzzole . On a voulu

dit expressément que Roger était l’homme lige du duc. Voici encore un exemple tiré d’Aimé, VII, 5. « Més lui, ..….. la terre, laquelle lui avoit donnée lo prince, rechut de la main de lo duc ... et fut fait son chevalier de lo duc, el son home, et tint sa terre de lui ».

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